Souvenirs de Puymaigre, pp
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Aux arrogants maréchaux de l'Empire, Saint-André rappelait que jadis, Représentant du Peuple en mission, il avait fait trembler les chefs des armées devant le pouvoir civil. En 1805, le maréchal Lefebvre, de passage à Mayence, ayant fait mander le préfet par un de ses aides de camp, Jeanbon répondit que sa maison était ouverte à tout le monde et que le maréchal aurait pu venir le trouver, qu’au surplus, pour cette fois, il voulait bien condescendre à ses désirs. Quand il fut en présence de Lefebvre, celui-ci lui enjoignit d’habiller aux frais du département des gardes nationaux dépourvus d’uniforme. Jeanbon refusa, et comme le maréchal s'emportait : « Je ne puis habiller vos troupes, dit le préfet, mais je puis faire autre chose si cela vous est agréable, je puis signer ma démission, vous n’avez qu’à dicter. — N’en parlons plus », s’écria Lefebvre et l'incident en resta là ‘. En 1809, après l’entrevue d’Erfurt, la grande armée rentrant en France, les soldats du maréchal Victor se conduisirent à Mayence comme en terre conquise et tuèrent deux citoyens. Bien sou-vent déjà, les populations du Mont Tonnerre avaient été molestées par les prétoriens du nouveau César. Jeanbon écrivit aussitôt au duc de Bellune pour réclamer prompte justice, Victor ne répondit pas. Jeanbon se transporta chez lui, puis aux casernes sans réussir à le rencontrer. «Il a beau faire, il ne m’échappera pas », dit le préfet à Pasquier qui rapporte le fait dans ses Mémoires, et accompagné de Pasquier il se rendit au théâtre où le maréchal assistait à la représentation. Il se fit ouvrir sa loge et « lui adressa en présence de son étatmajor une des plus rudes allocutions qui se puissent. entendre : « Vous n’êtes pas ici, lui dit-il, en pays ennemi; y fussiez-vous, la con- «duite de vos soldats serait toujours odieuse et votre faiblesse à le « souffrir serait toujours inexcusable.Je vais ce soir même expédier un « courrier à l'empereur et lui rendre compte de ce qui s’est passé. » L'attitude du maréchal ressembla beaucoup à celle d’un général de 1793 en face des proconsuls de l’époque, il balbutia quelques mots, promil justice et pria très instamment que le courrier ne fût pas envoyé ?. » Enfin, s’il reconnaissait dans Napoléon l'élu de la nation, Jeanbon n’admettail pas que les soldats se permissent de disposer sans l'assentiment populaire des destinées du pays. Quand la conspiration du général Malet fut connue, le préfet du Mont Tonnerre flétrit les généraux disgraciés qui prétendaient « être les arbitres de notre sort » et se « croyaient autorisés pour un mécontentement injuste ou légitime à bouleverser l'Empire »; et il se fit l’écho auprès du ministre de ceux « qui par état autant que par raison redouteraient de voir passer dans l’armée cet esprit, de turbulence et de rivalité qui, à Rome, faisait et défaisait les empereurs au gré des passions * ».