‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 789 sur 889 · LA ( CROISIÈRE DU GRAND HIVER · texte numérisé non relu

LA ( CROISIÈRE DU GRAND HIVER

c’est beaucoup à ce moment. Ce n’est pas assez toutefois : « Les

mesures que j'ai prises pour faire vivre l'ouvrier, écrit Jeanbon au Comité de Salut public, lui ont procuré des aliments, mais tous les autres objets, les vêtements surtout, il lui est presque impossible de se les procurer, non seulement parce qu'ils sont chers, mais encore parce qu’il n’y en a pas; nos marins sont nus, absolument nus, je vous l'ai déjà dit plus d’une fois. La Commission du commerce ne fait rien pour nous, et le Port la Montagne est beaucoup trop loin de Paris. ! »

Naturellement l’escadre souffre de cel état de choses, la désertion à bord devient effrayante Le 1% pluviôse (20 janvier 1795), Martin écrit à Dalbarade avec humeur : « On demande que les vaisseaux et le convoi soient prêts pour dix jours. Je vous avoue, citoyen, que

j'ai vu quelques expéditions mais aucune de la nature de ‘celle qu’on

propose, dans le temps le plus mauvais de la Méditerranée », et, « l’es-

cadre, pour être au complet, doit recevoir encore 3,000 hommes ? »

Peut-on du moins compter sur le renfort de la division Renaudin ? Jeanbon se demande, le 18 nivôse, sielle est sortie de Brest : « Vous avez trop de prudence, écrit-il au Comité de Salut public, pour ne

, pas avoir invité mes collègues de Brest à m'en donner avis par un

courrier extraordinaire. Sans doute qu’on aura désigné au commandant de la division le point de la côte où il devra venir atterrir, qu’il aura l’ordre de dépêcher une corvette ou frégale en ayant pour m'instruire de son arrivée, et que toutes ces choses me seront connues à l'avance. C’est ainsi du moins qu’on agit en pareil cas, et vous sentez combien il serait cruel pour nous, faute d’avoir reçu ces avertissements, de ne pouvoir pas aller avec l’escadre entière au devant de la division pour la protéger et la réunir *.» Le Comité de Salut public répond le 4 pluviôse que la flotte de Brest a appareillé toute entière le 10 nivôse (30 décembre 1794), qu’il a attendu, pour l’annoncer au Port la Montagne, de savoir lui-même à quelle

date les six vaisseaux de Renaudin s’en étaient séparés pour gagner

la Méditerranée, mais que Faure et Tréhouart ne lui ont fait passer aucune nouvelle *. En réalité, c’est bien vainement que Jeanbon espère l’arrivée de Renaudin. La désorganisation que nous avons signalée à Brest et dans tous les services maritimes a porté ses

1. Jeanbon au Comité de Salut public, 18 nivôse (collection Maurice Loir).

2. Jeanbon au Comité de Salut Public, 18 nivôse ; Martin à Dalbarade, 1°" pluviôse, BB# 79, fol. 34, 37. Ajoutons que les navires n’ont à bord de poudre que pour 60 coups de canon (BB# 79, fol. 33). Le Comité de Salut public a pris un arrêté le 18 nivôse pour assurer à Jeanbon des marins (BB3 81, fol. 44). On ne voit pas qu’il y réussisse. Le 4 pluviôse, le Comité écrit à Jeanbon qu’il « ne peut que gémir des désertions, il va presser la Commission des approvisionnements de faire passer dans ces contrées le plus de comestibles et d’habillements possible » (collection Maurice Loir).

4. Le Comité de Salut publie à Jeanbon, 4 pluviôse (collection Maurice Loir) Le 30 frimaire un arrêté du Comité avait suspendu la sortie de l’escadre (ibid), puis elle s'était faite le 9 nivôse.

fruits. Comme l'écrit le Comité à Jeanbon, la flotte de Brest devait faire voile au complet pour accompagner Renaudin jusqu'au delà du golfe de Gascogne, mais depuis messidor an Il, sur nombre de vaisseaux les mâts étaient restés jumelés, les coques en mauvais élat,'et c’est par les tempêtes d’un hiver affreux que cette armée navale si mal en point devait se risquer au large. Elle a eu d’abord mille peines à sortir de la rade de Brest, une première tentative, le 4 nivôse, lui a coûté le trois-ponts le Républicain qui a fait paufrage dans le goulet sur la roche Mingan. Le 9 nivôse (29 décembre 1794), 34 vaisseaux, 13 frégates, 16 corvettes sont parvenus à gagner le large sous le commandement de Villaret-Joyeuse accompagné de Tréhouart et Faure. Puis, la flotte ayant été longuement battue par l'ouragan, comme, sauf sur les bâtiments de Renaudin, il n’y avait de vivres que pour quinze jours, il a fallu emprunter les subsistances de la division destinée à la Méditerranée pour nourrir le reste de l’armée navale, et Renaudin bientôt n’a plus eu de vivres à son tour. Renaudin a donc finalement été con-

traint de retourner avec l’armée navale à Brest au lieu de continuer : -

sur Gibraltar. En route, trois vaisseaux ont coulé à pic dans un coup de vent, un autre a été jeté à la côte, et c’est diminuée de quatre vaisseaux, sans avoir combatlu, sans avoir rien fait d’utile, que la flotte est rentrée à Brest le 14 pluviôse (2 février 1795) ‘. L'armée navale constituée par le gouvernement terroriste, et qui livra aux Anglais les combats de prairial de l’an Il, était partie et revenue dans des conditions honorables ; le gouvernement thermidorien aboutit, lui, à cette désastreuse aventure qui est restée célèbre dans l’histoire de notre marine sous le nom de « Croisière du grand hiver ».

A ce moment, du reste, le Comité de Salut public fait l’aveu de la ruine complète de nos forces navales. Le 5 pluviôse (24 janvier), un arrêté des Comilés de Salut public, de Commerce et de Marine réunis autorise les armateurs francais à faire le cabotage sous pavillon neuire ou à employer pour leur commerce les bâtiments neutres, attendu, dit-il, « que les côtes de la Méditerranée principalement ne peuvent recevoir aucune protection du gouvernement, que les navires français qui passent de cette mer dans l'Océan, obligés de traverser le détroit, sont exposés à des dangers certains, et qu'enfin les assurances qui se payent dans les différents ports pour la navigation des navires français sont d’un prix quadruple de celui qu'il faudrait payer pour la navigation des navires neutres ? ». Un mémoire anonyme, peut-être de la main de Truguet, remis au Représentant Marec le 29 pluviôse, constate que dans la marine les différents services agissent chacun de leur côté, « sur des plans différents et d’après des vues totalement divergentes ». Il faudrait, y est-il dit, qu’un Représentant leur donnât révolutionnairement une impulsion unique et

.. 1. Troude, Batailles navales de la France t. I, p. 365, Levot, p. 395, Jurien de la Gravière, t. I, p. 73, Procès-verbal de la 1 Convention, t. LV, p. 19). 2. AF“11 139,

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