DANS LES DÉPARTEMENTS DU CENTRE & DE L'OUEST
L. Philippeaux en mission. — II. Lutte contre le fédéralisme. — III. Le recrutement des volontaires pour la Vendée. — IV. Philippeaux sur le théâtre de la guerre. Premières critiques. — V. Philippeaux à Angers et aux Ponts-de-Gé. — VI. Vues de Philippeaux sur l’armée de Mayence. — VII. Le conseil de guerre du 2 septembre. — VIT. Les opérations de septembre et les critiques de Philippeaux. — IX. Critique des opinions de Philippeaux.
Philippeaux fut envoyé trois fois en mission. Le 8 mars 1793, avec Châteauneuf-Randon, il visita la section des Lombards, comme commissaire de la Convention (1).
(1) Des commissaires furent envoyés à cette date dans les quarantehuit sections de Paris ; on sait que c'est à la suite de cette mission que fut établi le Tribunal révolutionnaire, demandé par les sections du Louvre et de l'Observatoire. Un certain nombre de commissaires
Au commencement du mois d'avril, il semble avoir été en mission dans le département de Seine-et-Marne. C’est du moins ce qui résulte d’une phrase de son discours sur les subsistances, qu'il prononça le 28 avril : « Lors du séjour que je fis, il y a trois semaines (1), dans le département de Seine-et-Marne, comme commissaire national, j'appris que des négociateurs inconnus se rendaient en foule chez les. fermiers pour accaparer toutes les subsistances (2). » Nous n'avons, sur cette mission, pas d'autre renseignement que ce qu'il nous dit lui-même : il s’y rendit compte des manœuvyres par lesquelles les munitionnaires de l’armée et les émissaires de l'étranger amenaient des hausses factices sur le prix des denrées.
Enfin, le 24 juin, la Convention l’envoya dans les départements du Centre et de l'Ouest. Cette mission, qui dura jusqu'au 13 octobre, est de beaucoup la plus importante, et par son objet, et par l’influence qu’elle devait avoir sur la destinée de Philippeaux. C’est elle qui va nous occuper.
L'insurrection vendéenne faisait des progrès alarmants. Nantes était menacé (3) et réclamait des secours. Une députation envoyée dans ce but par cette ville vint lire à la Convention, le22 juin, une adresse pressante des Nantais (4).
firent un rapport succinct ; les autres, dont était Philippeaux, pour ménager le temps de l'Assemblée, se bornèrent à déclarer qu'ils ne pourraient que lui rendre le même compte que leurs collègues de l'esprit républicain des sections qu'ils avaient parcourues. (Recueil des actes du Comité de salut publie, t. IL, pp. 285-287.)
(1) Gela nous fait remonter au 7 avril environ. Le 10, il était à la Convention. (Moniteur, t. XVI, p. 99%)
(2) Moniteur, t XVI, p. 268, col. 1.
(3) Dès le 16 avril, Le Febvre fait à la Convention le tableau des dangers qui menacent Nantes. (Moniteur, t. XVI, p. 172.) Le 11 juin, Gollot d'Herbois annonce la prise de Saumur par les rebelles (p. 620). Nantes voit ses communications coupées, sauf du côté de Rennes
.(&) Zbid., .p. 715. Voir dans Chassin, La Vendée patriote, t. II, p. 203, l'arrêté du Comité central de Nantes, du 16 juin 1793, envoyant quatre délégués à la Convention pour demander des secours,
Cette adresse fat renvoyée au Comité de salut publie, qui, dans sa séance du 23 juin au matin, décida l'envoi de quatre membres de la Convention, Méaulle, Fouché, Philippeaux et Esnüe de la Vallée, dans les départements du Centre et de l'Ouest « pour y inviter et requérir les citoyens à prendre les armes contre les rebelles de la Vendée et pour se rendre au lieu de rassemblement qu’ils indiqueront ». Ces députés étaient investis de tous les pouvoirs donnés aux représentants du peuple envoyés près des armées ; ils devaient « se concerter avec leurs collègues près l’armée de la Vendée et les généraux pour protéger la défense de la ville de Nantes et seconder le civisme des habitants par des secours efficaces et des dispositions propres à prévenir et à détruire les efforts des révoltés (1) ».
