‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 66 sur 78 · ACTE DE BAPTÊME D'AUGUSTE PHILIPPEAUX · texte numérisé non relu

ACTE DE BAPTÊME D'AUGUSTE PHILIPPEAUX

Extrait d'un des registres de naissance de la ci-devant paroisse de la Couture du Mans, déposés au greffe du tri- - bunal du district dudit Mans, chef-lieu du département de la Sarthe.

L'an mil sept cent quatre-vingt-sept, le troisième jour de juin, a été baptisé par nous, prêtre vicaire de cette paroisse, soussigné, Auguste-Pierre-Nicolas, né d’hier, du légitime mariage de M° Pierre Philippeaux, avocat en Parlement et au siège présidial du Mans, et de d'* Marguerite-Françoise Carlier de Franqueville, son épouse, ses père et mère, célébré en l’église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, il y a environ trois ans. Le parrain a été Maître Nicolas-Vincent Légier, procureur au Parlement de Paris, représenté par Maître Henri Menuau de Villeneuve, ancien avocat au Parlement, fondé de ses pouvoirs, reçus de Moreau et son confrère Chaudon, notaire de Paris, le vingt-cinq mai dernier, à nous représentés et remis audit Menuau de Villeneuve; la marraine a été d'* Adélaïde-Sophie Lesné, épouse dudit M° Menuau; . présents, ledit père et M° René-Joseph-Mathurin Le Balleur de Lisle, bâtonnier de l’ordre des avocats au Présidial du Mans, et dame Marie-Anne Jousset, son épouse, et ont signé avec nous. Signé : À. $. Lesné-Villeneuve, Menuau de Villeneuve, M. Jousset, Le Balleur, Philippeaux et Salmon, p"° vie.

Pour extrait conforme au registre, délivré par moi, gref fier dudit tribunal soussigné, au Mans, le six fructidor 3° année républicaine.

BRouARD.

(Arch. nat., Fta570,

Arch. de la Sarthe, Registres des paroisses du Mans; la Couture, t. IV, p. 345, n° 58.716.)

EXTRAITS DU PROCÈS-VERBAL DE L'ASSEMBLÉE ÉLECTORALE DE LA SARTHE À DE SEPTEMBRE 1702 RELATIFS A PHILIPPEAUX

[Le 5 septembre, Philippeaux, élu le matin, prononce dans la séance de l'après-midi un discours de remerciements. M. Beaufils, électeur du district de la Ferté-Bernard, lui répond.]

L'Assemblée a beaucoup applaudi et a demandé l’insertion au procès-verbal du discours de M. le Président et de la réponse de M. Beaufils.

M.le Président a prié l’Assemblée qu’un discours rédigé à la hâte et en désordre pendant la lecture du procès-verbal ne fût pas inséré; l’Assemblée a insisté pour l'insertion du discours tel qu'il est.

Discours pe M. Le PRÉSIDENT

Messieurs,

L'homme que vous avez honoré de vos suffrages doit vous parler avec franchise et se montrer tel qu'il est. Vous dire que je ne désirais pas la place de député serait une hypocrisie. Messieurs, ma plus forte passion est de terrasser les tyrans, d’abattre l’infâme aristocratie, et c’est au poste de député que je suis à même de satisfaire cette passion civique. Cependant, Messieurs, jamais je n'aurais pu me résoudre à user d'aucun moyen illicite pour obtenir vos suffrages. J’ai pour l'intrigue et les intrigants de toute espèce une horreur invincible, parce que je connais tout le mal qu’ils opèrent contre les vrais intérêts du peuple; je me regarderais comme un être méprisable et indigne de votre confiance si je fusse descendu de la dignité d’un homme libre jusqu’à briguer, même indirectement, auprès

