‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 67 sur 78 · GARNIER (DE SAINTES) ET L'ACQUITTEMENT DES BAZINISTES · texte numérisé non relu

GARNIER (DE SAINTES) ET L'ACQUITTEMENT DES BAZINISTES

Nous avons vu (page 323) que l’acquittement des Bazinistes causa un très vif mécontentement à Garnier, qui provoqua, le 1° et le 3 messidor, une protestation générale de tous les corps constitués de la ville et du district du Mans et du département de la Sarthe contre Île verdict du Tribunal révolutionnaire, Ce mécontentement se manifesta, dès le 15 floréal, dans trois lettres qu’il écrivit à la Convention, à Billaud-Varenne et au Comité de salut public, et où il se montre violemment irrité de l’acquittement des accusés, qui, dit-il, voulaient la dissolution de la Convention. « Philippeaux, écrit-il dans sa lettre à la Convention (1), était leur point de ralliement; ils étaient en correspondance avec lui ; ils avaient non seulement publié que le mémoire de ce député sur la Vendée (qui n’était dirigé que contre le Comité de salut public, qu'on avait projeté de renverser) contenait des vérités dans tous

(1) Arch. nat., AFu 178, doss. 1460, pièce 38.

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APPENDICE tit

ses points; mais ils étaient encore parvenus à le persuader à un peuple immense qu'ils avaient égaré. »

Pour cette lettre à la Convention, nous renvoyons au tome XIII du Recueil des actes du Comité de salut public, où elle est reproduite ; les deux autres lettres, à Billaud- Varenne et au Comité de salut public, y sont seulement signalées; nous reproduisons ces deux documents, qui sont encore inédits.

Lettre à Billaud- Varenne.

Fresnay, le 15 floréal l'an 2° de la République. Garnier (de Saintes) à son collègue Billaud de Varenne.

L'affaire du Mans, mon cher Billaud, est bien malheureuse pour la chose publique ; d’abord, parce que le délit est constaté par une procédure volumineuse ; parce qu’il tenait à un plan contre-révolutionnaire ; parce qu’il avait pour but la culbute du Comité de salut public, ainsi que Philippeaux se l'était proposé, car son rapport n’a pas eu d'autre objet; parce que la France entière a eu connaissance de ce complot, qui coïncidait avec la conjuration, et parce qu’enfin la faction du Mans était gouvernée par Philippeaux. Cependant ces hommes sont en liberté; la représentation compromise voit ses succès ct ses efforts annulés ; une faction l’emporte et s’en va, triomphante, se fortifier dans la commune du Mans de tous ses partisans qui vont se grossir par cette victoire, ayant plus que jamais dans le cœur la persuasion de l’impuissance de la Convention nationale.

Quant à moi, mon ami, l'affaire pourrait me sembler indifférente, puisque je n'ai agi que d’après le Comité de sûreté générale; mais penses-tu qu’un tel sentiment puisse se trouver dans mon cœur, quand j'ai vu la Convention nationale ballottée d’une manière avilissante dans la Société du Mans et dans toute la ville, quand j'ai vu qu’on regardait ses membres comme des ennemis de la chose publique, quand, en conséquence de cette idée, on l’a outragée dans ma personne.

Et on ne regarde pas cette série combinée d’outrages comme un délit? Quoi! j'ai été menacé au milieu de trois mille hommes; un des accusés en est convenu au Tribunal révolutionnaire ; le parti formé était dévoué à ces accusés, et on cherche le délit? et on demande où sontles coupables ? Rendez donc

la vie à Philippeaux et à une infinité d'individus qui n'étaient pas plus criminels.

Vois les choses, mon ami, non sous leurs rapports individuels, mais sous les rapports qu’elles ont avec la chose publique, et ne la laissons pas ainsi compromise. D'ailleurs, si un crime de cette nature doit rester impuni, nous ne pouvons plus songer à venger la majesté de nos collègues justement entourés de la puissance et l’estime du peuple.

Je t'embrasse, j'écris au Comité de salut public,

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