Le lendemain, la Convention vota ce projet de décret (2). Les quatre commissaires se partagèrent le terrain de leur action et se firent accompagner chacun par un des délégués de Nantes. Philippeaux partit immédiatement avec le citoyen Chaux comme collaborateur (3).
« Le Sénat dispose de moi pour une mission importante, écrivait-il en partant... Dans toute autre circonstance, je quitterais à regret mon poste au Sénat et le plan de législation civile auquel je travaille ; mais le danger de la patrie ne me permet pas d'écouter aucune autre considération. Puissent les événements répondre à la pureté de mes vœux et de mes efforts! Si je péris dans cette entreprise glorieuse, il me sera doux d’avoir fait ce sacrifice au salut de mon pays (4). »
Cette mission (5), dont le but principal était de lever
(1) Recueil des actes du Comité de salut public, t. V. p. 57-58.
(2) Procès-verbal, XIV, p. 224. — Rec. des act. du Com. de sal, pub.,t, V, p. 70.
(3) Compte rendu de Philippeaux à la Convention, 1" partie, p. 2,
(4) Défenseur, 2° année, n° 26, 29 juin an 2, p. 423.
(5) Sur cette mission, nous avons, comme documents émanés de
des renforts et de chercher les moyens de terminer au plus vite la guerre de Vendée, eut aussi, pour Philippeaux, un but politique (1). Dans les divers départements qu’il parcourut, il fit une propagande active pour la Constitution et latta, chaque fois qu'il en eut l’occasion, — particulièrement à Nantes — contre l'esprit fédéraliste. Nous allons étudier successivement ces deux objets de sa mission.
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Nous avons vu les étapes successives par lesquelles les idées politiques de Philippeaux avaient passé, depuis son arrivée à la Convention. Les journées du 31 mai et du 2 juin le conquirent définitivement à la Montagne. C’est désormais un « vigoureux montagnard », qui a pour le fédéralisme une horreur profonde et qui profite de sa mission pour le combattre de toutes ses forces dans les départements où l'esprit public a été travaillé par les Girondins ou leurs partisans.
Philippeaux: sa correspondance avec le Comité de salut public, qui se trouve, soit aux Archives nationales, soit à celles du Ministère de la guerre, cartons de l'armée des côtes de la Rochelle, de l’armée des côtes de Brest, et de l’armée de l'Ouest ; toutes ces pièces sont indiquées, analysées, et Ja plupart reproduites dans le Recueil des actes du Comité de salut public, tomes V, VI et VII; — et le Compte rendu en quatre parties que Philippeaux publia (Voir la Bibliographie) et qui parut dans le Défenseur, n° 30 (27 juillet) à 45 (9 novembre).
() Dans son rapport du 22 août au Comité de salut publie, il dit qu'à sa mission principale, qui était de lever des bataillons auxiliaires contre les Vendéens, de soustraire à leurs efforts la ville de
À Chartres, le 29 juin (1), il prononce devant les trois corps administratifs un discours contre « les intrigants qui ont creusé l’abîme jusqu’au 31 mai »; discours vivement applaudi, nous dit-il, quoiqu'on soit dans la patrie des Brissot, des Petion, des Lesage (2). Au Mans, il trouve la situation extrêmement tendue. Il régnait entre les corps administratifs et la Société populaire le même esprit de défiance et de division qu'entre le côté droit et le côté gauche de la Convention. La Société populaire accusait les administrateurs du département d'entretenir une correspondance active avec les conjurés de l’Orne, du Calvados, de la Côte-d'Or, de la Gironde et des Bouches-du-Rhône (3). L'administration du département avait convoqué des députations de tous les districts et des Sociétés populaires « pour délibérer sur la situation politique du gouvernement ». « Le système odieux du fédéralisme, écrit Philippeaux, s’y développait avec une activité funeste, et peutêtre, deux jours plus tard, le département eût été dans l’abîme, malgré les efforts généreux de la Société populaire. Déjà son président et plusieurs de ses membres étaient proscrits, comme anarchistes et comme brigands.