d'un seul électeur. Messieurs, ce caractère vous répond que jamais la séduction et l’appât d’un vil intérêt ne pourront rien sur mon âme. Je vous avoue naïvement que je ne comptais pas réunir la majorité. J’ai soulevé tant de passions contre moi, par la guerre que j'ai livrée à tous les égoïstes, que je suis devenu pour eux, dans les précédentes assemblées, un sujet d'horreur et de proscription. Sans le bon esprit qui règne dans votre assemblée, j'éusse éprouvé la même exclusion. Messieurs, je sens plus que personne les devoirs effrayants que m’impose le dépôt sacré de votre confiance ; il me manque beaucoup de moyens, sans doute, pour les remplir dignement; mais du moins, je puis vous attester qu’il ne me manque rien du côté du patriotisme, du désintéressement et de la bonne volonté. Vous avez confondu l'aristocratie par ma nomination ; vous avez encouragé le civisme et prouvé (1) par. mon exemple que le dévouement à la chose publique ne restera jamais sous le joug de la proscription. Messieurs, il m’arrivera souvent de me tromper parce que je suis homme; mais si on me reproche des erreurs, on ne pourra me reprocher du moins ni bassesse ni trahison; et si vous daignez me continuer votre indulgence, vous reconnaîtrez, j'espère, que si je puis être victime, jamais je ne serai complice des ennemis du peuple dont je défendrai les droits jusqu’au dernier soupir.

Réponse DE M. BEAUFILS

Monsieur,

Le patriotisme dont vous avez donné des preuves depuis la Révolution, et le zèle infatigable avec lequel vous avez défendu les droits du peuple vous ont mérité à juste titre l'estime de vos concitoyens. La patrie est en danger; elle sera sauvée, si les électeurs nomment beaucoup de citoyens qui vous ressemblent.

[Le 7 septembre, Chevalier, cultivateur de la commune de Saint- Aubin, élu le huitième, prononce ces paroles de remerciements :]

Messieurs, je vous remercie de la confiance dont vous m'honorez; je ne fais point de compliments, je vous promets de vous être fidèle jusqu’à la mort.

(1) Il y a dans le manuscrit : éprouvé.

M. le Président a répondu à M. Chevalier en ces termes :

Respectable cultivateur, sous l’ancien régime vous eussiez à peine obtenu un regard dédaigneux des insolents valets du despotisme. Ces temps ont bien changé. Aujourd’hui que la vertu et le mérite personnel ont seuls droit aux honneurs civiques, vos concitoyens vous élèvent au poste le plus éminent et [à] la première dignité de l'État. Les amis de la liberté et de l'égalité [désiraient] (1) qu il y eût au moins un député de chaque département parmi la elasse précieuse des cultivateurs, afin que l’égalité ne fût pas un vain nom. Ce vœu est exaucé pour notre département et la philosophie s’en réjouit avec complaisance. Il peutse faire qu’au sein des travaux rustiques, les moyens d'instruction aient été pour vous rares et difficiles ; mais en récompense, les cultivateurs ont plus d’esprit naturel, de bon sens et de droiture; la candeur et la probité règnent au sein des villages, les mœurs y sont patriarcales et pures, tandis que les lumières du citadin sont presque toujours accompagnées de vices. L'Assemblée électorale a saisi ces grandes vérités avec un discernement qui l’honore. Elle défère à votre patriotisme une couronne civique qu'il est doux et flatteur de mériter. Vous remplissez ses vœux par votre acceptation.

[Le 8 septembre, après l'élection du dixième député, Sieyès.]

M. le Président a donné lecture de la lettre qu'il écrivait à M. Sieyès ; elle a été applaudie par l’Assemblée, qui en a demandé l'insertion au procès-verbal.

Monsieur et très respectable collègue,

L'Assemblée électorale du département de la Sarthe vient de s’immortaliser en vous nommant à la presque unanimité l'un de ses députés à la Convention nationale ; il était digne d’un peuple libre de confier la destinée de la France et de toute l’Europe au célèbre ami de Mirabeau, au bienfaisant auteur de la Déclaration des Droits de l'Homme, Le civisme et la philosophie dont vous avez donné des preuves si éclatantes nous assurent que vous déférerez au vœu d’une patrie qui vous est chère, et qui réclame vos secours. L'Assemblée à

(4) Nous rétablissons ce mot, qui n'est pas dans le manuscrit.

couvert d’applaudissements répétés votre nomination, tous ses membres étaient dans l'enthousiasme, ils se félicitaient d’avoir décerné une si juste couronne à la vertu et au génie. Je vous envoie, Monsieur, par ordre de l’Assemblée, un courrier extraordinaire pour vous transmettre son vœu et rapporter votre acceptation, que nous regardons déjà comme certaine, car la seule idée d’un refus serait aussi injurieuse pour vous que ce refus serait indigne d’un grand homme, dans les circonstances actuelles (1).

