Observations sur un Mémoire de la ville de Cahors
10. Jeanbon à la municipalité de Montauban, 22 avril 1792 (Arch. commun. AA, 5).
reprendre les chaines de la servitude »; s'opposer à l'instruction c'est mettre des entraves « au développement de l'esprit public et à la régénération du peuple ! ». Mais la religion n’est pas moins efficace : d'abord il faut une religion, quiconque est sceptique est forcément indifférent à la prospérité de l’État, disait notre pasteur dans le sermon de 1776 ?, de plus, la religion développe la moralité base de la liberté *. On doit donc favoriser la religion, surtout le christianisme, non pas le catholicisme des auteurs du 10 mai qui veut « intéresser le ciel à la conservation » des biens qu’il a . Cusurpés sur la terre ‘ », qui attise les préjugés et fomente les révol- Les, et pour lequel Jeanbon a toutes les rancunes, mais une religion morale, celle de l'Evangile, de la primitive Église, détachée des pratiques et des formules du catholicisme romain considérées comme superslitieuses. Jeanbon n’a exprimé cette idée que tardivement, durant son séjour à la Convention, et son collègue Baudot, qui nous la rapporte, donne en même temps les raisons de son silence. « Je parlais un jour à Jeanbon de faire une religion gallicane simplifiée à l'instar de la religion protestante : «Je suis partie intéressée me dit-il », — il était ministre protestant, — « ce n’est point à moi de faire cette proposition, mais vois à sonder le terrain, je crois l’idée bonne . » Par contre, Rabaut Saint-Etienne expose beaucoup plus catégoriquement, dès 1789, la même théorie : dans le dernier des trois Mémoires déjà cités, intitulé « projet pour un homme d’Etat qui aurait la hardiesse de l’accomplire », Rabaut déclare que l'Etat doit enlever l’action morale à la religion .sacerdotale qui l’a jusqu’à présent accaparée, il constituera en place une religion morale à son profit et sous sa direction; tandis qu’il édifiera cette dernière, il affaiblira la première par une guerre sourde, il Fanéantira définitivement quand il aura achevé de constituer la « religion civile 5 ». Il est probable, étant
. 1. Même lettre. Cf. la lettre déjà citée du 16 mai 1788 à Rabaut Saint-Etienne « il faut faire de nous un peuple entièrement neuf, et le seul, l’unique moyen pour cela, c'est l'instruction. » É
2. Les incrédules « sapant la religion par $es fondements, anéantissent du même coup les devoirs les plus sacrés des sujets envers les souverains ». |
3. Dans les Considérations sur l’organisation civile des protestants, Jeanbon, pour qu’une religion soit tolérée, veut « qu’elle ait une morale pure, qu’elle encourage à la vertu, à la bienfaisance, à la soumission aux lois, au dévouement à la patrie » (Nicolas, p. 295). Sermon du 9 octobre 1791,
4. Lettre de Bordeaux au Consist., 7 octobre 1790, déjà citée.
5. Baudot, Notes historiques sur la Convention Nulionale, le Directoire, l'Empire et l'exil des votants, Paris, 1893, in-8, p 249. Voy. sur cette théorie de Saint-André sous la Convention, le ch. x1v. .
6. Mémoires de l'Académie de Nimes, 7° série, t. XVI, p. 231. Les gouvernements, d’après Rabauf, ont négligé d'enseigner aux peuples la vertu, l'Eglise s'est emparée de cette mission et a ainsi établi son empire aux dépens de la force du gouvernement. « Si les législateurs avaient pensé que les vertus font le bonheur et la force de Ja République, ils n’auraient pas laissé à d’autres qu'eux le soin de les commander; ils ont laissé aller les rênes morales et les prêtres s’en sont saisis... Ce n’est donc point à détruire le ressort moral de la religion qu'il faut travailler : il faut songèr seulement à l’ôter des mains où il est si mal placé, et l’associer au ressort moral de la politique en le mettant dans les mains de l'administrateur unique des intérêts
donné la communion d’idées qui existait éntre Jeanbon.et Rabaut Saint-Etienne sur la plupart des questions intéressant le calvinisme, étant donné aussi l’évolution du protestantisme d'alors vers le déisme et l’action morale, que Jeanbon avait la même pensée que AU ‘Etienne bien avant de l’avouer à Baudot !.