Nantes, et d'employer tous les moyens propres à finir la guerre, il joignit celle d'éclairer le peuple sur le caractère de la révolution du 2 juin et sur l’insigne perfidie des apôtres du fédéralisme.
(1) Voici quel fut l'itinéraire de Philippeaux : 26-27 juin, Versailles ; 28 et 29, Chartres; 30, Nogent-le-Rotrou; 1 et 2 juillet, Le Mans; 3, Tours; 4, Poitiers, puis Niort; 9, Angoulême ; du 10 au 12, Limoges ; 13 et 14, Châteauroux; du 15 au 25, Tours: il voyage le 26, arrive le 27 à Angers; le 28 a lieu la reprise des Ponts-de-Cé; il passe par Ancenis le 31 et, du 1° au 16 août, il séjourne à Nantes, Le 17, il est à Saumur, le 18, à Tours; il arrive le 21 à Paris où il reste jusqu'au 24; le 26 il passe par le Mans, le 27 il est à Tours, et à Saumur du 31 août au 4 septembre. Il accompagne alors l'armée de Mayence à Nantes, où il reste jusqu’à la fin de sa mission.
(2) Compte rendu de Philippeaux à la Convention, °° partie, p. 5.
(3) Rapport fait à la Société républicaine du Mans dans sa séance du 1° ventôse, l'an sécond de la République une et indivisible, par Marat-Cincinnatus Jourdain. Le Mans, Monnoyer, an II, 34 pp. in-&.
Déjà des proclamations scandaleuses et perfides étaient placardées; déjà on travaillait à organiser un tribunal de proscription comme à Marseille (1). » Dans une longue séance, Philippeaux admonesta les corps administratifs, qui se défendirent du reste de toute tendance fédéraliste (2); puis il tenta et obtint la réconciliation avec la Société populaire, et il déposa solennellement l'acte constitutif, « palladium sacré autour duquel tous les partis doivent confondre leurs affections et leurs vœux ». Il prononça, devant l’arbre de la Liberté, le serment à la Constitution, que répétèrent vingt mille voix. On jura « l'unité, l'indivisibilité de la République, anathème aux fédéralistes et aux tyrans de toute espèce, respect à la Convention nationale, union, fraternité, harmonie de vœux et d'efforts contre l’ennemi commun (3) ».
À Limoges et à Châteauroux, « la Gironde avait fait mouvoir tous ses ressorts ». Aussi Philippeaux y travailletil à « démasquer la faction scélérate qui voudrait fédéraliser la France pour anéantir la République ». Il y prononce des « discours montagnards » qui « fixent l'opinion sur les grands événements des 31 mai et 2 juin (4) ». A Limoges, le bruit ayant couru que dix mille Girondins
(1) Lettre de Philippeaux au Comité de salut public, 4 juillet. (Arch. nat, C 260, Recueil des act. du Com. de sal. pub., t. V, p.472)
(2) Archives de la Sarthe, L 30. (Inventaire sommaire, p. 15.)
(3) Compte rendu à la Convention, 1" partie, pp. 6-10. — Lettre du # juillet au Comité de salut public, Recueil des act. du Com. de sal. pub., t: V, pp. 171-174, — « La plus grande scène fut au Mans, écrit Michelet. Rien ne pouvait s’y faire qu'on n’eût réuni les partis, La ténacité obstinée de cette forte race de la Sarthe rendait l’obstacle insurmontable. Philippeaux disputa quarante heures et enfin l'emporta. Le second jour de dispute, à minuit, Girondins, Montagnards, tous cédèrent, s'embrassèrent. Cela se passait sur la place, devant vingt mille hommes qui fondaient en larmes. » (Hist. de la Révolution, liv. XII, ch. 11.)
(4) Lettre au Comité de salut public, Tours, 17 juillet. (Arch. nat, C 260. Recueil des act. du Com. de sal. pub., t. V, p. 282.)
allaient passer en armes par cette ville, marchant contre Paris, il en prend sujet pour parler contre « la faction odieuse qui eût englouti la République dans l’abîme, sans l'explosion salutaire du 31 mai (1) ». Il y fait accepter la Constitution, le 14 juillet, aux cris de : « Vivent les incorruptibles Montagnards,sauveurs de la patrie! (2) » Il laisse Limoges dans de telles dispositions que, « si Vergniaud ou Gorsas, originaires de cette ville, eussent osé s’y présenter, l’indignation générale en eût fait justice (3) ».