P. S. — M. La Beaussonnière, membre de l’Assemblée, s’est offert généreusement à faire le voyage de Paris à ses frais pour vous porter le résultat du corps électoral. Sa proposition, acceptée au bruit des applaudissements, a mérité une mention honorable au procès-verbal.

[Le dimanche 9, entre l'élection du deuxième et du troisième suppléant.]

M. le Président a prévenu l’Assemblée que des dames patriotes demandaient à se présenter à l’Assemblée pour offrir à MM. le président, le secrétaire et les scrutateurs le bonnet de la liberté. Les applaudissements universels ont dispensé M. le Président de consulter l’Assemblée si elle accorderait la permission demandée. L'Assemblée a arrêté que les dames seraient introduites dans la salle à midi, invitées aux honneurs de la séance, conduites au balcon des orgues, et que la séance serait rendue publique à l’arrivée des dames.

[Après l'élection du troisième suppléant.]

On a annoncé les dames patriotes. M. le Président a prié MM. les électeurs qui avaient le bonnet de la liberté d’aller les recevoir et les introduire dans la salle. Ces dames sont entrées au milieu d’un détachement de la garde nationale placé sur deux rangs. Des officiers municipaux en écharpe

(1) Le discours de Philippeaux à Chevalier et sa lettre à Sieyès, moins le post-scriptum, ont été 1eproduits par M. Chardon dans ses Députés de la Sarthe à la Convention.

APPENDICE ol

. les accompagnaient, une musique guerrière les précédait, les grâces et les (mot en blanc) les suivaient. La joie était peinte sur tous les visages et la vive émotion qu'éprouvaient tous les cœurs s’est manifestée par les applaudissements et les cris: « Vive les dames patriotes de Saint-Calais ! »

Les dames se sont placées autour du bureau. Madame Froger a prononcé un discours dont l’Assemblée a demandé l'insertion au procès-verbal.

Discours De MaApame FROGER

Messieurs,

L'amour de la liberté et de l’égalité nous conduit en ce moment au milieu de vous pour vous offrir le symbole de notre heureuse Révolution. Parée de ce signe, la France est invincible. Etonnez l'Univers ; que ces rois orgueilleux apprennent qu'un peuple souverain put tout par lui-même; le titre glorieux de représentant, dont le corps électoral vient de vous honorer, est pour lui et pour nous l'assurance de votre civisme le plus pur. Que chacun de vous sache mourir au poste où ses concitoyens l’ont placé. Oui, législateurs, l'arrêté est prononcé : détruisez le plus cruel des despotes, la patrie est sauvée et nos cœurs sont à vous.

Après ce discours, Madame Froger a posé sur la tête de Monsieur le Président le bonnet de la liberté. MM. le secrétaire, les scrutateurs, Chevalier et Froger-Plisson, députés, ontreçeu la même faveur des autres dames. Le son des instruments et les applaudissements les plus vifs animaïient cette scène si touchante. L'air Ça êra, air si chéri des Français, accompagnait les cris : Vive la liberté! vive l'égalité !

M. le Président à fait la réponse suivante, et l'insertion au procès-verbal en a été demandée :

Respectables et charmantes concitoyennes, les officiers de l’Assemblée ne pouvaient recevoir un don plus agréable que celui dont votre civisme les gratifie en ce moment. Il est bien doux pour des citoyens libres de se voir encouragés et approuvés

dans leurs efforts patriotiques par le sexe aimable et enchanteur qui fait la consolation et les délices de l’espèce humaine.

Si, dans les temps antiques de la féodalité, de preux chevaliers, avec le chiffre et les emblèmes de leurs dames, s’exposaient à toutes les aventures périlleuses pour obtenir d’elles un regard favorable, que ne doivent pas faire des hommes libres lorsque, ayant à faire triompher la plus sublime des causes, ils sont attendus au bout de la carrière par cette intéressante moitié du genre humain, qui opérerait des prodiges si elle connaissait tout le pouvoir de ses charmes. C'e bonnet de la liberté, tissu et offert par la main des grâces, doublera, s’il est possible, l’ardeur civique des têtes que ce signe imposant doit électriser. Citoyennes généreuses, vous qui dans cette ville arborâtes les premières la cocarde tricolore, symbole auguste et sacré de la résurrection française, recevez ici par ma bouche la reconnaissance et la vénération du eorps électoral. Puissent un jour toutes les personnes de votre sexe imiter votre conduite et s’enflammer d’un noble enthousiasme devant l’illustre perspective de procurer à l'Etat des citoyens libres, de pénétrer les jeunes cœurs des vertus généreuses, d’en faire des héros, des Spartiates, des libérateurs de l'espèce humaine trop longtemps avilie. À ce titre, Mesdames, vous mériterez un jour d’être choisies par l’État comme les dispensatrices des couronnes triomphales et des bonnets civiques ; et les mœurs, si corrompues parmi nous, deviendront si pures, si recommandables, que la France servira de modèle et d'exemple à tout l’univers.

