‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 733 sur 889 · VAR TOP ER EE · texte numérisé non relu

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lion de tous les projets de loi, le Comité de Salut public dut se con- . certer avec chacun des Comités compétents, il dut présenter d'accord avec le Comité compétent les rapports concluant à l'adoption de tel ou tel décret. Quant aux projets relevant de la compétence de plusieurs Comités, ces Comités durent s'associer et les préparer en commun !.

Le travail législatif redevint par suite d’une lenteur et d’une incohérence extrêmes. Les Comités délibérèrent indéfiniment sans rien décider, et s’entravèrent mutuellement; dans le sein de chaque Comité, dans les séances de Comités réunis les discussions traînaient confusément sans aboutir. Toute responsabilité disparut, chacun réjetant les retards qui se produisaient dans le travail sur ses Collègues ou sur le Comité voisin. 5

Dans l'exécution, même bouleversement fâcheux. Précédemment, le Comité de Salut public avait éprouvé bien des résistances : combien de fois ne l’avons-nous pas vu répéter ses arrêtés et frapper les agents des différents services qui n’en avaient pas tenu compte? Après le 9 thermidor, la Terreur disparaissant, personne n’eut plus peur de lui. Les Commissions exécutives étaient déjà trop nombreuses, elles avaient cependant fonctionné jusqu’alors, parce qu’elles étaient toutes sous l’action exclusive du Comité de Salut public, seul pouvoir dirigeant, moteur central auquel éngrenaient tous ces rouages. Mais dès lors, dans toute affaire, chaque Commission fut subordonnée à deux Comités, le Comité de Salut public et le Comité compétent, et, ne recevant plus une impulsion unique et uniforme, ne sachant plus auquel entendre, elle n’agit plus ?.

Les déplorables éffets du décret du ? fructidor furent aggravés par le changement qui se produisit dans le personnel gouvernemental. Dans la Convention les montagnards n'étaient qu'une minorité, au cours de lan II quantité de suppléants avaient été appelés pour - remplacer les proscrits, les morts, les suppliciés. Ce furent ces nouveaux venus, unis aux modérés et aux montagnards transfuges, qui constituèrent la majorité, qui dominèrent de plus en plus l'Assemblée à partir du 9 thermidor, tandis que diminuait l’autorité des Montaonards épuisés et découragés. Cr, les uns et les autres, dans la majorité nouvelle, n’avaient ni l'énergie ni l'expérience qu'avaient acquise les Montagnards lors de leur passage aux affaires. Les modérés, affamés de pouvoir depuis longtemps, pleins de haine pour la Montagne qui les avait réduits à la nullité et fait trembler, les modérés étaient bien décidés à renier et démolir tout ce qu’elle avait proclamé, édifié. Les Montagnards transfuges, empressés à donner des gages aux membres de la Plaine, se montraient plus ardents qu'eux dans la réaction. Enfin les nouveaux venus étaient incapables de suivre les procédés de gouvernement pratiqués par la Montagne. Tous remplirent les Comités, en sorte que la tradition gouvernementale fut interrompue,

1. Proposé par Cambon le 11 thermidor, réalisé comme le proue la lecture du Procès-verbal pour tous les décrets postérieurement rendus. 2. Voy. Kerguelen, Guerres maritimes, p. 374, et la suite du récit.

que les principes directeurs des Montagnards, c’est-à-dire les grandes lois de l'intérêt général et du salut public, furent délaissés pour faire place aux visées personnelles, aux vengeances mesquines, aux Convoitises des intérêts particuliers. Dans l’Assemblée, il en fut de même, la majorité mit constamment à l’ordre du jour les récriminations contre la Montagne, et négligea pour salisfaire ses appétits de réaction les affaires publiques. Comme avant le 31 mai 1793, la Convention se trouva divisée en deux camps ennemis, qui maintenant portaient les noms de Thermidoriens et de Montagnards, et elle recommença à perdre son temps en querelles forcenées..

