‹ Le corindon, gisement, distribution, exploitation et usages [microforme]Chapitre 18 sur 131 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

(1) Les roches à corindon de l'Est de l'Ontario rentrent dans les familles des syénites, des diorites et des gabbros. Leurs feldspaths varient de la microperthite à la bytownite en passant par l'albite, l'oligoclase et l’andésine. La néphéline et la scapolite accompagnent où remplacent souvent les feldspaths.

(2) Les syénites à néphéline et les syénites alcalines associées, dans lesquelles se trouvent les gisements de corindon, présentent une extrême et brusque variabilité de composition. On ne saurait trop insister sur ce fait, et je ne connais pas d'autre catégorie de roches offrant une telle diversité de types sur d'aussi petites étendues. À une extrémité apparaissent des dykes ou veines contemporaines de pegmatite, formées, par parties égales, de quartz et de feldspath, bien que ces types si acides soient assez rares. La phase normale est une roche composée presque entièrement de feldspath, généralement une microperthite chargée en albite. Ces apophyses à gros cristaux traversent une syénite alcaline riche en soude, d’un grain moyen, et d'une couleur rougeâtre, grisâtre ou blanchâtre. Cette syénite donne comme produits de différentiation des syénites et des pegmatites à corindon, des syénites à néphéline, et des roches néphéliniques qui, par accroissement de la quantité des éléments ferromagnésiens, passent peu à peu, par degrés marqués, à des essexites et même à des variétés encore basiques, plus probablement des ijolites.

Le magma qui en solidifiant a donné naissance à ces diverses roches était particulièrement ric .e en soude, si bien qu’il existe plusieurs variétés de syénites à néphéline extrêmement riches en néphéline et qui, n'ayant aucun élément feldspathique, constituent des types très voisins de l'urtite décrite par Ramsay en Finlande. L'oegirine, qui est le minéral ferromagnésien de la roche finlandaise, est remplacé ici par une hornblende très basique que le D' Harrington a étudiée et appelée “hastingsite”. Le D' Adams, qui a publié une description détaillée de cette nouvelle roche, a proj osé le nom de ‘“‘monmouthite”’ d’après le nom du canton de Monmouth où l'échantillon original a été recueilli. Teall a fait connaître, dans le district voisin du lac Borolan, dans le nord ouest de l'Écosse, un type de différentiation analogue, mais moin accentué, de magma très alcalin. Il décrit ainsi le gisement: “Il existe dans le complexe igné du lac Borolan une famille bien caractérisée de roches provenant

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(3) Toutes les variétés de roches du groupe syénitique à corindon sont des produits de différentiation d'un magma très alumineux correspondant à une phase distincte d'activité ignée. Elles forment une province pétrographique et une seule unité géologique.

(4) Ces roches syénitiques diffèrent des roches analogues signalées dans les autres parties du monde en ce qu'elles ne possèdent pas le caractère granitoïde massif habituel mais présentent au contraire une foliation nette et souvent prononcée, toujours concordante avec la foliation des gneiss granitoïdes voisins classés comme laurentien. Cette foliation est due à la disposition des minéraux constitutifs dont les grands axes sont parallèles, et qui se réunissent par espèces, cn bandes alternées. Cette foliation ne ressemble pas à celle que produirait l'écrasement d'une roche primitivement massive. On y observe rarement des structures cataclastiques et la roche présente rarement, sinon jamais des traces de pression. Dans ces conditions, il faut admettre que la structure rubannée, si générale dans ces roches, a pris naissance dans le magma encore liquide, ou de moins en voie de solidification. C'est donc une structure essentiellement normale et primitive.

(5) Ces roches sont, en règle générale, très pauvres en éléments ferromagnésiens et différent de la majorité des roches analogues par le fait que l’augite, qui en est un élément habituel, est remplacée par de la biotite (lépidomélane), ou par de la hornblende (hastingsite), ou par les deux. On y trouve parfois de l’augite, mais toujours en quantité accessoire. À ce point de vue, ces syénites ressemblent aux roches de l'Inde et aux roches de Miask, en Russie, où la biotite est l'élément foncé dominant. L'absence ou la rareté du quartz ou de la silice libre est remarquable, mais bien que l'on considère généralement que le quartz et le corindon s’excluent l’un l’autre, on a trouvé à Craigmont des échan-

” tillons contenant de petites quantités de quartz et de corindon voisins les

uns des autres.

(6) Toutes les phases de ce magma sont, en certaines localités, sursaturées d’alumine qui a cristallisé à l'état de corindon, lorsque le magma était pauvre en MgO et FeO,.

(7) La simplicité des gisements de corindon de l'Ontario qui forment un tout complet et le caractère de fraîcheur et de conservation des minéraux associés, ne permettent pas de douter de l'origine ignée du corindon. Le corindon est évidemment un élément primitif de cristallisation dans un magma très aluminosiliceux. Les analyses chimiques confirment

