Voy. ci-contre son tombeau
pardonné à son grand-oncle cette abjuration des principes démocratiques !.
Le préfet de Napoléon n’en est pas moins demeuré par ailleurs digne du conventionnel. Il ne faut point le confondre avec les courtisans du nouveau Maître, avec ceux qui s'étaient rués dans la servitude, qui avaient sacrifié au régime impérial tous leurs attachements d'autrefois et s’efforçaient de faire oublier leur passé ?. On compte parmi les préfets de Napoléon quelques esprits indépendants : aucun ne montra plus d'énergie et de dignité que Jeanbon. S'il est vrai que l'empereur a éliminé ou comprimé les caractères originaux, Jeanbon constitue une exception honorable. 11 n’avait point à l'égard du souverain l’adoration stupide et irraisonnée du fanatique devant l’idole, il le jugeait avec clairvoyance et se jouait parfois de lui avec malice. Chargé par Napoléon d'examiner un travail du préfet du Mont Tonnerre et de lui en faire un rapport, Beugnot se préparait à approuver ce travail sans réserve : « Gardez-vous en bien, lui
dit Jeanbon, l’empereur en concluerait ou bien que vous n'avez
pas examiné à fond l'affaire, ou que nous nous entendons comme larrons en foire. Convenons plutôt de quelques points de discussion que nous attaquerons fort et ferme devant lui pour fixer son attention et lui donner occasion de se dire et peut-être de nous dire : « Pauvres hères que vous êtes! que deviendriez-vous si je « n'étais pas là pour vous montrer où est la vérité et vous y faire « tenir *? » Le traitest joli, l'observation fine. Dans un discours public à Mayence, en 1804, Jeanbon blâmait les sociétés savantes « qui n’ont pas toujours assez bien observé cette ligne du devoir qui tient le milieu entre l'audace et la servilité * ». Et son attitude était en harmonie avec ces paroles. Le comte de Puymaigre, un ancien émigré, évidemment mal disposé pour les conventionnels régicides, Puymaigre témoigne que le préfet du Mont Tonnerre ne flattait pas l’empereur. Ce dernier demandait un jour si l’on n’avait pas autrefois cultivé le mûrier dans le Palatinat : « Oui, Sire, répondit Jeanbon, mais le gouvernement ayant voulu faire un monopole de cette culture, une belle nuit tous les mûriers furent arrachés, parce que le peuple finit toujours par sortir de l’oppression el par ressaisir ses droils. » Napoléon « fit la pirouette et ne répondit rien ° ».
1. Dictionnaire des Girouettes, pp. 235-237, Jeanbon y est honoré de deux girouettes. « Ne me parlez pas de ce renégat, il a déshonoré notre nom le jour où il a consenti à servir le tyran », disait l'arrière petit neveu de Jeanbon à M. le capitaine de frégate Teulières, qui a bien voulu nous le rapporter.
2. Baudot, qui attaque les conventionnels ralliés à l’Empire et aussi insolents
envers les citoyens que plats devant le Maître, Baudot ne parle pas de Jeanbon (Notes.
historiques, pp. 39, 222, 267). M. Léonce Pingaud (Revue de Paris, 1898) a essayé de réhabiliter un de ceux que flétrit Baudot : Jean de Bry. Welvert (Revue historique, t. LXIII-LXIV) montre que la plupart des anciens conventionnels s’efforçaient de faire oublier leur passé, il n’en est rien chez Saint-André.
3. Mémoires du comte Beugnot. Paris, 1886, 2 vol. in-8, t. Il, p. 9.
4. Discours du 16 germinal an XII à la Société des Sviences et Arts de Mayence.