‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 784 sur 889 · CONFLIT DE JEANBON AVEC SALICETI ET RITTER · texte numérisé non relu

CONFLIT DE JEANBON AVEC SALICETI ET RITTER

Jeanbon, dont nous apprécions d’ailleurs le mérite, au lieu d’inspirer confiance aux marins sur l'expédition la critique trop ouvertement ; il se plaint de ce que le Comité n’a point adopté son projel, il ne’ serait pas disposé à agir si cela dépendait de lui, à moins qu’on ne mit à ses ordres toute la marine de l'Océan. Rien n'est certainement plus dangereux. Si, lorsque le Comité a arrêté un plan d'exécution, son plan est critiqué ou n’est point exécuté, tout est nécessairement perdu par ce système. Si celui qui est à la tête d’une partie d’exécution, en y apportant de la prudence n’y apporte pas aussi de l’audace, il est impossible que ceux qui sont sous sa direction $ y prêtent avec le courage qui peut seul en assurer le succès. Le marin, comme le soldat, n’est invincible que lorsqu'il croit l'être, c’est l'opinion qui fait l’énergie................... D'ailleurs, quel est ici l’état des choses? La marine a au Port la Montagne et en rade quinze vaisseaux de ligne, l'ennemi en a quatorze ; ceux qui veulent lui en donner plus en imposent. Avec la supériorité du nombre, avec la supériorité des équipages, peut-on concevoir des inquiétudes et les répandre ? En messidor, nous n’avions que sept vaisseaux, ils mirent

à la voile lorsque l'Anglais paraissait, neuf vaisseaux ennemis furent

chassés, et noire escadre se mit sans danger au golfe Jouan. »

Saliceti écrit en particulier à Carnot: « Jeanbon ne voit pas de bon œil l'expédition, il se plaint ouvertement de ce que le Comité n’a pas adopté son plan, il prétend que c’est une bévue, et certes ce n’est pas le moyen d'encourager les marins. » Dans une lettre du lendemain, également destinée à Carnot, Ritter s'exprime sans plus garder de ménagements : « Il paraît que l'expédition ne plaît pas au grand régulateur de la marine. Il s’en explique assez hautement, et ses discours sont peu propres à inspirer du courage aux matelots qui n’ont pas plus oublié que tout autre Français que l’an passé nous avons perdu sept vaisseaux de ligne. Il ÿ a des hommes à qui rien ne plaît que ce qu’ils ont conçu eux-mêmes, et qui entravent tout ce qui n’est pas leur ouvrage. Ces hommes ne devraient pas exister dans une République. Il y a des hommes à qui un trop long exercice d’un pouvoir illimité fait Lourner la tête ; et ces hommes-là auraient besoin de se retremper à Paris. Les troupes de terre ne démentiront pas leur ancienne gloire ; mais que veux-tu que j'espère d’une marine qui, quoique supérieure en hommes et en vaisseaux, s’est tout récemment laissé braver jusque dans la rade du Port la Montagne? Tous mes collègues peuvent le dire avec quelle hauteur ils sont traités par un certain homme contre lequel mes registres prouveront en temps et lieu qu’il a fait plus de tort à l’armée d'Italie que jamais ne pourra lui en faire toute la clique des coalisés. Il lui a enlevé tous ses moyens de transports par mer, au point qu'à Nice il n’y a dans ce moment pas un brin de paille ni de foin. » Il conclut : « Aussi longtemps que vous aurez au Port la Montagne un homme qui ne verra que sa marine, la chose publique ne peut qu’en souffrir. Ce fédéralisme est aussi désastreux que celui des départements. Dans tout le cours de la mission, j'ai fait pour la marine tout ce qui était

en mon pouvoir. Le Fi . Neptune au CORLAUE nous à Lentravés

en tout et partout ‘.

Ritter et Saliceti Gt raison de juger doper pour le moral des troupes et des équipages les récriminations de Saint-André. Il est évident que, tout en acceptant par patriotisme de donner son concours au gouvernement, Jeanbon ne pousse pas l’abnégation au point d’imposér silence à son sens eritique; et, dans la circonstance, il eut été préférable qu’il gardât ses appréciations pour luimême. Mais il est étrange que ses collègues lui reprochent de con-

sacrer tous ses soins à la marine, et s’il y avait eu un Comité de. Salut public énergique, bien informé, capable de donner satis-

faction aux revendications légitimes et d'imposer silence aux autres, la rivalité séculaire de l’armée et de la marine n’eût pas abouti aux violentes querelles qui divisent maintenant les Représentants chargés de l'expédition. Enfin, les appréciations de Saint-André, sa Yéhérente réprobation des ee, adoptés en haut her ne sont que trop justifiées.

Quelle est, en effet, la situation en nivôse et pluviôse ?

- Dans la Convention, la victoire des ennemis de la Montagne est complète. Le 7 nivôse, une enquête est ordonnée sur la dénonciation de Lecointre. Marec, Chazal entrent au Comité de Salut public le 15 nivôse (4 janvier 1795). Le lendemain, Courtois fait son fameux rapport sur les papiers trouvés chez Robespierre. Ce rapport absout, à la vérité, les collègues de Robespierre « que des missions éloignées rendaient étrangers à tout ce qui se passait » dans le Comité de Salut public, mais il provoque dans l’Assemblée un redoublement de fureurs. Peu après, Bouchotte, collègue de Dalbarade dans le Conseil exécutif montagnard, se voit enfermer au fort de Ham ?. Dans le Comité de Marine entrent, le 21 nivôse, Blad, que nous connaissons déjà, Palasne- RAS que nous verrons bientôt à l’œuvre dans Brest.

Bréard, réélu le 15 nivôse avec Marec au Comité de Salut public ? dont il était sorti le mois précédent, Bréard se montre maintenant tout acquis au mouvement thermidorien et multiplie les réintégrations dans la marine. C'est Périgny, les deux Bonjour qui sont relâchés. Larcher recoit une mission de confiance et 10,000 livres « pour subvenir, dit l’arrêté du Comité, aux besoins urgents qu’il éprouve après une injuste détention * ». L'auteur de cette injuste détention, c'est, on s’en souvient, Saint-André. Le gouvernement profite bien de la constitution des écoles centrales sur tout le territoire pour faire

1. Les trois lettres dans Guerre : armée d'Italie. Voy. ibid. de nombreux exemples de querelles entre l’armée et ia marine.

2. Procès-verbal, t. LIT, pp 108, 256 ; rapport de Courtois déjà cité; Procès-verbal, t ETS p. 454

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