De qui Jeanbon tenait-il ces idées? D’après lui, trois grands homes avaient puissamment coopéré à éclairer le genre humain sur ses droits », et méritaient « la reconnaissance de tous les vrais amis de la liberté » : Jean-Jacques Rousseau, Voltaire ét Mirabeau ?; il lisait aussi, nous le savons, les écrits des philosophes durant son séjour à Castres et nous avons indiqué leur influence probable sur sa conception des rapports des Eglises el de l'Etat, il connaissait les polémistes protestants du xvru° siècle, et vraisemblablement Jurieu dont nous avons signalé une réédition à l'approche des États généraux, il a affirmé, plus tard il est vrai, en 1795, son admiration pour le Télémaque de Fénelon 8, Comment préciser sur lui l’influence de Voltaire, dont l’œuvre est surtout de destruction et de négation? Mirabeau est moins un théoricien qu'un homme d'Etat, et c’est son action sur la Révolution dont probablement Jeanbon a voulu parler. On voit beaucoup mieux ce que Saint-André emprunte à Rousseau : non seulement il s’en est inspiré, mais des citations même de Rousseau se retrouvent dans le sérmon de 1789, dans celuide 1791, dans un écrit de circonstance de 1792 *. On se rappelle d’ailleurs que ses coreligionnaires partagaient ses préférences, et entre les protestants et Rousseau il y avait des affinités profondes,
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sociaux ». Pour y arriver, Räbaut propose la pratique par l’État de l’action morale. D'autre part, « diminuez insensiblement les processions, les confréries, et toutes les cérémonies des places et des rues... Abolissez les Annates, restreignez les assemblées du clergé, faites les présider par un homme du Roi. Le temps viendra, après avoir subordonné le clergé au gouvernement, de rendre la Religion civile, de la faire concourir avec les lois, et de joindre ces deux ressorts dans la même main. La puissance civile sera pour lors dans son plus grand état de force » (ibid. pp. 231-240). Voy. Rabaut, 21 décembre 1792, à la Convention sur l'éducation nationale, au ch. 1v.
1. Nous allons voir à Montauban Jeanhon marcher d'accord avec le clergé assermenté, Or, la doctrine de l'Eglise assermentée, sa situation vis-à-vis de. l'Etat la rapprochaient beaucoup de la religion rêvée par Baudot et Saint-Etienne, et du calvinisme d'alors : discours de Treilhard du 30 mai 1790 à la Constituante « vos décrets, loin de porter atteinte à la religion, la ramènent à sa pureté première, vous serez alors des chrétiens de l'Evangile comme les premiers apôtres » (Moniteur, t.IV, p. 500); Aug. Comte voit avec raison dans la Constitution civile « une sorte d’équivalent national du protestantisme anglican » (Cours de philosophie positive, t. VI, p. 296. Paris, 1869, 6 vol. in-8).
LA Il le dit le 19 novembre 1791 (Reg. C, du club). Cf. Hugues, t. IF, p. 677.
3. Moniteur, t. XXIV, p. 287, séance du 3 floréal an IIL. Fonfrède Robert, dans un sermon d'octobre 1789, (voy. p. 63 note 5), admire Fénelon. Le Télémaque est de nouvean à la mode. Voy. Les adieux du duc de Bourgogne et de l’abbé de Fénelon son précepteur, ou dialogues sur les différentes sortes de gouvernement, Stockholm et Paris, 1788, in-8. Le 16 octobre 1790, la Constituante décrète l’affectation d’une somme de 20,000 livres à l'impression des œuvres de Fénelon.
4. Observations sur un Mémoire de la ville de Cahors, il est utile, y dit Jeanhon, de former l’esprit des enfants à l’idée du beau par les spectacles de la nature, or le pays de Montauban est « celui que Jean-Jacques eût choisi pour y placer son Emile D
Méeré-ni., Ko .