Ce discours fini, M. le Président a dit : « Messieurs, paré de la main des grâces, je le dois à l’honneur de vous présider. Au nom de l’Assemblée, je vais donner à ces dames le baiser de fraternité (1). »

M. le commandant de la garde nationale a fait au nom des citoyens-soldats le serment de maintenir la liberté et l'égalité. Il a juré une haine éternelle aux rois et à la royauté; ce serment, que les trahisons atroces du pouvoir exécutif ont provoqué, a été unanimement répété par l’Assemblée pénétrée d’indignation contre les tyrans. |

(1) Mortimer Ternaux a raconté cet épisode dans son Histoire de la Terreur (1. IV, pp. 54-55). Si l'on se reporte à son récit, on verra que, bien qu'il dise avoir copié textuellement le procès-verbal du corps électoral de la Sarthe, il n'en à donné qu'une très courte analyse. Le discours de Philippeaux est résumé en cinq ou six lignes.

M. le Président a fait au nom de l’Assemblée des remerciements à MM. les officiers municipaux pour l'attention qu'ils ont eue de procurer au corps électoral tout ce qui pouvait lui être utile. Il a également remercié la garde nationale de Saint-Calais du zèle avec lequel elle a fait le service militaire, et félicité les citoyens de cette ville sur leur patriotisme.

M. le Président a invité les dames patriotes aux honneurs des séances suivantes ; elles ont été reconduites au milieu des cris : « Vive la Nation, vive les dames patriotes de Saint-Calais ! »

[Séance du 10 septembre.]

Un membre a demandé que l’Assemblée donnât aux députés à la Convention nationale des pouvoirs illimités. Cette motion a été généralement applaudie et l’Assemblée, consultée par M. le Président, donne aux députés du département de la Sarthe à la Convention nationale des pouvoirs illimités.

- Un membre a fait la motion de voter des remerciements à MM. le président, le secrétaire et scrutateurs, pour le zèle avec lequel ils ont rempli leurs fonctions ; applaudi

et adopté.

[Avant la séparation de l’Assemblée, Philippeaux prononce un discours pour clore les opérations.]

Des considérations puissantes ont fait décider par l’Assemblée qu’elle se dissoudrait au moment qu'elle aurait achevé ses élections pour la Convention nationale. Ce moment, Messieurs, est arrivé. Vous avez rempli avec une sollicitude religieuse le vœu de vos commettants. Retournez dans vos foyers avec le sentiment du bien que vous avez fait à la chose publique par la sagesse de vos opérations. Si toutes les assemblées électorales de France ont été dirigées du même esprit,

le danger de la patrie cesse, et elle sera indubitablement sauvée. Vces âmes PAIE et bien intentionnées se sont roidies contre toute espèce de cabale. La conscience de chaque électeur a été un sanctuaire inaccessible à l’ intrigue, et les coalitions illégales, ces pactes frauduleux qui, sous prétexte de faire gagner du temps, ne servent qu'à faire triompher l'égoïsme, ont été proscrites sans miséricorde. Chacun de vous, Messieurs, goûte maintenant l’intime jouissance d’être resté fidèle à son serment. Chacun de vous se dit à lui-même : « Si j'ai sacrifié pour la patrie deux jours de plus, j'ai concouru 7 puissamment à faire triompher cette mère commune et moimême d’un siècle de déchirements et d’horreurs qu’eussent amené la précipitation et un choix défectueux. » De retour dans vos campagnes, dans vos villes, vous lirez sur les visages l'expression flatteuse de la sanction populaire et de l’approbation publique, qui est la plus belle none des élus du peuple. /

