SA DÉFENSE CONTRE SES ACCUSATEURS DE BREST
de Saint-André sans réplique. Malgré la présence du thermido- : rien Palasne- -Champeaux, successeur avec Topsent, de Faure et Tréhouart ‘, la démocratie s'était ressaisie à la fin de floréal dans Brest comme à Paris. Elle demeurait « pour la majeure partie composée d'étrangers à la ville de Brest », appelés à y résider « par leur service, soit dans le militaire, soit dans le civil »; elle formait toujours le noyau de la Société populaire; elle protestait le 3 prairial contre une cérémonie commémorative en l'honneur des administrateurs du Finistère guillotinés, et poursuivait de ses huées au théâtre et dans les rues le conventionnel thermidorien Harmand de la Meuse ?. Palasne-Champeaux était obligé le 9 prairial de faire arrêter Julien Jullien, Pasquier, Nouvel, Gautier, Le Nôtre, Roxlo, Vatrin, c’est-à-dire l'état-major des clubistes, et avec eux les trois officiers de marine, Le Franc, Baron, Huguet, plus quarante autres individus. Le 26 prairial encore, Topsent et Palasne-Champeaux écrivaient au Comité de Salut public que la Société populaire se livrait «à des sorties contre la Convention qui peuvent échauffer les esprits ». Trrités par cette résistance inattendue, encouragés par un décret du 16 prairial qui renvoyait devant le directeur du jury du tribunal du district de Brest, tous les membres de l’ex-tribunal révolutionnaire, y compris Ance, les thermidoriens brestois adressèrent à la Convention Quelques observations sur la réponse de Jeanbon Saint-André à la dénonciation de la commune de Brest. À ce mémoire daté de Paris, 29 prairial, etsigné de Trouille et Bergevin, était joint le numéro 55 du journal : Les Annales républicaines de Brest, dont un article était relatif à « l'influence de Jeanbon sur le tribunal révolutionnaire ÿ ». ;
1. Décret du 2 ventôse an III (Procès-verbal, t. LVL, p. 30) ; Palasne de Cham-
peaux (Julien-François), né à Saint-Brieuc, le 21 mars 1736, avocat, député du Tiers de la sénéchaussée de Saint-Brieuc aux États- Généraux, président du tribunal criminel des Côtes-du-Nord et député des Côtes-du-Nord à la Convention, mort à Brest, le - 2 novembre 1795 (Dict. des Parlementaires). Voy.sur lui, Levot, p. 400 et Le Guillon- Penanros, p. 451. Topsent et lui arrivent le 22 ventôse (Levot, p.399). Tréhouart alla de Brest à Cancale, pour établir des fortifications, construire une digue à Port- Malo et établir le télégraphe de Brest à Paris, il rentra le 23 germinal à la Convention (Compte rendu de ses dépenses, déjà cité). Topsent, du [2 floréal au 12 thermidor séjourne à Lorient (Levot, p. 400).
2. BB3 38, fol. 38, Arch. commun. Brest : les Représentants à Boursault, 4 ventôse; Levot, p. 407; A. Coutance, Brest en l’an III, Bulletin de la Socièlé académique de Brest, 1884-1885, p. 424; Harmand de la Meuse, Anecdotes relatives à quelques personnes el à Dusièuts événements remarquables de la Révolution, Paris, 1814, 1 vol. in-8°, pp. 110-112; Harmand (Jean- Baptiste), né à Souilly (Meuse), le 10 novembre 1751, soldat aux Indes, avocat, puis juge de paix à Bar-le-Duc, député de la Marne à la Convention, aux Cinq-Cents, aux Anciens, adhéra au 18 brumaire, préfet du Haut-Rhin, puis de la Mayenne, mourut en 1816 (Dict. des Parlementaires). Un décret du 3 ventôse l’envoyait avec Barras et Le Tourneur de la Manche aux Indes Orientales (Procès-verbal, t. LVI. p. 57 et 67) et il était allé pré parer à Brest l'expédition comme on le verra plus loin.
3. Levot, p. 406; Le Guillon-Penanros, p. 453; Topsent et Palasne-Champeaux au Comité de Salut public, 26 prairial (AF1t 174). Le Mémoire, imprimé à Paris chez la véuve Gorsas, 11 p. in-8 est, avec le journal, aux Arch. nat, ADxvm 39, et toujours avec le journal Dur 349 ibid.
Les précédentes dénonciations manquaient de loyauté, celle-ci est franchement odieuse. Elle démontre, à la vérité, que Jeanbon a
bien réellement conféré à Armand Verteuil le titre d’inspecteur général du port et des hôpitaux; encore, pour le prouver, cite-t-elle: une lettre de Verteuil établissant dans quel esprit d'humanité il s’ac-
quittait de ses fonctions. Mais, pour démontrer que Jeanbon a conféré
tous les pouvoirs au tribunal révolutionnaire de Brest en partant
sur l’escadre, elle tronque un arrêté signé de Donzé-Verteuil ‘; elle lui donne ainsi un caractère tyrannique démenti par le con-
texte. Afin de prouver que le tribunal révolutionnaire. est l’œu-
vre de Saint-André, ce qui est d’ailleurs incontestable, elle s’appuie sur des documents qui, reproduits in-extenso, auraient mis en lumière l’intervention du Représentant s'exerçcant auprès du parquet dans le sens de la clémence ?. Comme Jeanbon proteste qu'il n’a point refusé d'étudier les moyens de défense des prévenus, Trouille raconte tout au long son propre cas, il se vante d’avoir, en qualité de chef de la garde nationale de Brest, poussé cette troupe à résister au gouvernement montagnard et à Jeanbon, et il s'étonne qu’ensuite le Représentant ait trouvé tout essai de justification de sa part inutile. Le journal de Brest annexé au mémoire est rédigé avec la même mauvaise foi. Visiblement, et Levot l’a remarqué, Trouille exploite la réaction thermidorienne pour exercer sur 120 une vengeance personnelle *.
Saint-André ne paraît pas avoir répondu à ce nouveau pamphlet, peut-être n’en eut-il pas connaissance, ou comprit-il qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre.
Une autre dénonciation surgissait maintenant contre lui. IF était abattu, donc on pouvait le frapper impunément, c’est ce que pensèrent les thermidoriens de Montauban. Depuis son passage dans
sa ville natale, en ventôse, les royalistes avérés y avaient pris la -
conduite du mouvement de réaction, et parmi eux d’Elbreil, revenu de Provence. À l'instar des royalistes de Castres et de Lyon, ils arboraient la ganse blanche au chapeau, et les prêtres insermentés avaient reparu, célébraient la messe sans se cacher. Les démocrates, de leur côté, s'étaient ressaisis et leur énergie s'était réveillée; malgré le 12 germinal, ils tenaient en floréal des conciliabules qui donnaient beaucoup à penser à leurs adversaires. Mais le club demeurail sous l'influence des thermidoriens, et Poncet- Delpech mettait à leur service le tribunal du district +. Avant que fus-