l’auteur de l’Émile était Genevois, primitivement protestant, il. avait
toutes les rancunes, la fierté ombrageuse, la sensibilité comprimée de la bourgeoisie protestante, l'horreur des préjugés et de l’oppression, le calvinisme réduit à une vague religion morale ne différait guère : de la confession d’un Vicaire Savoyard, et les réformés, qui ne pouvaient admirer Voltaire sans regretter ses attaques contre le christianisme, n’avaient pas les mêmes raisons de se dérober au charme de Rousseau. Jeanbon prend à Rousseau sa théorie du Contrat Social, son affirmation de la liberté et de l'égalité naturelles de l’homme ss peut-être son mépris de la fortune ?. Sa croyance à la bonté primitive de l'humanité #, sa doctrine de lomnis potence de l'Etat ‘ et de la soumission des mañdataires à leurs électeurs *, sa théorie du sacrifice de tous au salut public 6 et du droit à l'insurrection contre le tyran 7, l'importance qu’il attache à la moralité comme fondement de la liberté et à l'éducation comme fondement
-de la moralité , sa conception même de l’éducation, sa haine contre
la religion catholique * et son apologie d’une religion morale faite par et pour l'Etat et exclusive du catholicisme ‘ nous paraissent bien
1. Cf. sur le droit naturel de l’homme à la liberté, Contrat Social, livre I, ch. 11, I, 1V (t. 1, pp. 640 sqq. de l'édition des Œuvres complètes, 1852, 4 vol. gr. in-8) et Emile, livre V, « la liberté n’est dans aucune forme de gouvernement, elle est dans le cœur : de l’homme libre » (p. 717, t. II, ibid.). Sur l'égalité naturelle, voy. Contrat Social, livre 1, Ch. 1 à vin (t. I, pp. 638 sqq., ibid.); Discours sur l’origine de l'inégalité parmi les hommes (t. I, pp. 535 sqq., ibid.).
2. Voy. la peinture des maux produits par les riches : Discours sur l’origine de
l'inégalité (p. 557, t. I, ibid.), et sur l'impunité acquise aux riches et leur insolence,
De l'Economie politique (t. I, p. 601, ibid.).
3. Discours sur l’origine de l'inégalité et sa préface; Discours sur cette question : le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer les mœurs ? (p. 464 sqq, t. L, ibid.).
4, Contrat Social, livre IL, ch. 1v, « des bornes du pouvoir souverain » (pp. 650-652, t. I, ibid) etlivre IV, ch. vu, « de la religion civile » (t. I, pp. 694 sqq., ibid.).
5: Contrat Social, livre IL, ch. xv : « les députés du peuple ne sont ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires, ils ne peuvent rien conclure définitivement. »
6. Contrat Social, livre I, ch. vu et 1x; livre IE, ch. 1 àv (t. [, pp. 645-652 de l’édition de 1852). Noter que Rousseau a dit aussi « le salut public n’est rien si tous les partieuliers ne sont en sûreté » (Réfutation du livre « de l'Esprit », p. 290, t. IE, ibid.), maxime dont Jeanbon ne tiendra pas assez compte.
7. Discours sur l’origine de l'inégalité (t. 1, pp. 565-566, ibid.). ;
8. Du Contrat Social, livre II, ch. 1v : de la démocratie (t. 1, p. 666) et livre IV, ch. vu : de la religion civile. Emile, passim. Discours sur celle question : le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer les mœurs?
9. Voy. notamment dans Émile : la Profession de Foi du Vicaire Savoyard (t. LI, pp. 566-602, ibid.), Lettre à l’archevéque de Paris Christophe de Beaumont (t. 11,
pp. 778-781 surtout). 14
10. Il appartient « en chaque pays au seul souverain de fixer et le culte et le dogme » (Confessions, Ile partie, livre VIII, p. 204, t. I, ibid.). Rousseau recommande l’établissement par le souverain d’une religion civile ayant pour dogmes essentiels, ; croyance à l'existence de Dieu et à la vie future, bonheur des justes, châtiment des méchants, vénération du Contrat Social (Contrat Social, livre IV, ch. vin : de la religion civile); quiconque n’acceptera pas ces dogmes sera banni, quiconque nê Sy: cé I0rmers pas sera mis à mort comme ayant fait acte de mauvais citoyen.
des emprunts aux dogmes de Jean J abqües, Mais Montesquieu n’estil pour rien dans l admiration de notre héros à l'égard des vertus de Rome et de la Grèce? ne propose-t-il pas comme modèle la cité antique où tout est soumis à l'Etat, où l'intérêt public est la règle suprême 19 Jeanbon s’appuiera lui-même de l’autorité de Montesquieu pour dire au début de la Convention que « la vertu est l’essence » du gouvernement républicain ?. Dans Jurieu, bien antérieur à Rousseau, on lit qu’il y a entente préalable entre le gouvernement. et les sujets *, que ceux-ci ne lui doivent obéissance qu'autant qu’il respecte les termes de l'entente ‘, et que dans le cas contraire l’insurrection est un droit... ÿ. En somme, il serait téméraire d’attribuer à tel écrivain plutôt qu’à tel autre les idées PORPANE de Jeanbon Saint- André.
