‹ Le cordon séraphique [microforme]Chapitre 4 sur 27 · LES TROIS NŒUDS DU CORDON SÉRAPHIQUE · texte numérisé non relu

LES TROIS NŒUDS DU CORDON SÉRAPHIQUE

Il est d’usage de faire trois nœuds au Cordon séraphique en signe d’union spirituelle avec les trois Ordres que saint François d'Assise a eu le bonheur d’instituer dans l’Eglise pour l’amour de JÉésus-CERisT et la sanctification des âmes. Ces trois Ordres sont si précieux aux yeux du Sauveup, ils sont si chers à son Sacré-Cœur, qu’il a formellement promis à son grand serviteur François, sur le mont Alverne, qu’ils subsisteraient tous trois jusqu’à la fin du monde.

Le premier de ces Ordres est celui des Frères- Mineurs communément appelés Franciscains, ou Capucins, ou Cordeliers, ou Récollets, suivant les différentes branches de la grande famille de Saint- François. Au fond, c’est un seul et même Ordre : le grand arbre séraphique n’a qu’un tronc; mais il y a des nuances dans l’interprétation et l’application de la règle du patriarche d’Assise ; et ces nuances ou, comme on dit, ces réformes ont donné naissances à plusieurs branches, distinctes entre elles quoiqu’unies par le tronc et la racine.

Les Frères-Mineurs sont avant tout les religieux de la pauvreté évangélique. Dans leur Règle,

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dans la forme de leur sainteté, tout converge vers la première béatitude : “ Bienheureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le royaume des cieux est pour eux ! ” C’est dans la pauvreté de JÉsus- CurisT qu’ils trouvent l’humilité et la douceur, la patience et la mortification, La paix, la joie, 1a charité, l’esprit de sacrifice, en un mot la sainteté parfaite.

Ils vont nu-pieds comme des pauvres; ils ont une robe grossière, trop chaude en été, trop froide en hiver; ils jeûnent tous les vendredis de l’année, et presque sans interruption, depuis la Toussaint jusqu’à Pâques. Ils ne possèdent rien ici-bas, absolument rien ; ils ne vivent que de charité ; ce que vous leur donnez continue à vous appartenir aussi longtemps que cela subsiste, aussi longtemps que cela n’est point consommé. Quant à leurs pauvres couvents et aux morceaux de terre qui en dépendent, ils appartiennent au Pape. Les Frères-Mineurs n’ont rien, rien que JÉsus- CarisT, qui est tout. L'hiver comme l’été, ils se lèvent à minuit pour psalmodier l’Office divin ; et après l’Office, ils font une heure d’oraison. Après quoi, ils regagnent leurs pauvres cellules, et se rendorment, comme ils peuvent, sur leurs couchettes de planches, garnies d’une méchante paillasse qui n’est guère moins dure que le bois.

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Ils préchent Jésus crucifié et son amour ; ils prient, ils font pénitence, une pénitence rude, mais joyeuse.

Tel est le premier Ordre de Saint-François, le saint Ordre des Frères-Mineurs, aux mérites, aux pénitences et aux prières desquels nous avons le bonheur de participer, grâce à la concession récente de notre bien-aimé Pape Pie IX.

Le second Ordre de la famille séraphique représenté par le second nœud du Cordon, est celui des Dames de la pauvreté ou Pauvres Dames, comme on les appelait jadis. Aujourd’hui on ne les connaît guère que sous le nom de Clarisses, qui leur vient de Sainte-Claire d’Assise, la première fille spirituelle de Saint-François, et la fondatrice du premier couvent des Pauvres Dames. Les Clarisses sont cloîtrées ; leur pauvreté est extrême, absolue, comme celle des Frères-Mineurs. Hlles vont pied-nus, vivent exclusivement des aumônes qu’on veut bien leur apporter ; car elles ne peuveut aller mendier, comme les Frères-Mineurs. Leur vie tout entière est un holotauste d'amour, de pénitence, d’immolation perpétuelle. Comme les Frères-Mineurs, elles ont une dévotion toute particulière au mystère de la crèche et de la croix, au Sacré-Cœur et au Ssnt-Sacrement, à l’Immaculée-Conception de la sainte Vierge, aux

saints Anges, à saint Joseph et à l’auterité de la Chaire Apostolique.

