DÉNONCIATION DU CLUB DE MONTAUBAN CONTRE LUI
sent connues la journée du 1e" prairial et ses conséquences à Paris, une nouvelle attaque fut tentée contre Jeanbonu. Un certain Selves, homme de loi, mêlé aux événements du 10 mai 1790, incarcéré sous la: Terreur et récemment élargi, s'indigna que la municipalité et le district prétendissent lui refuser un certificat de civisme, et il fit im-
__ primer un volumineux libelle contre tous les terroristes de la localité.
Après eux, après Gautier notamment, il y dénoncait Saint-André « vrai caméléon, faux Brutus » qui avait versé « le sang de sa propre famille, de son cousin Cladel ». Il « ose mais en vain $e flatter, disait Selves, qu’il n'est pas bien connu dans la Convention, qu’en y chantant la palinodie, en y criant contre les terroristes, en plaçant dans sa bouche et faisant avec un peu de volubilité de langue et de patelinage quelque motion d'humanité qu’il n'aura jamais dans le cœur, il fera oublier qu'il avait déjà établi lui-même la terreur à Montauban », et Selves continuaiten rappelant que Jeanbon avait été le collègue de Robespierre au Comité de Salut public, « le Mercure très actif de cette autre divinité des brigands, de Brest à Toulon, du Nord au Midi sans jamais cesser de tyranniser Montauban ‘ ». Mais tout ceci, Selves ne l'écrivait que pour ses compatriotes. Soudain, le 15 prairial au matin (3 juin), on apprit l'arrestation de Saint-André. Les thermidoriens poussèrent des cris de triomphe. Le monstre a été «écrasé sous le poids de ses crimes... jam paree sepulto », écrit Selves en post-scriptum à sa brochure, et, en mentionnant dans son journal avec l’incarcération de Lindet, d’Elie Lacoste, etc., celle de. Jeanbou, Poncet-Delpech ajoute : « Tous ces messieurs sont grands montagnards ? ». Le club se met alors à l’œuvre. Il commence par rédiger une dénonciation contre Baudot, puis, le 21 prairial, on observe que « si nous devons à ce missionnaire robespierriste de mettre au jour sa conduite, il en est qui nous touchent de plus près qui ne réclament pas moins ». En conséquence, on délibère de retracer « l’historique réelle » de la Terreur à Montauban « pour ce monument de notre reconnaissance être signé individuellement et adressé à la Convention nationale ».
Le 22, une commission est nommée à cet effet, le 24, l’Adresse à la Convention nationale qu’elle a rédigée est adoptée en séance par la Société #. Cette adresse n’a pas dû exiger grand effort d’imagination, les gros fabricants qui dominent maintenant le club ont assez de griefs motivés contre l’homme qui avait organisé contre
1. Jean-Baptiste Selves, citoyen de Montauban, homme de loi et correspondant des liquidations, à la municipalité et au district qui lui ont refusé une carte de civisme, floréal an ILT, 22 pp. in-8° (Recueil pour l’histoire de la Révolution à Montauban, Arch. commun.). Sur Selves, L 26, L 108, Arch. Tarn-et-Garonne.
2. Post-scriptum à la dénonciation de Selves, Reg. Poncet, p. 563, récit manuscrit, collect. Em. Forestié.
3. 6° Reg. du club; Adresse à la Convention nationale adoptée par la Société populaire de Montauban dans sa séance du 24 prairial sur le rapport de la commission nommée le 22 dudit mois, 8 pp. in-8, Impr. Fontanel (Recueil pour l’histoire de la Révolution à Montauban).
eux la démocratie ouvrière, et le pamphlet de Rauly Bonnefon du 28 ventôse contenait déjà le thème principal des accusations déve-.
loppées dans le Hbelle du 24 prairial. Après une virulente diatribe contre Baudot, l'adresse passe à Saint-André : « Nous pouvons en parler avec de plus grands détails parce que cette commune qui l’a vu naître fut malheureusement le théâtre de sa carrière révolutionnaire. Nous pouvons accuser ce prêtre astucieux d’avoir démoralisé le peuple en soulevant le pauvre contre le riche, en jetant parmi les patriotes des germes de division dont nous sentons encore les suites funestes. » Vient alors le récit des différents épisodes de la Révolu-
tion à Montauban et du rôle qu’y a tenu Saint-André. Nous avons, à
propos de chacun de ces faits, discuté par avance les assertions des adversaires du conventionnel, nous n’y reviendrons pas. Mais dans ce pamphlet, à chaque ligne, le vrai et le faux se coudoient, les amis de Jeanbon sont traînés dans la boue, ses intentions les plus honorables sont travesties. Si l’on critique avec raison les procédés par lesquels Jeanbon a violemment fait prévaloir son influence dans
Montauban, le principal méfait qu’on lui reproche, c’est d’avoir débla- -
téré contre l’égoïsme des hauts bourgeois, contre l’immoralité et l’orgueil des riches, et d’avoir au contraire exalté les travailleurs et
les pauvres. Au surplus, l'adresse ne dissimule pas que ses auteurs
ont longtemps hésité à attaquer Saint-André, et que beaucoup de Montalbanais lui gardent un reste d’atlachement et professent pour lui une certaine admiration. De même que ce factum reproduit tous les griefs des royalistes et des Girondins coalisés contre la Révolution et contre son chef à Montauban, la liste des signataires rassemble les noms de tous ceux qui, au cours de la crise politique, se sont successivement séparés de la démocratie et de Jeanbon : nobles, bourgeois enrichis par le « mercantilisme », fonctionnaires de l’ancien régime, administrateurs fédéralistes frappés en 1793, et, à côté des prêlres assermentés, le pasteur Grenier rallié à la bourgeoisie protestante !. Nous ne savons ce qu’il advint de cette dénonciation, Nicolas nous dit sans l’affirmer que Fourcroy l'intercepla et la remit lui-même à Saint-André; pourtant Fourcroy, à la fiu de prairial de Pan II, n’était plus membre du Comité de Salut public ?. En tout cas on ne voit pas que Jeanbon y ait fait aucune réponse.
De Toulon, il ne vint aucune accusation nouvelle nn. l'ancien Représentant au Port la Montagne. Mais la révolte du 1 prairial avait été écrasée. Après la défaite, le 5 prairial à Cuges, des ouvriers sortis en armes de la ville pour marcher sur Marseille, Chambon,
1. Les rédacteurs sont Fontanel jeune, Lafon, Depuntis cadet, et l’adresse porte 101 signatures parmi lesquelles les ex-abbés Calmel et Joynes, Boyer Rochin, Preissac, et les anciens municipaux Malhio, Frezières aîné, Dubois aîné, Bruté, Estève; « quelques autres signèrent cette adresse, mais ils ne le firent qu’au moment de la faire partir par le courrier, ne voulant point qu’on le sût à Montauban » (Papiers Bosquet, collection Galahert).
2. Nicolas, p. 112 note. Foureroy entré au Comité de {Salut public le 15 pluviôse
en est sorti le 15 prairial.
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