À Châteauroux, où l'esprit public est excellent chez les sans-culottes, fort douteux chez la plupart des administrateurs, il établit « un comité vigoureux de salut public » qui écrasera les conspirateurs dès qu’ils oseront lever la tête (4).
Partout où il passe, à Nogent-le-Rotrou (5), à Angoulême (6), à Angers (7), il fait la même propagande pour la Constitution, les mêmes éloges de la Montagne.
- Mais c’est surtout à Nantes qu'il eut occasion de combattre le fédéralisme.
Le 5 juillet, les corps administratifs de la Loire-Inférieure et de Nantes, avec le concours du maire de la ville, Baco, et du général Beysser, décidaient de prendre « tou-
(1) Compte rendu, 2° partie, p. 17.
(2) Lettre du 17 juillet au Comité de salut public.
(3) Compte rendu, 2° partie, p. 16-17. Cf. lettre de Limoges, 11 juillet, au Comité de salut public. (Ministère de la guerre, armée des côtes de la Rochelle; Rec. des act. du Com. de sal. pub., t. V, p. 237): « Le royaume de (Gensonné tombe en poussière comme celui de Buzot. > — Lettre du 17: « A Limoges, patrie de Vergniaud et de Gorsas, on n'éprouve plus qu'un sentiment d'horreur pour les fédéralistes. »
(4) Compte rendu, 2° partie, p. 18.
(5) Ibid., 1r° partie, p. 6.
(6) Zbid., 2° partie, p. 15.
(7) À Angers, il distribue trois mille exemplaires de la Constitution au peuple « qui les reçoit avec transport », et autorise le Comité de surveillance et révolutionnaire de cette ville à en faire imprimer dix mille nouveaux exemplaires. (Arch. nat., AF11 119, doss. 899.)
tes les mesures nécessaires pour s'opposer à l'entrée de tout commissaire envoyé de la Convention et à l’établissement d'aucune commission centrale (des représentants en mission) à Nantes et dans le département de la Loire- Inférieure ». Le procès-verbal de la séance où cette décision fut prise fut affiché sur tous les murs (1), ainsi qu'un « placard incendiaire du sire Barbaroux (2) » et un autre de Baco, invitant les Nantais à n’accepter la Constitution que provisoirement et sauf révision (3). Enfin, le Département envoyait des ambassadeurs aux conjurés du Calvados pour organiser de concert la guerre civile (4). Philippeaux était à Tours avec ses collègues quand ils apprirent cette « révolte criminelle ». Le zèle avec lequel il venait de lutter contre le fédéralisme dans les départements qu'il avait parcourus le désigna à Méaulle et Esnüe de la Vallée pour aller lui porter les mêmes coups à Nantes (5). Il fit dans cette ville un premier séjour, du 1° au 16 août, durant lequel il combattit activement toute
(1) «Toutes ces commissions, centrales ou autres, disait le procèsverbal, n’ont aucune espèce d’ulilité ; elles nuisent plutôt à la chose publique par une confusion de tous les pouvoirs. C'est une monstruosité dans tout gouvernement bien ordonné, qu'un homme ou quelques hommes exercent à la fois et souverainement les fonctions attachées aux pouvoirs civils, administratifs ou militaires. Tout démontre le danger de pareilles mesures, indépendamment des grands principes de la souveraineté nationale qu'elles blessent en déplaçant des mandataires qui ont été envoyés pour faire des lois et non pour les exécuter; pour Préparer une constitution et ordonner tous les pouvoirs publics, et non pour les confondre et les exécuter euxmêmes ; pour exprimer la volonté du peuple sur la guerre et la paix, et non pour commander et diriger les armées ; pour protéger et soutenir les pouvoirs intermédiaires que le peuple délègue, et non pour les envahir et les anéantir… »(Duchâtellier, Histoire de la Révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne, t. V, pp. 293- 295, pièces justificatives, n° 37.)
(2) Post-scriptum de la lettre du 17 juillet au Comité de salut public.
