‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 716 sur 889 · SON EXAMEN DE LA SITUATION · texte numérisé non relu

SON EXAMEN DE LA SITUATION

quences de l'arrêté du 6 thermidor ne devaient pas se faire longtemps attendre.

À l’arrivée de Jeanbon, Saliceti se trouvait au Port la Montagne. Après s'être entretenu de la situation avec son collègue, il alla prendre à l’armée d'Italie la place de Robespierre jeune et Ricord !.

Resté seul, Saint-André examina de près l’état des choses. Son impression ne fut pas bonne : « Envoyé par le Comité de Salut public au Port la Montagne pour y élablir la marine, écrivait:il, j'entrevois avec effroi la grandeur de la tâche qui m'est imposée. L'inaction, le désordre, la malveiïllance sont partout? ». Au Comité de Salut public il disait: « Quelques vaisseaux sont en radoub, il n’y en a point en construction... ; on a très indiscrètement donné à des hommes qui avaient servi dans les armées ou coopéré à la reprise de Toulon des places administratives... cette partie du service marilime ne marchera pas tant que vous ne m’'enverrez pas quelques administrateurs éclairés et patriotes. » Il ajoutait : « Vous ne vous attendez pas qu'il y ait ici quelque étincelle d’esprit public, il a été absorbé par les mouvements contre-révolutionnaires qui out agité ce malheureux pays, et il aura bien de la peine à renaître si le Comité n’effectue en entier le plan qu’il a conçu de mettre ici une peuplade nouvelle et d’en retirer l’ancienne *. » L’ouvrier du port est payé en assignals et l’assignat est discrédité : « cette difficulté porte au murmure cette espèce d'hommes si précieuse et qu’on contiendrait aisément dans le devoir si elle pouvait se procurer facilement sa subsistance ». Tous les Génois ayant deux prix « suivant qu’on les paie en argent ou en assignats », tant qu'on aura besoin d’eux « vainement tentera-t-on de faire respecter la loi du maximum ». Aussi Jeanbon propose d'acheter momentanément aux Génois tous les approvisionnements nécessaires « pour les revendre au peuple au maximum, ce sera un sacrifice pécuniaire, mais le respect de la loi sera sauvé et les pauvres s’en trouveront moins malheureux, et par conséquent plus fidèles ». Le Représentant écrivait encore : « J'aitrouvé la commune encombrée de cinq ou six mille Corses réfugiés, ils avaient vu les Anglais de trop près », en conséquence, expliquait-il, il leur avait ordonné de se retirer dans l’intérieur; mais ils se dérobaient à cette obligation avec la complicité de la garnison « composée en grande partie des bataillons venus de Corse » et séjournant à Toulon depuis six mois. Aussi, « je n'ose vous répon-

1. Compte rendu de Saliceti, Bibliothèque nationale Le 39, ne 239; BB3 62, fol. 104, AFn 144, Reg. de délibérations de la commission municipale du Port la Montagne, D10 fol. 76 recto (Arch: commun. Toulon). Nous retrouverons Ricord : né en 1760, avocat, maire de Grasse, député du Var à la Convention, compromis dans le complot de Babeuf et acquitté par la Haute-Cour de Vendôme, incarcéré à plusieurs reprises sous le Consulat et l’Empire, lieutenant extraordinaire de police à Bayonne aux Cent Jours, proscrit en 1816, caché en France, mort à Paris le 21 février 1818 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, p. 326). Il avait été affecté spécialement à l’armée d'Italie avec Robespierre jeune, par décret du 29 octobre 1793.

2, Jeanbon au contre-amiral Martin, 5 thermidor (BB 42, fol, 78).

3. Au Comité de Salut publie, 5 et 12 thermidor (BB? 62, fol. 172, 179).

dre de cette garnison », déclarait au Comité le Représentant, et il en réclamait « une autre qui n’ait ni habitude ni accointance avec les gens du pays, et qui n’y demeure pas assez elle-même pour en:

contracter ».

À Martin, Jeanbon demanda s’il n’était pas possible de lui envoyer au golfe Jouan deux vaisseaux qui se trouvait prêts au Port la Montagne. « La voionté du Comité de Salut public est de réunir toutes nos forces », et ces vaisseaux « seraient suivis successivement des autres à mesure que leur armement serait complet ‘ ». Martin répondit que sa situation était assez forte, grâce aux précautions qu’il avait prises, et grâce aux batteries élevées sur les îles Pelletier et Marat (Sainte-Marguerite et Saint-Honorat), mais que les 17 voiles ennemies qui le bloquaient intercepteraient assurément tout bâtiment qui lui serait envoyé. Comme le calme persistait, les forces supérieures de ses adversaires ne lui permettaient pas de s'échapper vers Toulon. Il demandait des vivres : «on a toujours, disait-il au Représentant, éprouvé des difficultés au Port la Montagne pour les fournitures, j'espère que lu les lèveras ». Il concluait en se félicitant pour la marine de la Médilerranée de l’arrivée de Jeanbon : « je suis

maintenant bien persuadé que le Port de la Montagne, intéressant

“par sa position et par ses moyens, prendra dans peu le caractère important qui lui convient............ Je suis chargé de la part de tous les sans-culottes que tu as destinés du port de Brest pour celui de la Montagne de les rappeler à ton souvenir, et de t’assurer qu’en bons républicains, ils ne démentiront d'aucune manière le choix que tu en as fait ?. »

Jeanbon avait confiance comme l’amiral dans le succès final. Le 18 thermidor (5 août), il faisait aux citoyens des départements méridionaux les mêmes déclarations que son collègue Barère avait portées à la tribune de la Convention le 14 nivôse : « Un pavillon justement abhorré infeste la Méditerranée, disait-il dans une proclamation. Les

plaies failes à la République dans le midi, saignent encore. Il faut les

cicatriser, il faut rendre à la nation française cette mer qui baigne ses côtes, ressusciter le commerce anéanti, et reléguer dans leur île ces hommes cupides qui ont osé concevoir le projet insensé d’asservir l'Univers et d’accaparer les richesses des deux hémisphères. . Des armements se préparent au Port la Montagne. Ils seront montés par des Héros puisqu'ils le seront par des républicains. Sur terre nos frères d'armes ont fait des prodiges, nous ne pourrons pas les surpasser sur la mer, efforçons-nous au moins de les imiter. Accourez jeunesse impétueuse, la gloire vous appelle et la Patrie vous contemple: les périls de la mer ne sont pas faits pour vous épouvanter, Qu'est-ce qu’un péril de plus pour les hommes libres?

Page 1