RAPPORT DE MAREC SUR LE COMBAT DU GAP NOLI
11 ventôse avec Le Tourneur sans attendre Renaudin reparti de Brest, etsans emmener le convoi de troupes, pour se porter à la rencontre de l'amiral anglais Hotham. Il ne s'agissait plus d'enlever Livourne, la paix venait d’être signée avec le grand duc de Toscane, mais on voulail chasser l'Anglais de la Méditerranée comme Jeanbon l'avait demandé, et sans l’appoint des renforts considérables que Jeanbon avait déclaré nécessaires pour une telle entreprise. L’escadre française comptait 15 vaisseaux. Après avoir capturé un vaisseau anglais,
le Berwick, le 23 ventôse (13 mars) elle se trouva en présence de
l'ennemi près du cap Noli. Un de ses vaisseaux, le Ça-Zra, par un maladroit abordage avec son matelot de l'avant, éprouva des avaries sérieuses qui obligèrent un autre bâtiment, le Censeur, à lui offrir une remorque. Altaqués le 24 et se paralysant l’un l’autre, le Ça- Ira et le Censeur ne purent être dégagés, tandis que {e Mercure et le Sans-Culotie, avariés eux aussi, se séparaient de l’armée. Finalement le Ça-lra et le Censeur furent pris. Par contre, un vaisseau anglais avait dû se jeter à la côte, et en y joignant le Berwick tombé au pouvoir des Français, on voit que la perte était égale de part et d'autre. Mais l'amiral français dut rentrer au mouillage sans avoir écrasé l’anglais !. Le Tourneur écrivit au Comité de Salut public, comme jadis Saint-André, que les équipages s'étaient bien comportés, que seules les fautes de certains capitaines avaient empêché
-un éclatant succès. Marec, à son tour, assura, le 13 germinal, à la
Convention que le gouvernement avait donné à Martin une escadre assez forte pour chasser l'ennemi de la Méditerranée, et que ce résultat eut été obtenu si certains capitaines n'avaient été inférieurs à leur rôle. x
En terminant, pour effacer l'impression de cette nouvelle, le rapporteur du Comité de Salut public annonça les ravages opérés par l'Experiment sur les côtes anglaises de la Guinée. 1] n’avoua pas que le gouvernement renonçait à l'expédition de Corse et renvoyait les troupes du corps expéditionnaire à l’armée d'Italie, après avoir immobilisé plusieurs mois celle-ci en vue de cette opération ?. Il n’avoua
pas non plus que la désertion avait repris parmi les équipages de
Martin, après son retour à Toulon, au point que l'amiral demandait l'autorisation d'accorder des permissions aux matelots pour voiler leur défection *. Ce n’était point la peine de flétrir les errements du gouvernement terroriste dans les questions maritimes pour faire à la Convention une relation infiniment plus inexacte que celle de
1. Chevalier, op. cüt. pp. 175-181, 187-190. William Hotham (1736-1813) entré en 1748 à l'Académie navale de Portsmouth, lieutenant en 1755, commodore en 1782, contre-amiral en 1787, vice-amiral en 1790, successeur de Hood dans la Méditerranée, amiral du 16 avril 1795, pair d'Irlande et baron (National Biography).
2. Krebs et Moris, p. 228, le Comité de Salut public aux Représentants à Toulon, 6 germinal (AF1r 203).
3. Arch. commun. Toulon. Le compte rendu de Marec est au Procès-verbal, t, LVIIL, p. 152, et imprimé à part, 13 pp. in-12° dans ADxvIn° n° 309. Arch. nat.
Barère, et à propos d’une bataille beaucoup moins utile et importante que celle du 13 prairial.
Jeanbon aurait pu révéler à la Convention les responsabilités du gouvernement dans la désorganisation de l’escadre de la Méditerranée. Il se contenta de dire: « L'expérience nous a montré assez que dans la marine il existait des vices qu’il était nécessaire d’anéantir. Il y a dans la- marine des gens instruits, capables de soutenir l’honneur de la République; mais il ne faut pas nous le dissimuler, la plupart des officiers manquent d’inslruction et de docilité, et cela n’est pas étonnant car notre marine est encore dans l’enfance. Les anciens officiers ont déserté la patrie, de sorte que les grades ont été confiés à de nouveaux. De plus, les écoles nautiques sont dans un état de désorganisation qui appelle la surveillance ». Il ajouta : « Quant à l’indiscipline des chefs, elle provient de l’insuffisance des lois à cet égard. Il faudra que la Convention en fasse. Il serait aussi à souhaiter qu’il y eût parmi eux moins de jalousie. Je demande le renvoi de ces réflexions au Comité d’instruclion publique pour ce qui regarde les écoles nautiques, et au Comité de la Marine pour présenter un projet de loi que je demande. » Il fut récompensé de cette réserve par l'appui que vint donner à sa proposition le conventionnel girondin du Finistère, Blad, qui cependant méditait peut-être déjà sa perte. Mais que dut-il penser quand, après Blad, Rouyer déclara : «' Je demande que le Comité de la Marine rappelle tous les anciens marins qui ne sont pas coupables. J’en citerai un dont les avis, s'ils eussent été suivis par le Comité, nous eussent conservé dix vaisseaux à Toulon. Cet officier se nomme Truguet »? Que dut-il penser quand, le 14, on lut une lettre de Mariette où, donnant des détails sur l'émeute de Toulon du 22 ventôse, ce Représentant concluait que les conspirateurs avaient agi à Toulon, et non plus à Marseille, parce que Toulon « offrait plus de ressources et un plus vaste champ à l'intrigue. Dans cette commune il n’y à presque pas de citoyens, la majeure partie des propriétés appartient à la nation. La garnison animée en général du plus mauvais esprit était dirigée par des chefs, créatures la plupart de Robespierre... Le commandant de la place était un vieillard sans caractère... L’arsenal, dont tous les chefs ne sont pas purs, renfermait douze mille ouvriers, hommes faciles à égarer, parmi lesquels il se trouve même plusieurs individus couverts de crimes. L'expédition de Corse servait de prétexte aux malveillants qui, depuis quatre mois, venaient de toutes les parties du Midi se réfugier dans le port de Toulon où ils étaient lolérés et trouvaient même une sorte de protection ! ». Enfin, le 15 germinal, dans le Journal des Lois de la République française, Jeanbon fut pris à partie par Galleti, cet individu au dire duquel le gouvernement terroriste avait installé à Meudon des tanneries de peau humaine? Galleti fit comprendre à Saint-André que, si peu qu'il intervint dans les affaires de