Le troisième nœud de notre cher cordon nous rappelle le troisième Ordre, ou Tiers-Ordre, institué par saint François lui-même pour faire jouir des bienfaits de la vie religieuse, tous Les chrétiens, ecclésiastique ou laïques, qui vivent dans le monde. Le Tiers-Ordre de la pénitence, comme on l’appelle encore, est un véritable Ordre, et non pas seulement une confrérie. C’est un Ordre qui a une règle approuvée par le Saint-Siége ; qui a un hab:t religieux, de forme et de couleur déterminées ; qui est astreint à certaines pratiques de piété, à certaines prières, à certaines pénitences. Ilya le Tiers-Ordre régulier, composé de tertiaires qui vivent en communauté, comme de vrais religieux et qui ont un supérieur-général résidant à Rome ; et le Tiers-Ordre séculier, dont les membres, ecclésiastiques ou laïques, célibataires ou mariés, continuent à vivre dans le monde, chacun suivant sa vocation. — Il serait trop long de détailler ici les diverses obligations des tertiaires ; qu’il suffise de dire que le Tiers- Ordre est une source immense de grâces et de sanctification ; que, dans la pensée de saint François et du Saint-Siége, il est fait pour tout le monde, accessible à toutes les conditions, à toutes

les santés, à tous les tempéraments, aussi bien fait pour les princes et les princesses que pour les pauvres, que pour les servantes, pour les prêtres que pour les gens mariés, pour les jeunes gens et les jeunes filles aussi bien que pour les vieillards. La règle elle-même commande de dispenser de toutes les austérités qu’elle prescrit, lorsque, pour des raïsons légitimes, on ne peut les embrasser. Du reste, la règle du Tiers-Ordre n’oblige pas sous peine de péché, même de péché véniel. C’est une pure source de grâces et de mérites, sans aucun inconvénient, sans aucun danger.

Le Cordon de Saint-François mous apporte, si nous le voulons, toutes les immenses indulgences, les absolutions générales et les autres faveurs spirituelles oetroyées par le Siége-Apostolique à la famille franciscaine. Maïs prenons garde et ne naus imaginons pas que pour cela nous sommes sur le même pied que les Frères-Mineurs et les Clarisses, et même que les simples Tertiaires. Si les faveurs sont les mêmes, les mérites ne sont pas les mêmes : loin de là. Or ce sont les mérites qui CARRREnE la sainteté et qui comptent pour la vie

| ‘éternelle.

Nous autres, avec les magnifiques faveurs de notre cordon, récoltées à si peu de frais, nous mangeons les confitures de saint François, mais

nous n’avons pas le pain, le pain qui nourrit ; les tertiaires ont, avec les confitures, la mie du pain, ce que l’on donne aux enfants; les austères Frères-Mineurs et les généreuses pénitentes de Sainte-Claire reçoivent le pain tout entier, avec les fortes et nourrissantes duretés d’une croûte bien cuite ; et les confitures ne sont pour eux que l’accessoire. Aussi, combien de fois le cordon franciscain n’a-t-il pas servi à saint François pour attirer au Tiers-Ordre des âmes avides de mieux faire ; et, à son tour, combien de fois le Tiers- Ordre n’a-t-il pas été la porte par laquelle l'Esprit de DIEU a fait monter des âmes plus généreuses encore jusqu’aux deux grands Ordres de la pauvreté séraphique !

N'oublions pas, pauvres petites violettes du parterre de saint François d’Assise et de saint François de Sales, n'oublions pas que nous ne sommes rien en comparaison de ces nobles pénitents ; auprès de ces zouaves de la pénitence, nous ne sommes que des enfants de troupe ; et si, devant Dreu et son Eglise, nous sommes revêtus du même uniforme tout resplendissant d’indulgonces et de grâces inestimables, nous n’en sommes pas moins des enfants, qui ne doivent se réjouir. que très-modestement.

Tâchons du moins, avec l’aide de Dreu et de

nos deux bons saints François, de si bien profiter de cet inépuisable trésor de pardon et d’amour, que nous soyons toujours de bons enfants, bien innocents, bien dociles, bien reconnaissants, bien fidèles à JÉSUS.

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