CHAPITRE II
HISTOIRE DU CORINDON.
La découverte du corindon et de ses propriétés utiles disparait dans la nuit des temps et doit se reporter bien avant l'ère chrétienne. On a très peu de renseignements authentiques sur l’histoire ancienne de ce minéral: beaucoup d'auteurs, pour essayer d'expliquer :a délicatesse et la perfection des hiéroglyphes égyptiens gravés dans des pierres telles q'ie le granite ou le basalte, admettent que ie seul abrasif assez dur qu'aient pu employer ces anciens ouvriers est le corindon, c'est à dire l'émeri. Cette hypothèse est d'autant plus plausible que les anciens devaient connaître les gisements des fles très accessibles de l'archipel grec.
Les premiers de cuments authentiques de l’histoire du corindon nous sont fournis par les variétés précieuses, c'est à dire par les gen:.'es. Les gemmes du corindon, surtout les rubis, étaient très recherchés des anciens peuples, non seulement pour leur beauté propre, mais aussi pour leurs propriétés curatives ou magiques. Les diverses formes de superstition qu'ont provoqué les pierres précieuses ont résisté remarquablement aux progrès de la civilisation, et actuellement encore la valeur d’une pierre est influencée par la croyance à la bonne ou à la mauvaise chance qu'elle peut apporter à son possesseur. Dans la Bible! on trouve de nombreuses mentions du rubis et du saphir. Les plus anciens écrivains grecs et latins, notamment Aristote, Théophraste et Pline, non seulement parlent fréquemment de ces gemmes, mais encore donnent des descriptions si précises qu'il faut leur accorder une connaissance intime de leurs propriétés physiques.
D'après Holland’ l'empire des Indes peut être considéré à juste titre comme la patrie du corindon; non seulement on y trouve de nombreux grands gisements, de la variété communef, mais encore il fournit de magnifiques gemmes, comme le rubis, (variété rouge et hyaline), de Burma, ou comme le beau saphir (variété bleue) de Ceylan et de Cashmire.
L'introduction de ces pierres précieuses en Europe date du 18° siècle et est due surtout aux efforts de la Société des Indes orientales. Les joailliers et les lapidaires ne furent pas longs à en apprécier la valeur,
1 Exode XXIV, 10; XXVIII, 18; Ezech. 1, 26; X. 1; XXVIII, 13; Apocal. XXI, 19. ? Géo. écon. de l'Inde, 2° édit. 1e partie. Corindon, 1891 page 1. * Phil. Trans. Soc. royale. Londres 1802, page 233.
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mais, ignorants de leurs propriétés physiques et chimiques, ils leur donnèrent des appellations encore usitées, qui en indiquent l'origine orientale. C'est ainsi que nous avons la topaze orientale, le rubis oriental, l'améthyste orientale, l'émeraude orientale, j'aigue marine orientale.
Romé de Lisle, un des fondateurs de le cristallophie, semble avoir été le premier à soupçonner les relations étroites qui unissent les diverses formes du corindon, mais ce n'est qu'en 1798 que l’hon. Char!es Gréville! décrivit le corindon comme étant de l’ox; de d'alumine “ristallisé, Dans le même mémoire, un appendice du Comte de Bourron expose complètement et d'une façon satisfaisante les caractères cristallographiques de ce minéral. Häuy fut le premier, en 1805, à réunir sous le même nom de corindon (accepté partout maintenant comme nom d'espèce) les trois variétés d'oxyde d'alumine: saphir, corindon et émeri.
Les gisements de corindon employé comme abrasif les plus anciens que l'on connaisse sont ceux des îles de l'archipel grec. Pendant plusieurs siècles l'île de Naxos a été presque la seule à fournir l’émeri nécessaire à l'industrie, à cause sans doute de l’uniformité du minerai et de la facilité d'exploitation. On connaît cependant de l'émeri dans les îles de Nicaria et de Samos. En 1847, le D* J. Lawrence Smith, de Louisville, dans le Kentucky, qui travaillait pour le compte du gouvernement turc, découvrit de gros gisements d’émeri en Asie Mineure. Ses études sur le mode de gisement et sur les associations de cet émeri ont fait l’objet d’une série de communications?.