Moniteur, t. XXIV, p
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INSURREGTION DU 12 GERMINAL AN tft 1043
discours verbeux et vague, il réclama la prompte organisation du Conseil exécutif prescrit par cette constitution ; il émit aussi l'avis que l’on créât « une commission pour s'occuper des lois organiques » de la Constitution de 93, la Convention vota le principe de cette commission dite « commission des Sept ! ».
Cependant le peuple de Paris souffrait atrocement de la famine, malgré les énormes crédits que la Convention votait à la Commission des subsistances ?, et il prenait nettement conscience de l’hostilité de l’Assemblée à l'égard de la démocratie. À bout de patience il se souleva. Le 12 germinal (1* avril 1795), la Convention fut-énvahie. Nous ne décrirons pas, après les pages admirables que lui ont consacré Michelet, Louis Blanc, et l'historien des Derniers Montagnards, ce mouvement populaire : sans direction, sans efforts précis, sans excès, analogue par là même à l’émeute de Toulon du 22 ventôse, il échoua comme elle. Jeanbon ne soufña pas mot tant que la foule remplit le local de l’Assemblée, il ne s’associa pas comme Prieur de la Marne à ce cri : « du pain et la Constitution de 93 », que le peuple faisait entendre $. Lorsque, sous la poussée des bataillons de garde nationale requis par les Comités de gouvernement, le peuple las de vacarme et de vain tumulte évacua la salle des séances, Jeanbon prit la parole. Il déclara s'abstenir pour le moment de toute appréciation sur ce qui venait de se passer, il conclut simplement que de grandes mesures étaient nécessaires. Ce n’était point assez, dit-il, de s'occuper des subsistances et de combattre le discrédit des assignats, le mal était dans la faiblesse du gouvernement : « s’il n’y avait pas dans toute la France un seul malveillant qui pût douter de la stabilité du gouvernement, cela vaudrait mieux que le meilleur plan de finances », c'est « loujours sur l'existence précaire de la République que les malveillants insistent pour effrayer les hommes faibles »; il faut laisser les Comités donner leurs soins aux finances et aux subsistances, il faut bannir les haines du sein de la Convention, et «le seul, l'unique moyen d’y parvenir, c’est de vous occuper sans cesse du bonheur du peuple. Le mal dont vous êtes atteints est une maladie contagieuse qui est répandue dans toute la France, c’est que tout le monde veut gouverner et que personne ne veul obéir... Dites
- aux administrateurs : « La borne est posée, si vous ne l’atteignez pas
ou que vous la dépassiez, vous serez punis. » Pour rattacher tous les liens du système social, pour rétablir le crédit des assignats, pour
- raviver le commerce, ramener l’abondance;'il faut que sans délai
vous organisiez le gouvernement républicain et que vous forciez tout le monde à croire à la République ». Très applaudi, ce discours fut
1e Méniteur, it. XXIV, pp. 98-101.
2. 200 millions votés le 12 ventôse, 600 le 10. germinal (Procés-verbal, t. LVI, p. 206: t. LVIII, p. 83).
3: Voy. Procès-verbal, t. LVIIL, pp, 103-116; Moniteur, t. XXIV, pp. 115-116; J. Claretie, Les derniers Montagnards, Paris, 1869, in-8°.
inséré par décret au Bulletin, si imprimé, distribué à tous les membres de l'Assemblée !.
Mais, immédiatement après, la majorité exaspérée par l’'émeute ne songea qu'à la vengeance. La déportation par décret de Barère Billaud-Varenne, Collot d'Herbois et Vadier fut réclamée à grands cris. Plusieurs membres de l'extrême gauche signèrent une demande d'appel nominal dans l’espoir que l’appel nominal ne donnerait pas une majorité à cette odieuse motion, Jeanbon ne signa pas?. La déportation fut votée. Jeanbon ne protesta pas non plus contre la mise en arrestation de Choudieu, Châles, Foussedoire, Ruamps, Duhem, Amar, décrétée aussitôt après. Il ne protesta pas contre ces paroles de Garnier de l’Aube : « Quand il s’agit d’écraser la tyrannie on ne doit pas procéder en formes ». Mais il entendit Garnier proposer en fin de compte : « l'arrestation de tous les membres des anciens Comités de gouvernement ». Bourdon de l'Oise, lui-même, observa qu'il ne fallait pas agir par passion et fit passer à l’ordre du jour sur cette dernière motion, toutefois Jeanbon put dès lors prévoir Je sort qui l’attendait *.
La séance du 12 germinal s'était terminée le 13 au matin. Au cours de celle qui suivit, dans la journée du 13, Marec lut au nom du Comité de Salut public un rapport sur le combat livré le 24 ventôse, près du cap Noli, à la flotte anglaise par l’escadre dé la Méditerranée. Le Tourneur avait essayé, après le départ de Jeanbon, de maintenir au Port la Montagne les principales mesures et les arrêtés pris par son prédécesseur ‘, et quand la rentrée de Renaudin à Brest fut connue, on put croire l’expédition maritime ajournée. Il n’en fut rien. Le Comité de Salut public écrivit à Le Tourneur que le succès devait êlre facile, tandis que Martin écrivait à Dalbarade qu'ayant été obligé de compléter ses équipages avec 2,400 hommes de troupes, il n’y avait pas « de vaisseaux plus mal assurés en marins que ceux du Port la Montagne ». Martin ajoutait : « Sur une totalité de 12,000 hommes qui forme l’armement des 15 vaisseaux, en diminuant 1,300 hommes, officiers ou matelots mariniers, il reste à peu près 2,724 matelots.... nous avons plusieurs vaisseaux qui ne peuvent avoir à leurs canons de 36 que deux marins canonniers ». Plusieurs des bâtiments, disaitil encore, n'étaient pas assez solides pour affronter les tempêtes : « Comme vrai républicain, je désire sincèrement que l'expédition que l’on a projetée ait le résultat que l’on se propose, mais aussi j'eusse désiré que les accidents qui viennent d’arriver à l’armée navale de
Brest eussent fait faire quelques réflexions ? ». L’amiral dut sortir le
1. Moniteur, t. XXIV, p. 116; Procès-verbal, t. LVIIL, p. 125. Nous n’avons pas trouvé ce discours imprimé à part.