SA NOMINATION A LA PRÉFECTURE DU MONT TONNERRE
les vues du Premier consul, c'était « une si belle tâche pour un fonctionnaire ‘! » :
Mais il a fait plus. Il a accepté de faire partie de la Léon d’honneur à dater du 25 prairidl an XII (13 juin 1804). IL a été nommé, le 9 janvier 1810, baron de l'Empire, et il a reçu des armoiries « coupé le premier parti d'azur à l’ancre bouclée torlillée d’un câble d'argent, et de gueules au signe des Barons Préfets ; le deuxième de sable au coq d’or, la tête élevée vers un soleil cantonné à dextre du même ? ». Le 4 octobre 1810, il a reçu un majorat inaliénable el transmissible par ordre de primogéniture de 4,000 francs de revenu *. Le 19 avril 1813, il a été promu à la dignité d’officier de la Légion d'hon-
neur *. Et c’est bien le même homme qui avait combattu avec achar- nement la noblesse et les distinctions, qui avait réclamé le partage égal des successions ! Quoique les autres conventionnels placés dans l'administration impériale aient accepté de pareilles faveurs, bien que Pierre Sers, son ami, et Carnot lui-même soient devenus comtes de l'Empire, il y a là, dans la conduite de Jeanbon, une contradiction très fâcheuse. Dira-t-on qu’il voyait dans ces titres un simple attribut de ses fonctions ? Ses armoiries où une ancre rappelait son rôle dans la marine révolutionnaire, où trois tours commémoraient son emprisonnement par les Turcs, constituaient-elles pour lui le symbole des services qu'il avait rendus à son pays? En lui-même il se rendait compte que c’étaient là des distinctions vaines, on verra plus loin qu’au moins une fois il a proclamé son dédain pour de pareilles futilités. Cependant il semble bien qu'il a fait des démarches pour devenir baron de l'Empire, et un contemporain qui l’a vu à cette époque nous dit qu'il était heureux de ces distinctions comme un enfant de ses hochets *. Enfin, depuis 1810 jusqu’au tombeau, il a troqué ce nom de Jeanbon, auquel s’attachaient de si grands souvenirs, pour le titre banal et vide de « baron de Saint-André », et sa femme a suivi son exemple. C’est que tout homme est complexe. Nous avions déjà relevé dans la carrière de Saint-André un certain nombre de faiblesses. Sa recherche des distinctions nobiliaires et des décorations estune dernière défaillance. C’est, au reste, la moins excusable de toutes, et l’on comprend que le fameux Dictionnaire des Girouettes, paru en 1815, ait raillé l’ancien conventionnel affublé de la baronnie de Saint-André, on comprend que le dernier représentant de la famille de Jeanbon en France, jacobin déterminé, n’ait point
1. Fi: 11 Mont Tonnerre, Mayenee 31 octobre 1810; Fie 43 Mayence, 5 messidor an X; Discours prononcé à ouverture du lycée de Mayence, mémoire du’8 thermidor an X.