Après vous avoir rendu cet hommage dieté par le sentiment et la justice, pourrais-je, Messieurs, descendant jusqu’à moimême, vous exprimer ma reconnaissance des témoignages d’estime dont vous m'avez comblé depuis l’ouverture de cette assemblée. Ce sera pour l’histoire un trait saillant que l’homme proscrit il y a six semaines par tous les satellites d’une cour infernale et qui, sans la fameuse journée du 10 août, serait déjà rayé de la liste des vivants, devienne aujourd’hui le juge de ses persécuteurs et de ses bourreaux. Ces titres, qui pourraient enivrer l’homme présomptueux, n’ont fait que me pénétrer jusqu’au fond de l’âme des obligations redoutables que de tels encouragements prescrivent à l’homme sensible. Dans les fonctions délicates et pénibles de la présidence, j'ai senti plus d’une fois combien j'étais au-dessous (1) d’un poste aussi difficile ; mais, élevé pour ainsi dire au-dessus de moi-même par votre indulgence, j'aurais désiré pouvoir tripler mes moyens pour satisfaire l’Assemblée. Si je fus assez heureux pour remplir ce but, je quitterai cette enceinte avec le sentiment délicieux qu’inspire l’approbation publique, et ce souvenir agréable me soutiendra dans les travaux redoutables auxquels votre confiance m'appelle. Messieurs, l’expérience m'a dit que je vais être exposé à des écueils et à des périls de tous genres. La jalousie, la malveillance exerceront leur tactique insidieuse pour travestir mes actions et m'aliénet vos

(1) 11 y a dans le manuscrit : au-dessus. c est DONS au-dessous qu'il faut lire.

cœurs. Citoyens respectables, daignez me conserver cette affection qui m'est si chère et dont vous m'avez prodigué les plus touchants témoignages. Les fautes sont l'apanage de l’humanité ; lorsqu'il m'arrivera d’en commettre, ne me condamnez pas trop sévèrement, mais reprenez-moi d’un ton fraternel. L'homme investi de votre confiance ne doit jamais oublier qu'il est votre égal, votre mandataire, comptable envers vous des moindres actions de sa carrière politique. Je recevrai donc toujours vos bons avis avec autant de reconnaissance que de respect. Je sens qu'il vaudrait mieux mourir cent fois que de me rendre indigne un seul moment de votre confiance.

(Arch. nat., G 180, pièce 71.)

LETTRE ÉCRITE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC PAR LA FEMME DE PHILIPPEAUX, LE 16 GERMINAL

Citoyens,

J'apprends par la voie du journal que la Convention m'’a renvoyée à votre Comité pour lui faire connaître ce qu’hier je voulais lui dire, forte des vertus et de la probité de mon mari; écoutez, s’il est encore temps, les accents de la vérité : j’aurai aussi le courage de la dire ct je demande de votre équité le moyen de vous la faire connaître en vous indiquant celui qui, par une conduite ténébreuse, a su donner l'apparence du crime à l’être le plus juste et qui n’a jamais connu le crime. Philippeaux a eu le courage de faire connaître les vrais coupables, et la justice a puni leurs forfaits. Eh bien, je demande que la conduite privée et politique de Levasseur soit examinée ici et dans son département où est sa femme, qui ne l’a quitté que pour ne pas être témoin des menées horribles de son mari contre le mien. Ce sont ses propres plaintes que je vous rends, elle les à formées au mois de pluviôse en présence de plusieurs personnes au Mans. C’est le 19, même mois, que Von me“l’écrivit; nous n’y fimes pas attention, mais les circonstances me rendent ce rapprochement frappant. Je demande que le jugement de Philippeaux soit suspendu jusqu’à ce qu'il soit prouvé que Levasseur n’a point intrigué, et par l'examen que je vous prie de faire, vous serez persuadés que Philippeaux n’est point un conspirateur, mais l’homme de bien qui

n’a rien fait que pour le bonheur de ses semblables. Je demande aussi qu’on procède à la levée des scellés apposés sur ses papiers pour que sa correspondance soit connue. Revêtus de la confiance publique, il est digne de vous de faire les plus scrupuleuses recherches pour faire triompher l'innocence : je compte sur cet acte de justice, que la probité de mon mari me donne le droit de vous demander.

- Salut et fraternité, f° Philippeaux.

Le 16 germinal, l’an deuxième de la République.

(Arch. nat., F'47747?, pièce 286.) -

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