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. encore remporté sa victoire de Fleurus, le 9 thermidor la mit dans l'impuissance de la remporter jamais.
Ge changement de régime, les chefs qui restaient à la démocratie et la démocratie elle-même n'en eurent l’exacte perception qu’à la longue, parce que la Convention ne se sépara que progressivement
des montagnards, parce que peu à peu seulement les gens des classes privilégiées furent tirés de détention, et que leur pénétration dans les administrations, les Comités de Surveillance, les sociétés populaires, les étals-majors des floites et des armées se fit avec lenteur, parce qu'ils y rentrèrent en dissimulant leurs intentions réelles, leurs âpres désirs de vengeance, en faisant profession de républicanisme et d'humanité, enfin parce qu'ils n’expulsèrent leurs adversaires de tous ces postes qu’au bout d'un certain temps. De
- plus, la démocratie révolutionnaire, c’est-à-dire le peuple éclairé, le
peuple ayant conscience de la marche.et du but de la Révolution, constituait dans le pays une minorité comme la Montagne dans l’Assemblée, par suite il lui aurait fallu, pour maintenir son empire sur la majorité, une imperturbable clairvoyance et une énergie de tous les instants : or les grands tribuns qui guidaient naguère le peuple * s'étaient mutuellement exterminés, et parmi les meneurs des admi- nistrations et des clubs beaucoup imitèrent les montagnards trans- - fuges de la Convention et passèrent à l'ennemi. La vigueur, d'autre part, commençait à faire défaut dans la classe populaire, affaiblie qu’elle était par la misère, par tous les sacrifices qu’elle avait précédemment consentis pour assurer le triomphe de la Terreur et la - défense nationale, par l’envoi sur les escadres et aux frontières de tous ses jeunes gens. Sa force morale diminuait, car elle se sentait coupable des excès et des violences du terrorisme, et, en entendant les reproches de ses adversaires à ce propos, elle pérdait confiance dans la justice de sa cause. Enfin, eut-elle voulu réagir qu’elle aurait été retenue par son respect pour la représentation nationale : elle acceptait docilement tout ce qui venait de la Convention, et pendant longtemps les dépulés montagnards dans l’Assemblée, dans le pays les Représentants montagnards en mission et les démocrates sincères étouffèrent eux-mêmes les premières protestations qui s’élevaient contre la nouvelle politique adoptée, ces protestations étant à leurs yeux des actes de révolte contre l'autorité de la Convention, des crimes de lèse-majesté. La démocratie se laissa donc déloger successivement de toutes ses positions par les bourgeois et les nobles, les fédéralistes et les royalistes, elle ne prit conscience de sa déchéance que plusieurs mois après le 9 thermidor, et quand celte déchéance était consommée.
Naturellement, ce nouvel état de choses devait être néfaste aux deux entreprises que poursuivait maintenant Saint-André : la colonie révolutionnaire du Port la Montagne, la restauration de notre puissance navale sur la Méditerranée. Le premier acte de la Convention après le 9 thermidor fut l’exclusion de Jeanbon du Comité de Salut public : bien que cette mesure, nous l’avons montré, n'eût point du
tout le caractère d’une personnalité, le prestige du Représentant en fut très amoïindri, il perdit aussi tout ascendant sur le Comité. La réaction qui suivit déchaîna contre lui tous les adversaires de la Montagne et de la démocratie qu’il avait comprimés à Montauban, à Brest, etc., et elle encouragea les contre-révolutionnaires à lui tenir tête dans les Bouches-du-Rhône et le Var, tandis qu'en sa qualité d’ancien terroriste il se vit de moins en moins soutenu par le gouvernement central et la Convention. Sa colonie révolutionnaire et démocratique se trouva isolée dans un pays où la contre-révolution s’installait en maîtresse, en bulte à la malveillance générale cette colonie parut de plus en plus une anomalie monstrueuse. Toutefois, grâce à la présence du Représentant, elle subsista longtemps, ses membres, les ouvriers et les marins, travaillèrent avec fruit durant plusieurs mois, développèrent les armements, poussèrent les constructions; mais Représentant, colonie révolutionnaire et personnel de la marine, tous furent abandonnés à euxmêmes, aucun concours.ne leur vint du gouvernement central et des administrations des départements voisins, ils ne durent compter sur aucun secours matériel, sur aucun appui moral. D'autre part, les colonies révolutionnaires de Brest, Lorient, Rochefort, plus ra-
pidement désorganisées par les thermidoriens, laissaient tomber les travaux des ports et arsenaux ; le personnel de la marine du Ponant, bouleversé par la rentrée des éléments réactionnaires dans ses cadres, perdait tout zèle et toute activité, et les forces navales de l'Océan tombèrent promptement dans la nullité : le Port la Mon- -tagne dut donc renoncer à en tirer un supplément d'officiers, de matelots, et des ressources de tout genre, comme il l'avait fait jusqu’en thermidor. |
Ainsi contrariées dans leur développement, menacées par la contre-révolution qui s’étendait sur tout le territoire, la colonie révolutionnaire du Port la Montagne et sa marine subsistèrent quelque temps d’une vie très précaire, tel un ilôt dans la tempête, puis finirent par être elles-mêmes entamées par les agitateurs royalistes et girondins. Elles devinrent alors le théâtre de conflits terribles entre ceux-ci et les démocrates, et quand Jeanbon, rappelé de mission, leur fit défaut, elles s’abîimèrent dans l'anarchie qui avait gagné toute la France. Édifiées par la démocratie sur l’ordre du gouvernement montagnard elles semblaient appelées à un bel avenir : après .le 9 thermidor elles étaient condamnées à la ruine, et l’histoire de la mission de Saint-André au Port la Montagne à partir du mois de fructidor an IT n’est que le récit de la décadence fatale de la colonie fondée à Toulon et de la marine révolutionnaire relevée dans la Méditerranée par la Terreur, ainsi que des vains efforts du Représentant pour conjurer ce désastre.
Jeanbon lui-même va collaborer dans une certaine mesure à la destruction de son œuvre. Fidèle avant tout à la Convention, persuadé que tous ceux qui regrettent la chute de Robespierre font partie de la faction de l'étranger, il combattra les premières manifestations
des démocrates contre les thermidoriens, il fera sans s’en douter le jeu de ceux-ci, cela jusqu’au jour où, éclairé sur la réaction grandissante, déçu dans toutes $es espérances, pris entre les démocrates révoltés contre la l6i et les ennemis de la Révolution soutenus par le gouvernement, il s’abandonnera aux événements el ne songera plus qu’à son propre salut.
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