(3) Compte rendu, 3° partie, p. 2.
(4) Zbid., p. 18.
(5) Réponse à tous les défenseurs, etc., p. 30,
tentative de résistance contre l'autorité de la Convention. Dans une séancé des trois corps administratifs, il exalta les vues bienfaisantes de cette assemblée, sa sollicitude active et paternelle en faveur du peuple; il fit ressortir les conséquences hideuses et cruelles pour les Nantais de l’esprit de vertige qui avait failli embraser la France pour satisfaire les indignes passions de quelques intrigants hypocrites (1). Une grande partie de la population restait encore hostile à la Montagne et à Philippeaux qui la représentait. On voulut l’arrêter comme otage, en réponse à l’arrestation de Baco qui s’était présenté à la barre de la Convention (2). Par l'énergie qu’il déploya, par sa contenance ferme et ses mesures vigoureuses, il parvint à triompher des passions et déjoua les plans des factieux (3). « Je mis à nu, écrivait-il plus tard (4), la ligue fédéraliste, j'opposai à ses combinaisons atroces le dévouement généreux de la Montagne au salut du peuple. En portant ainsi la conviction chez les hommes égarés, j’atterrai les intrigants en faisant arrêter tous les gens suspects que la faction avait élargis. C’est ainsi qu'en peu de temps je relevai la cause du peuple dans cette ville aristocratisée et qu'aux cris d’anathème dont elle avait retenti succéda un tribut commun de reconnaissance et de bénédictions pour les sauveurs de la patrie. »
Pendant son second séjour à Nantes, à la fin de sa mission, du 6 septembre au 10 octobre, il agit de concert avec ses collègues Gillet, Ruelle, Méaulle et Turreau (9). Le
(4) Compte rendu, 3° partie, p. 3-4.
12) Ibid., p. 6-7.
(3) Ibid, pp. 4-20.
(4) Réponse à tous les défenseurs, etc., p. 39.
(5) Compte rendu au Comité de salut public, 4° partie, pp. 26-28. — Lettre du 6 octobre au Comité de salut public, Arch. nat, AFn 169 (Rec. des act. du Com. de sal. pub, t. VII, p. 260).— Moniteur du 25 du 4% mois (16 octobre), t. X VIIL, p. 125.
27 septembre, ils arrêtèrent le renouvellement des corps administratifs, où ils ne conservèrent que les patriotes qui s'étaient opposés fermement à toute tentative contre-révolutionnaire. Tous les signataires de l'arrêté du 5 juillet furent destitués et arrêtés, sauf à examiner ensuite les adoucissements sollicités par la justice et la voix commune des patriotes en faveur des victimes innocentes. Les nouveaux corps furent installés le 10 octobre. Le 29 septembre, Philippeaux, Ruelle et Gillet prirent un arrêté (1) substituant à l’ancien Comité de salut publie, qui « inquiétait les patriotes par son modérantisme », un Comité de surveillance « composé de patriotes reconnus », chargés de surveiller tous les gens suspects, de rechercher toutes leurs intrigues, de faire arrêter et incarcérer les conspirateurs, d'interroger tant les nouveaux détenus que les anciens, et de mettre « dans toutes leurs mesures la prudence et la sagesse qu'on doit attendre de véritables patriotes ». Enfin, le 9 octobre, ils firent fermer, à la demande du club sans-culotte de Saint-Vincent, le club rival de la Halle, où le fédéralisme avait été prêché hautement en juillet (2).
Tels furent les efforts de Philippeaux pour arracher les populations de l’Ouest à l'esprit de révolte que leur avaient soufflé les Girondins, pour les ramener au respect de l'unité de la patrie, les faire rentrer sous l'autorité de la Convention et rétablir entre les partis, divisés et hostiles, la paix et la concorde. « Les résultats de sa mission en juin-juillet 93, écrit Michelet, furent vraiment admirables. Les accusations girondines contre la Convention. avaient troublé tous les esprits. La France ne savait plus que croire; une nuit s’était faite dans l'incertitude des opinions. En cet état de doute, tout élan s'était arrêté, toute
(4) Arch. nat., AFn 115, doss. 870.
(2) Compte rendu, 4 partie, p. 27.