Le gouvernement central s’affaiblissant, la direction qu’il imprimait à tous les services dans l’intérieur du pays s’én ressentit bien vite. Ses principaux agents avaient été jusqu'alors les Représentants en mission. Des décrets dictés par le souci de réprimer leurs excès

limitèrent la durée de leurs missions à trois mois, et affaiblirent les

pouvoirs qu’ils possédaient relativement à la sûreté générale ! ; mais leurs moyens d'action en furent diminués. D'autre part, ils se divisèrent eux-mêmes en thermidoriens et montagnards, se paralysèrent mutuellement par des conflits incessants, se dénoncèrent les uns les autres. Au-dessous d’eux, on le sait, fonctionnaient les autorités constituées et les Comités de Surveillance : avant le 9 thermidor ces assem- “blées, armées de pouvoirs effrayants, exclusivement recrutées dans la démocratie révolutionnaire, secondées par l’action morale de cette démocratie concentrée dans les clubs, ces assemblées surveillaient

et faisaient marcher la majorité, réactionnaire ou girondine, indiffé-

rente ou égoïste de la population; mais administrateurs, Comités de Surveillance et Sociétés populaires virent leurs pouvoirs limités ?. De plus, des épurations en modifièrent le personnel, et y firent entrer à côté des démocrates, les représentants de la majorité avides de vengeance : alors, dans chaque administration municipale ou de district, dans chaque Comité de Surveillance, dans chacun des clubs, s’engagea la lutte furieuse qui divisait la Convention, la discorde paralysa tous ces organes subalternes du pouvoir et leur rendit l'administration, dans leur ressort, presque impossible ; d’ailleurs, mal écoutés et mal obéis de leurs administrés suivant que ceuxci leur reprochaient d’être trop ou trop peu montagnards, ils agirent de même vis-à-vis des Représentants en mission, du gouvernement central et dela Convention. De la sorte, la centralisation établie par le gouvernement révolutionnaire, l’anité politique et morale

1. 26 thermidor, sur la durée des missions (Procès-verbal, t, XLIII, p. 212), 18 thermidor, décrets ordonnant aux Représentants en mission d'envoyer copie de leurs arrêtés pris jusqu'à ce jour, et de donner les motifs des arrestations qu'ils ont décidées aux détenus ou à leurs parents et amis (Procès-verbal, t. XLIII, p. 57), 29 thermidor, le Comité de Sûreté générale pourra prononcer au nombre de six membres l'élargissement des citoyens incarcérés avant le 9 thermidor (Jbid., p. 865).

2. Décret du 29 thermidor ci-dessus, décret du ? fructidor renouvelant les comités révolutionnaires, édictant des mesures préventives contre les arrestations arbitraires qu'ils étaient tentés de prononcer, prescrivant leur renouvellement par moitié tous les trois mois (Procès-verbal, t. XLIV, pp. 99-103).

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réalisée par la domination exclusive de la démocratie, tout cela disparut, chaque commune redevint ce qu’elle était sous le régime de la Constitution de 1791 et durant la lutte des Girondins et des Montagnards, une petite république indépendante du pouvoir central, indifférente à l'intérêt général, et où la bourgeoisie fédéraliste et réactionnaire, soutenue secrètement par les nobles et s'appuyant sur le petit peuple ignorant, disputait avec rage le gouvernement à la minorité des démocrates éclairés {.

Le retour de l’anarchie, la déchéance de la démocratie comme classe dirigeante eurent, pour la défense nationale, pour la marine particulièrement, des conséquences désastreuses. LE grand effort auquel le gouvernement montagnard, s'appuyant sur les démocrates révolutionnaires, avait contraint tous les citoyens, les sacrifices qu'il avait exigés d’eux pour nourrir, armer et équiper les soldats et les marins, défendre les forteresses et reconstruire une flotte, tout cela fut discontinué. La bonne volonté du nouveau Comité de Salut public et du Comité de Marine de la Convention devait fatalement rester impuissante ?. Le passé montagnard de Dalbarade, la confiance qu'avait naguère en lui Robespierre * étaient pour le commissaire de la marine une cause de faiblesse. L'Assemblée conventionnelle, qui ne s'était jamais occupée de la marine sinon sous la pression des événements et sur l’injonction du Comité de Salut public, et qui commençait seulement depuis prairial et messidor à se passionner pour la restauration de nos forces navales, l’Assemblée retournant à ses divisions oublia complétement les destinées maritimes de la France.

