‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 852 sur 889 · Aulard, Revue bleue du 15 janvier · texte numérisé non relu

Aulard, Revue bleue du 15 janvier

mais aussi « de la reconnaissance’de la nation;' ». Et Jeanbon rencontrait autour de lui nombre d’anciens révolutionnaires dupes des

mêmes apparences, et dont la vue pouvait l’entretenir dans ses pro-

pres illusions : sans parler de tous ceux qui occupaient des places à Paris et sur d’autres points du territoire, à Mayence il y avait Thirion professeur au lycée, Duhem médecin en chef de l'hôpital, le général Meynier un des vieux braves de l’armée du Rhin commandant d’armes; non loin de Mayence J.-B. Lacoste était préfet des Forêts, Piorry et Garrau membres du tribunal de Trêves. Jeanbon n’a donc pas cru se mettre au service d’un despote, il a pensé travailler pour son pays et pour ses convictions comme agent du gouvernement central sous les ordres du chef élu de la nation, de même qu'en l'an II sous les ordres du Comité de Salut public.

Devenu préfet de Napoléon, Saint-André recut en grande solennilé l’empereur à son passage à Mayence, et même Joséphine et la reine de Hollande. On le vit célébrer la Saint-Napoléon, se féliciter de la naissance du roi de Rome, attendre sous la pluie une partie de la nuit à la tête de tous ses subordonnés, à côté du vieux Kellermann devenu maréchal et duc de Valmy, l'entrée de Marie-Louise à Mayence en 1813, et organiser les fêles, les distractions en l’hon-

neur de la souveraine ?. Ecrivant à Fouché, son ancien collègue, il le

traitait de « Son Excellence le sénateur, ministre de la police générale, duc d’Otrante », et il terminait la lettre par cette formule : « Je prie Votre Excellence d’agréer l'hommage de mon profond respect ? ». C’est qu'il acceptait toutes les obligations de sa situation nouvelle, qu’il se conformait aux devoirs que lui imposait son rang dans la hiérarchie administrative ; partout et toujours il avait été l’homme de ses fonctions, soumis autrefois à ses collègues du Comité de Salut public, puis traitant en supérieur Carnot une fois que celui-ci était devenu membre du Directoire. À Mayence il dirigeait l'opinion publique et surveillait les journaux : quand il siégeait au Comité de Salut public el au cours de ses missions, il prenait des mesures analogues. Il recommandait à ses subordonnés de ne point empiéter sur les fonctions spirituelles du clergé, de se contenter à l'égard du culte de l'exercice de la police administrative : ces principes étaient à vrai dire en contradiction complète avec l'attitude qu'il avait prise autrefois à l’époque de l'établissement du culte de la Raison, mais ici encore Jeanbon était, suivant son expression, « l'organe du gouvernement », et il considérait qu’entrer dans

1. Le grand chancelier, ministre d'État, à M. le baron de Saint-André, 19 avril 1813 (appartient à la famille Thuet de Caussade).

8. F'e1 Mont Tonnerre (Arch. nat.), Jeanbon au ministre de l’intérieur, 23 mars 1811 et 26 juillet 1813 (F'° 1 Mont-Tonnerre), Jeanbon au Préfet de la Meurthe, 16 octobre 1806, pour lui demandér la troupe du théâtre de Nancy en vue de distraire ses hôtes impériaux (collection Ét. Charavay).

3. Collection Ét. Charavay, 6 octobre 1809. Fouché répond, à propos des mérites d’une personne recommandée dans la lettre de Jeanbon, qu’il n’oubliera pas « les titres qu’y ajoute l’estime d’un magistrat tel que M. Jeanbon Saint-André ».

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