Lui viennent-elles d’ailleurs d’un écrivain? au chapitre précée dent Jeanbon apparaissait comme un homme d’action dont les théories mêmes n'étaient que l'interprétation de l’expérience; dans celles qu’il expose maintenant, il faudrait peut-être voir aussi des conclusions et non des prémisses. Pasteur d’une religion morale, Jeanbon devait être préoccupé de l'éducation; ministre d’une Eglise où les fonctions administratives étaient toutes données à l'élection, il aura pensé naturellement à l’élection comme mode de délégation des pouvoirs de la nation; prêtre d’une religion voisine du christia- -nisme primitif et lecteur de la Bible, il a entendu les malédictions des Pères de l'Eglise et des prophètes contre le mauvais riche f; avec les habitudes d’esprit d’un homme de l’ancien régime, il acceptait le droit de l'Etat à tout régir, en particulier à régir les cultes, à supprimer ou développer les différentes confessions suivant son intérêt; et l’omnipotence qu'il reconnaissait au Roi avant 1789 il l'aura
1. « Il y a des cas où il faut mettre pour un moment un voile sur la liberté » (Montesquieu, Esprit des Lois, livre XII, ch. xix, p. 289 de l’édition Didot. Paris, 1838, 1 vol. gr. in-8) et cf. la tendance de Jeanbon à établir une dictature sous la Terreur.
8. « Opinion sur le projet d’une garde militaire pour faire le service auprès de la Convention Nationale », discours de Jeanbon aux Jacobins le 12 octobre 1792 (Bibl. Nat., Lh#0, n° 716), cf. Esprit des Lois, livre IL, ch. ur, p. 190 de l'édition Didot. Le 10 septembre 1792 une adresse de l’assemblée électorale du Lot que nous retrouverons, rédigée par lui, porte que « quand on sacrifie une partie de sa propriété à l'Etat, c’est un sacrifice qu’on fait à soi-même », cf. Montesquieu « les revenus de l'Etat sont une portion que chaque citoyen donne de son bien pour avoir la sûreté de l’autre » (Esprit des Lois, livre XII, ch. 1, p. 293 de l'édition Didot).
3. Jurieu, Lettres pastorales adressées aux fidèles de France qui gémissent sous la captivité de Babylone, (Rotterdam, 1689, Ille année 1 vol. in-8', lettre XVIII, pp. 418-419.
4. Ibid., lettre IX, p. 198. Rappelons que Jeanbon exalte les maitres de l'Académie protestante de Montauban, et « Bayle le fléau de tous les préjugés ».
5. N’a-t-il pas lu aussi les théoriciens du despotisme éclairé et accepté. avec eux la ee de toute puissance à l’État dans l'intérêt de tous ?
6. Lichtenberger, op. cit. note, lui aussi, « la persistance consciente .ou non de l'esprit chrétien, le souvenir des prernières communautés... des violentes maximes des pères contre la propriété particulière... des droits que l’évangile accorde aux pauvres sur les biens des riches » (pp. 348-355). Voy. du même les pages sur le « Socialisme chrétien » (ibid).
reconnue sous l'actioh des événements au peuple et à ses députés ‘; Lee enfin le 10 mai aura suffi à lui inspirer l'horreur du catholicisme romain et la haine des privilèges de la naissance et de la fortune. Ce que nous attribuons à des lectures serait plutôt le résultat de l’éducation, l’effet des circonstances, et le plus sage est d'admettre, qu’en l'absence de témoignage décisif de Jeanbon Saint-André, nous ne saurions établir avec certitude la filiation de ses idées.
Mais, et c’est là une observation de première importance, on peut ramener toutes les idées de Jeanbon à deux tendances contraires : la tendance à favoriser le développement de l'individu par l’établissement de la liberté et de l'égalité, par l'éducation de la personne morale ; la tendance à affermir l'autorité de l’État et à accroître le plus possible l’action du gouvernement. Comme ses coreligionnaires Jeanbon est individualiste de principes, comme tous les hommes de l’ancien régime il est étatiste de principes et de procédés. Suivant les circonstances nous verrons prédominer en lui l’une ou l’autre de ces deux tendances contradictoires, et en général il travaillera à assurer par le despotisme de l’État le développement des individus.
