‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 806 sur 889 · ÉMEUTE MONTAGNARDE A TOULON, 22 VENTÔSE · texte numérisé non relu

ÉMEUTE MONTAGNARDE A TOULON, 22 VENTÔSE

ardentes que renfermait le Port la Montagne !. Mais le 29 ventôse, le ‘6 germinal, la Convention apprit que des troubles avaient éclaté précisément au Port la Montagne le 19 ventôse et les jours suivants.

En effet, Mariette, Cadroy, « furieux de réaction », ne s'étaient pas contentés de bouleverser les Bouches-du-Rhône, de mettre sous de vains prétextes la ville d'Arles en état de siège et d’y créer une commission militaire, ils avaient, le 15 ventôse, supprimé le Comité révolutionnaire du Port la Montagne, et le 19 la municipalité constituée par Jeanbon. Ges‘mesures, et la présence d’émigrés arrêtés à Hyères et ramenés à Toulon indignèrent les démocrates. Un soulèvement se prépara le 19 (9 mars), le 20 sept sur onze des émigrés saisis furent massacrés. Le 21, aux cris de « Vive la Montagne, vive les Jacobins », la foule voulut enlever des canons, la municipalité supprimée s’entremit et rétablit le calme. Le 22, dix mille ouvriers s’ameutèrent à nouveau, mais l’agitation n’aÿant ni plan concerté, ni chefs, cessa d’eile-même et sans incidents graves ?. Cependant Mariette, Ritter et Chambon envoyèrent à la Convention un récit très exagéré des faits, ils lui assurèrent que parmi les émigrés massacrés, plusieurs « étaient dans le cas de profiter du bénéfice de la dernière loi sur les émigrés », alors que sur leurs corps on âvait trouvé des lettres établissant leurs intelligences avec les royalistes. Les mêmes déclarèrent que depuis quelque temps les ennemis du peuple se rendaient à Toulon des diverses parties de la République ÿ. Ces mots étaient évidemment à l'adresse de Saint-André. Jeanbon ne les releva pas. Il garda aussi le silence tandis que son ancien collègue dans les Bouches-du-Rhône et le Var, Auguis, tout-à-fait converti maintenant à la réaction, faisait approuver la conduite des Représentants à Toulon, et qu'Escudier demeuré fervent montagnard s'écriait : « Toulon a été tranquille tant que cette ville a renfermé des Représentants du Peuple qui ont réuni tous les esprits “. » Même silence de la part de Saint-André, quand les officiers ponenlais

1. Discours à la Convention du 9 prairial an [I (voy. plus loin). Brunel a été envoyé à Toulon par décret du 28 ventôse (Procès-verbal, t. LVITI, p. 167). Brunel Ignace, ancien conseiller du Roi, lieutenant général de l'Ile de France, maire de Béziers, député suppléant de l'Hérault à la Législative, député de l'Hérault à la Convention (Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. I, p. 390). Nous verrons sa fin.

2. Sur ces faits, voy. Cadroy à ses collègues membres du corps Législatif, 8 p. in-8, brumaire an 1V (Le“®, no 345, Biblioth. nat.), et Rapport du Représentant du Peuple Cadroy sur ses diverses missions dans les départemenis méridionaux.

* Paris, frimaire an IV (AF1 58); Procés-verbal de la Convention, t. LV, p. 179, LVI, p. 50 et 166, LVII p. 124, L VIII, p. 167, Moniteur t. XXIV, p. 44, Arch. du Var, L 137 p. 439, Procès-verbal, t. LVI1 p. 193, et L VIII p. 55, Moniteur, t, XXIV, p. 16, et 77-78, Arch. commun. Toulon; Brun, op. cit. t. Il, pp. 269-271, Henry, op. cit.,t. Il, p. 196 sur les événements du 20 et du 22 ventôse. Les Représentants remplacent alors le général Pierre par le général Bizanet.

3. Moniteur, t. XXIV, p. 16, Arch. commun. Toulon. La phrase sur l’afflux des ennemis du peuple à Toulon se trouve dans un arrêté de Mariette, Ritter et Chambon du 19 ventôse envoyé au Comité de Salut public et lu à la séance.

4, Moniteur, t. XXIV, p. 77.

impliqués dans l'affaire de Toulon, et naguère élargis après leur transfert à Paris, vinrent demander à la Convention, le 1° germinal,. de prononcer sur le tribunal révolutionnaire de Brest, et quand, le même jour, Sieyès fit voter « une grande loi de police » qui portait peine de la déportation contre Lous les séditieux !.

Le 2? germinal, Saladin lut à la Convention un rapport sur les faits reprochés à Barère, Billaud-Varenne, Collot-d'Herbois et Vadier. Robert Lindet défendit les trois premiers, ses auciens collègues au Comité de Salut public. Il ne dissimula point qu'il agissait ainsi parce qu’il redoutait qu'après les inculpés, on en vint à le frapper lui-même ; néanmoins, très courageusement, il se déclara solidaire des accusés pour tous les actes du Comité de Salut public d'avant thermidor. Le 3 germinal, Prieur de la Côte-d'Or l’imita, Carnot intervint aussi, moins nettement toutefois. Jeanbon était absent *. Le 4 germinal Jeanbon prit la parole. Saladin venait de contester à Collot-d’'Herbois le droit de discuter son rapport article par article, et Laporte avait appuyé Collot; plusieurs conventionnels envoyés autrefois en mission redoutaient d’être poursuivis à la suite des quatre accusés, et Legendre pour les rassurer disait : « les Représentants du Peuple en mission ont rempli leur devoir, s'ils ont commis quelques excès le gouvernement seul en est responsable. — Je viens, répartit Jeanbon, répondre à ce que vient de dire Legendre des Représentants du Peuple envoyés en mission. Quant à moi, je déclare que j'ai été dix-huit mois en mission et....... — On ne parle pas de toi », lui eria-t-on. Sur ce, il n’insista pas *. On le voit, au lieu de revendiquer dans le Comité de Salut public terroriste la place dont il avait été si fier à côté de Barère, Billaud et Collot, Jeanbon se réfugiait dans cette catégorie des Représentants en mission à laquelle Legendre venait de donner labsolution, et la majorité satisfaite de son attitude consentait à le mettre hors du débat. 11 ne voulut point cependant abandonner complètement ses anciens collègues au Comité, il ajouta : « Laporte a exposé des idées simples et solides. IL a dit que les prévenus devaient être entendus sur chacun des faits qui leur sont reprochés. J’appuie sa proposition. » Laporte et lui eurent gain de cause “. Dès lors, il n’intervint plus dans cette discussion qui, se prolongeant, porta au paroxysme les fureurs des partis dans l’Assemblée. Le 10 germinal, Jeanbon reprit la parole pour appuyer Cambacérès et Cambon qui demandaient l'application de la Constitution de 93 pour mettre un terme à l’anarchie. Dans un

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