JEANBON DE PASSAGE A MONTAUBAN ET LA RÉAGTION
Sûreté générale, de son côté, mettait en liberté les adeptes les bis avérés de l’ancien régime, les auteurs même du 10 mai : Teulières,
Vialetes d’Aignan, etc. ‘. La Convention avait, le 4 pluviôse (23 jan-
vier 1795), épuré le district et la municipalité. Par le décret du 1°" ventôse (19 février) qui supprimait les Comités révolutionnaires dans les communes de moins de 50,000 âmes, le Comité de Surveillance de Montauban était dissous ?. A la vérité, le décret du 4 pluviôse, s’il rayait de la liste des notables Belluc- Jeanbon, maintenait Périès-Labarthe dans la place de maire qu’il occupait si dignement, et au club même le 24, le 25 pluviôse, des incidents de séance dénotèrent que Jeanbon conservait un certain prestige *. Aussi les thermidoriens demandaient à la Convention, le 28 pluviôse, au nom de la Société populaire, l'envoi de deux Représentants « pour réparer, dans le département du Lot, les désordres et les crimes du règne de Robespierre * ». La réclamation ne fut pas accueillie. Mais par le décret du 5 ventôse qui enjoignit à tous les fonctionnaires, admiuistrateurs et membres de Comités révolutionnaires destitués depuis le 10 thermidor, de se retirer dans leur commune sous surveillance de la municipalité, la Convention établit à l'égard des meneurs de la démocratie les mêmes mesures de proscription qu’eux-mêmes avaient édictées contre les fédéralistes et royalistes et qui les avaient fait taxer par ceux-ci de cruauté et de tyrannie. De sorte, suivant le mot du conventionnel Noël Pointe, la Terreur passa en d’autres mains ÿ. Par le décret du 3 ventôse (21 février), qui permettait à tout citoyen le libre exercice de son culte, les réfractaires étaient autorisés implicitement à sortir de leurs retraites. Dans le désarroi général, au milieu des embarras de la famine, les cris de joie, les clameurs de vengeance des nobles et des bourgeois, les propos cyniques des politiciens passés à la réaction, répondaient aux protestations impuissantes des démocrates, et raillaient leur misère, tandis que, demeurée montagnarde malgré l’épuration dont elle avait été l’objet, la municipalité s’épuisait en efforts inouïs pour assurer à tous le pain quotidien et imposer l’ordre.
Quelles réflexions dut faire Jeanbon à ce spectacle ! Que de changements dans sa propre situation depuis son dernier séjour dans sa ‘ville natale sept mois auparavant! Il n’était plus membre du Comité de Salut public, il n’exerçait même plus de mission, et le gouvernement lui avait retiré le poste de confiance auquel il avait été placé