‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 738 sur 889 · PREMIER CONFLIT AVEC NIOU · texte numérisé non relu

PREMIER CONFLIT AVEC NIOU

opérations maritimes, l'administration des Bouches-du-Rhône et du Var étant confiée aux Représentants Serres et Auguis, successeurs de Maignet dans ce ressort. Il n’était plus question pour Saint- André de retourner à Brest, le nouveau Comité de Salut public lattachait au Port la Montagne t.

Tandis que Jeanbon recevait ce décret à Marseille, un incident, dont au reste le gouvernement thermidorien n'est point responsable, vint augmenter ses dégoûts. On se souvient de l’arrêté du Comité de Salut public du 6 thermidor qui investissait Niou de pouvoirs illimités au Port la Montagne, comme à Lorient, Rochefort, Nantes, Bordeaux et Bayonne. Parti dans les derniers jours de thermidor pour sa nouvelle mission, Niou se trouvait au Port la Montagne le 12 fructidor (29 août). Jeanbon lui fit tenir le décret du 4. Niou conjectura que, de ce fait, sa propre mission prenait fin, etilse prépara à quitter Toulon. Il fit observer seulement au Comité de Salut public, avec une aigreur très compréhensible, qu’il aurait mieux valu le laisser à Paris, ou à la poudrerie de Grenelle, plutôt que de lui faire faire bien inutilement un voyage de plus de six cents lieues ?. Une lettre de Dalbarade vint alors confirmer ses pouvoirs. Il persista cependant dans sa première résolution et décida d’aller continuer sa tournée -dans les ports de l'Océan. Il s’éloigna avec {a conviction, qu’il chercha d’ailleurs à faire partager au gouvernement, que rien ne marchait au Port la Montagne avant son apparition, et que les agents de la marine, les ouvriers même avaient été bien aises de posséder enfin un Représentant «en état de les diriger et de conduire leur travail »*. Jeanbon, très mécontent de son côté, venait, pour la troisième fois, le 13, de demander à Bréard d’être relevé de ses fonctions“. Il revint au Port la Montagne le 20 ÿ, y trouva Niou sur son départ, et lui ré-

péta que lui-même désirait rentrer à Paris. Il écrivit, d'autre part, au . Comité de Salut public : « Je vous ai demandé mon rappel, je vous le demande encore. Epuisé par une année entière du travail le plus

1. Procès-verbal, t. XLIV, p. 52 : la Convention envoie dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Var « les Représentants du peuple Auguis et Serres avec Jeanbon-Saint-André qui dirigera les opérations maritimes au Port la Montagne ». Une lettre de Jeanbon au Comité de Salut public, du 20 fructidor, précise que Serres et Auguis sont « chargés de la partie administrative des départements des Bouchesdu-Rhône et du Var » (BB? 838). Ils remplacent Maignet qui rentrera dans la Convention fin vendémiaire (Compte rendu des dépenses de Maignet Biblioth. nat., Le“, n° 181). :

e. Re 62, fol. 150, 155. Niou au Comité de Salut publie, 14 fructidor, Port la Montagne (BB3 62, fol. 151).

3. Niou à Dalbarade, 18 fructidor, Port la Montagne (BBà 62, fol. 170).

4. Nous n’avons que l'analyse ci-contre de sa lettre : « il insiste sur son rappel à cause des contrariétés qu’il éprouve » (BB? 838). Le 18 frimaire an I, il écrira à Dalbarade : « Le Comité m'’écrit, par la lettre qui me retint ici au moment où j'en partais, que Niou venait pour agir de concert avec moi, c'était très bon et conforme aux règles. Depuis, cet homme parti d'ici... » (BB? 62, fol. 304). Ainsi, tous deux ont voulu partir. +

5. Le 19, d’après sa lettre à la municipalité de Marseille du 18, mais nous ne trouvons de document de lui daté de Port-la-Montagne que le 20.

actif, j'ai droit de réclamer cette faveur ; mon collègue Bréard a dû vous faire connaître mes vœux à cet égard; vous êtes trop justes pour n’en pas sentir la légitimité, el trop raisonnables pour exiger ! d'un de vos collègues ce qu’il ne peut pas faire ». Il ajoutait : « J'ai prié Niou de vous faire mes observations, et je suis persuadé qu’il s’acquittera de cette commission avec tout le zèle de Famitié et de la vérité !. » On voit qu’il ne gardait pas rancune à son collègue d’un conflit dont tous deux étaient également victimes. Niou n'allait pas tarder à prouver des sentiments tout différents.

Après le départ de Niou, Jeanbon se retrouva aux prises avec les difficultés politiques. À Aix, le maire, après avoir dénoncé Maignet à la Convention, venait de violer, à la tête d'une bande d'individus, le local de la Société populaire, sous prétexte que le règne des scélérats allait finir, et il y avait installé de force une Société dite régénérée. Le 20 fructidor, Jeanbon le suspendil de ses fonctions et le mit en détention dans son domicile. Mais les lerroristes répondaient aux excès par des excès. La commission faisant fonction de munici- : palité à Marseille prenait, à l’instigation de son secrétaire Reynier, une attitude factieuse ?. Aussi, le 24 fructidor (10 septembre), arrivèrent incognito au Port la Montagne Auguis et Serres pour se concerter avec Jeanbon. Ces deux conventionnels n'ayant point encore joué un rôle important dans la Convention, Serres -n’y étant entré qu'en octobre 1793, on ne pouvait préjuger quelle serait leur attitude politique dans les départements méridionaux *. De Toulon, ils avertirent le Comité de Salut public des embarras de la situation, et Saint- André écrivit de son côté à Dalbarade : « Marseille est à peu près en contre-Révolution déclarée. Cette ville, volcan éternel de la sédition, qui veut donner des lois à tout ce qui l’environne et qui n’en veut recevoir de personne, se remue d’une manière inquiétante...…., les choses prennent la iournure de l’année dernière, on ne parle que de patriotisme et de Montagne, de ralliement à la Convention, mais pourvu qu’elle renonce au système de modérantisme qu’elle a adopté. Déjà on a envoyé des députations dans diverses communes, pour les porter à l'insurrection », et Jeanbon dénoncçait l’adresse séditieuse du

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