D'autre part, tout se tenait, nous l’avons vu, dans l’œuvre du régime terroriste. Elle était fondée sur la prépondérance de la classe démocratique, parmi les armées et sur les flottes comme dans toutes les communes de la République : les nobles et les bourgeois, les royalistes el les fédéralistes avaient élé écartés des administrations, Comités de Surveillance et Sociétés populaires, ils avaient été mis

1. Voy. Mémoires sur Garnot, t. 1, p. 563 où cette attitude de la réaction est très justement définie. « Les réacteurs et les Girondins se trompaient quand ils appelaient anarchie le régime qui avait précédé le 9 thermidor. Ce régime avait été une dictature multiforme, mais l’anarchie avait commencé depuis. Ce sont les réacteurs eux-mêmes qui l'avaient introduite » (Notes historiques du conventionnel Baudot, p. 293

2: 4 19 fructidor, le Comité de Salut public adopte un mode de distribution du travail, la seconde division dans son sein s’occupera de la marine (AF1— 23), et, en vendémiaire an. III, Carles y est toujours chef des bureaux de la division de marine, cette fois sous les ordres de Bréard (Lettre du 17 vendémiaire des Représentants du peuple à Brest à Bréard. Arch. commun. Brest). Le Comité de Marine, de son côté, le 21 fructidor, réorganise son règlement : la police de la navigation y est confiée à Fouché et Martel, la surveillance des agents militaires de la marine à Laurens et Pomme, celle des agents civils à Marec et Moltedo, l’administration en France à Barras, dans les colonies à Gouly, la législation à Palasne-Champeaux, Boissier, Topsent, Crassous (Arch. nat., AA, 1).

3. Le rapport Courtois, p. 141, le place, nous l’avons dit, sur la deuxième liste que Robespierre avait dressée de ses partisans.

sous surveillance, emprisonnés, supprimés, dans toutes les localités ;

parallèlement, sauf exceptions individuelles, la Montagne avait exclu des troupes de terre et de mer les ci-devant el les riches, les partisans de la: royauté ou de la Gironde, pour n’y laisser que des hommes du peuple ou sortis de la classe populaire ; ainsi la démocratie en

armes avait pour soutien la démocratie en fonctions et au pouvoir.

Le 9 thermidor amena progressivement la mise en liberté sur tout le territoire des gens appartenant aux deux classes proscrites, leur rentrée dans les administrations, Sociétés populaires et Comités révolutionnaires: et, simultanément, il provoqua la réintégration dans le personnel des armées et des flottes des militaires appartenant aux deux classes ennemies de la démocralie, MR ; - Or, c’étaient les gens de la classe populaire qui, dans les clubs, les administrations, les Comités de Surveillance se passionnaient depuis quelques mois pour la marine, qui lui offraient des dons patriotiques

multipliés et rêvaient d’écraser Pitt après Cobourg. A la suite du.

9 thermidor leur enthousiasme peu à peu s’éteignit, car, attaqués de toutes parts, ils durent songer à leur propre salut. Dépouillés du pouvoir, ils ne furent plus un appui politique pour la démocratie des arsenaux et des escadres, et, privée de leur réconfort et de leurs secours matériels, celle-ci se troubla. Entre les marins, ouvriers, officiers, administrateurs de la marine révolutionnaire d’une part, el d’autre part tous ceux qui avaient été naguère expulsés des cadres pour fédéralisme ou royalisme et que le gouvernement réintégrait, s'engagea dans les chantiers, les bureaux, sur les bâtiments, la même querelle qui divisait chaque commune de la République; ainsi qu'aux premiers mois de 1793, on vit la lutte furieuse des démocrates el de leurs adversaires, le heurt des rancunes et des passions, la mêlée des délations et des injures, il n’y eut plus cette belle unanimité de sentiments et de volontés qui avait signalé le développement de la marine de Brest en l’an If, là marine française de l'an III fut déchirée par les discordes civiles. Sur les frontières et parmi les armées, le désarroi fut moindre et ses conséquences moins funestes : la coalition était déjà complètement vaincue, la démocratie des soldats de la Révolution avait fait ses preuves, ses succès la soutenaient et en imposaient à ses adversaires; sur plusieurs points, ayant pénétré en pays ennemi elle n’avait plus instamment et constamment besoin des ressources du gouvernement français. Mais notre marine sortait à peine de l'anarchie, la démocratie des escadres n'avait encore à son actif que les combats de prairial, échec honorable mais insuffisant pour lui donner foi en

elle-même et consacrer son mérite aux yeux de ses adversaires

politiques; pour achever de se développer et de s'organiser, il lui fallait l'homogénéité du personnel et l'accord des volontés, il lui fallait le maintien d’un gouvernement fort qui lui procurât du matériel, des travailleurs, des matelots, et qui dirigeäl son effort. Le régime montagnard lui assurait lout cela, ce fut de toute impossibilité au régime thermidorien. La marine révolutionnaire n'avait point

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