LES DÉPARTEMENTS LIBERTE, EGALITE
. de la Sarthe, ete.
ER RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ,UNE ET INDIVISIBLE oo —
Fresnay, le 15 .
Le représentant du peuple, Garnier
(de Saintes), au Comité de Salut public.
floréal, l’an deux de la République.
Je vous fais passer, mes chers collègues, une copie de la lettre que j'écris à la Convention nationale. Quand je rapproche les événements qui se sont passés au Mans, la procédure faite en conséquence, avec le jugement du Tribunal révolutionnaire, je ne puis vous cacher la douleur que j'ai éprouvée en voyant de quelle manière on a envisagé un délit politique qui comporte avec lui tous les caractères d’une conjuration combinée dont le projet était la substitution d’une législature à la place de la Convention nationale.
Pour y parvenir, il fallait en avilir les membres, ôter surtout ‘au Comité de salut public la confiance de la nation,
comme l'avaient projeté Philippeaux, Danton et Camille Desmoulins. à
Ces faits sont prouvés, dans le cours de la procédure, dans les registres de la Société populaire, dans l’adresse faite en faveur de Philippeaux et dans celle écrite de la propre main de Jourdain.
La France entière est prévenue de ce complot affreux, elle s’en indigne, et une relaxance (sic) vient effacer les traces d’un pareil délit. |
Si ce n’était qu'une faute privée, il faudrait passer sur elle l’éponge de l’oubli; mais lorsqu'elle a fixé l’attention de toute la nation, lorsque la tranquillité de cinq cent mille âmes en dépend, il est impossible de se taire, ou la représentation nationale est compromise ; les représentants, dès lors, perdent la boussole qui doit les diriger et flottent dans l’incertitude de savoir si les délits en sont réellement, puisqu'ils sont subordonnés à des chances qu’il n’est même pas permis de calculer.
Au surplus, j'ai fait mon devoir; je le fais encore et le ferai de même. Le Comité de sûreté générale a vu des coupables, comme moi; vous les avez vus de même, et si de tels hommes devaient rester innocents dans l'opinion, je ne connaîtrais plus de guide qui dût me gouverner, et je serais obligé de me replier dans l'enveloppe de ma conscience. ’
Salut et fraternité,
GARNIER de Saintes.
(Arch. nat., AFn 178, doss. 1460, p. 43.)