Or, ces tendances sont celles du club de Montauban, nous avons noté, chez les amis de la Constitution de cette ville, à la fois le fanatisme révolutionnaire et l'esprit de gouvernement : le club est comme Jeanbon plein de haine pour le catholicisme romain et de ferveur pour la liberté, et il se. passionnera peu à peu pour l’égalité et la souveraineté du peuple; d’autre part, il est très attaché au maintien de l’ordre, et désireux de fortifier son autorité sur la population montalbanaise. Ce sont là des conditions très favorables à l'établissement de l’ascendant de Jeanbon sur le club. Il faut y ajouter tout ce que les chapitres précédents nous ont appris des dons naturels et du caractère de notre pasteur. Physiquement, la taille courte et ramassée ?, il n’en imposait pas, mais ces idées que nous venons de résumer, il les exprimait mieux que personne ; sa parole abondante, facile *, relevée par intervalles de véritables cris d’éloquence ‘, savait également exposer avec clarté
1. Cf. Treilhard à l’Ass. Nat. le 30 mai 1790 : « un État peut admettre ou ne pas admettre une religion » (Moniteur, t. IV, p. 499), et la Constitution civile du clergé, inspirée de cet état d'esprit.
2. Bœckenheimer, Hist. de la ville de Mayence en 1813 et 1814 (en allemand), 3e édit. Mayence, 1886, 1 vol. in-12, p. 101.
SC Éloquence douce, persuasive, mêlée de traits saillants, et semblable à un fleuve qui ne sort quelquefois de son lit qué pour y rentrer bientôt » (Oraison funèbre). « Tu sais comme il est fleuri et comme il dit tout ce qu’il veut dire » (Bosquet à son frère à propos de Jeanbon, collect. Galabert). Voy. aussi Nicolas, op. cit., p. 17.
4, Voy. ch. n sur le sermon de 1776. Dans celui du 26 juillet 1789 il y a encore de beaux accents : ces paroles sur le Roi « un cri général s'était élevé, il se faisait entendre à toutes les oreilles, il retentissait au fond de tous les cœurs, nos maux ne sont pas son ouvrage », mais lorsqu’enfin nous avons vu la paix renaître, et avec, la douce confiance, toutes les bouches se sont ouvertes, toutes les âmes se sont épanouies, on a dit : « voilà notre Roi, voilà son cœur ». Voy. aussi la belle péroraison de son discours à l’Assemblée électorale du Lot en septembre 1792,
des questions d’affaires !, caractériser avec netteté une situation
obscure ?, ou dans des tirades drapées à la romaine, par des invocations à Codrus * et aux Vestales, flatter les goûts de ses auditeurs; même ses allures sacerdotales, ses phrases de sermonnaire qui parfois rappelaient dans l’orateur le ministre protestant ‘, n'avaient rien qui pût déplaire à une assistance entrant au club au sortir du prêche. Riche au besoin d'arguments captieux *, avec la connaissance qu’il avait acquise des hommes il avait l’art de parler à chacun le langage qui lui convenait, d'encourager les timides, d'éviter les personnalités ‘ bien que la raillerie sanglante ne lui manquât pas à l’occasion ?, il flattait s’il le fallait la coquetterie des femmes, et sa conversation achevait de charmer ceux que ses discours avaient ébranlés *. Capable de lutter contre les idées fausses de ses amis ?, il avait le culte des grands principes et des grandes idées, juste assez pour communiquer à tous le fanatisme qu’elles lui inspiraient à lui-même, pas au point de s’entêter devant « la néces-. sité souvent insurmontable de les faire plier aux circonstances {’ » Volontaire et absolu dans ses jugements, il devait se faire des ennemis, mais par contre grouper autour de lui tous ceux qui subissent l'empire des âmes fortes. Entier et souple, dominateur et séduisant, il avait le caractère et la tournure d’esprit à la fois d’un chef de parti et d’un
1. Sa correspondance d’avril 1792 à fin juin, de Paris avec la municipalité de Montauban, toute sur des questions d’affaires, est remarquable de sens pratique et de lucidité (Arch. commun, AA, 5); il n’aime pas la déclamation quand il s’agit de renseigner et instruire le public, voy. Aulard, La Société des Jacobins, Paris, 1892, in-8, t. III, p. 610.
2. Voy. son opinion sur la situation politique aux Jacobins le 17 juin 1792, même chapitre.