1 Geo. Mag. Dept. 1900, p. 390.

remarquablement le fait que les gisements de corindon suivent exactemen !: loi que Morozewicz a formulée après son étude de la cris*allisation de magmas artificiels. Cette loi dit, en résumé, que la formation de corindo: dans un magma pur alumino-siliceux, dépend de la proportion d'alu mine par rapport à la somme des autres bases. Avec cette loi nou pouvons prédire avec sûreté le point de saturation en alumine d'u magma donné. Cette loi fut sévèrement contrôlée par l'étude d'un roche (Craigmontite) provenant de Craigmont, dans laquelle l’analys révéla un excès d'alumine devant entraîner la présence de corindon En coupe mince, il fut impossible de trouver de trace de ce minéral mais en traitant la roche pulvérisée, par la solution lourde de Thoulet on sépara immédiatement de très petits cristaux de corindon. Bien qu le corindon soit, donc, un élément accidentel des roches des familles de: gabbros et des syénites, c'est néanmoins parfois un élément assez abon dant, pour qu'on puisse classer les roches qui les contiennent sous les noms de syénites à corindon, pegmatites à corindon, etc. Par exemple l'échantillon de pegmatite rouge à corindon prélevé, pour l'analyse comme représentant bien la moyenne du gisement de Craigmont, contient 34,16 pour cent de corindon. À ce point de vue cette pegmatite est presque identique aux types semblables du gisement russe, où une analyse a donné 34,62 pour cent de corindon. De plus, en comparant les analyses de ces deux roches, prises en deux points si éloignés, on trouve une composition chimique presque identique. Toutes deux, elles diffèrent de la roche de l'Inde, dont la microperthite est presqu'uniquement faite d'orthoclase; au contraire la micropertite des roches russes et canadiennes, est en grande partie formée d’albite.

Pour compléter ces observations, la concentration mécanique des roches passées à l'at-lier de Craigmont, pendant les deux premières années de fonctionnement, a donné une proportion de 10-41 pour cent de corindon extrait.

(8) La présence fréquente, et parfois l'abondance du corindon dans les syénites à néphéline de l'Ontario, sont, jusqu'à présent, uniques. Bien qu'on connaisse aux Indes et en Russie, des roches analogues comme facies de différentiation de syénites à corindon, on n’a jamais trouvé de corindon en association immédiate avec elles. Cependant, tous ceux qui ont étudié les gisements canadiens, pensent qu'avec des recherches plus attentives, on finira par trouver, aux Indes et en Russie, du corindon dans les syénites à néphéline.

Il est intéressant de faire remarqu'r qu’à Craigmont on a trouvé jusqu'à un demi pour cent de petits cristaux de corindon dans une roche désignée sous le nom de Craigmontite et composée de 63:18 pour cent de néphéline de 29-66 pour cent d'oligoclase et de 4:39 pour cent de muscovite, les deux autres pour cent étant de la calcite, de la biotite et de la

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magnétite. Un autre type très voisin, et qui est interfoliacé avec le type précédent (raglanite) a 4:5%, de cordinon, 70%, d'oligoclase, 12% de néphéline et 10%, de muscovite, les autres constituants secondaires étant de la calcite, de la biotite et de la magnétite titanifère.

(9) Les minéraux rares ou accidentels comprennent: calcite , muscovite, apatite, grenat, magnétite (toujours titanifère), sodalite cancririte, zircon, sphène, tourmaline, granite ou spinelle, zincifère, graphite, molybdénite, chrysobéryl, pyrite, chalcopyrite, pyrrhotine, galène, eucolite et eudialyte.

(10) De grands affleurements de ces syénites à néphéline montrent très fréquemment des phases pegmatitiques à très gros cristaux. Sur la branche York de la rivière Madawaska, près du pont qui traverse la route d'hiver partant de Bancroft pour aller à l'est, il existe une roche contenant des individus de néphéline de 2 pouces à de diamètre. Des cristaux encore plus gros apparaissent sur le lot 30, concession VI du canton de Glamorgan. Ces développements pegmatitiques ont parfois la forme de dykes recoupant la syénite à néphéline normale, tandis que dans d’autres cas ils forment des masses mal définies, grossièrement cristallisées, au milieu d’une roche à grain fin analogue aux phases plus familières que prennent les pegmatites de granite dans des conditions analogues.

(11) Les roches à corindon se répartissent en trois bandes distinctes, dont la plus longue se suit, sauf d'assez grandes interruptions, sur environ 103 milles du nord-est au sud-ouest avec une largeur maximum d'environ 6 milles. Les autres leur sont parallèles, et ont 8 et 12 milles de long respectivement. La plus courte distance entre ces bandes est d'à peu près 25 et 50 milles, ce qui fait 75 milles entre les deux bandes les plus éloignées.

(12) Toutes les observations indiquent que ces gisements doivent être considérés comme le massif le plus important de roches à corindon que l'on connaisse. Elles font partie du complexe précambrien du grand Bouclier canadien, ou Protaxe Nord Américain, et constituent une phase marginale des batholites laurentiens de gneiss granitoïdes, au milieu des calcaires cristallins de la série Grenville qu'elles envahissent.

(13) Cette présence presque constante de syénites à néphéline et de syénites sodiques en bordure des batholithes granitiques et au contact des calcaires est un phénomène extrêmement frappant et intéressant. Quand on peut voir le contact des syénites et des calcaires, on observe que de gros individus de néphéline, de biotite et d’autres éléments de la syénite se sont développés au milieu même du calcaire grossièrement cristallisé— , Ln même temps on trouva ça et là dans la syénite, des blocs détachés ou effondrés de calcaires; ces blocs, de toutes dimensions, sont spécialement abondants et gros aux environs immédiats de la ligne de

contact. À mesure qu'on s'écarte de cette ligne, les blocs de calcaire deviennent de plus en plus petits, et à une certaine distance ils n'apparaissent plus que sous forme de grains isolés de calcite, généralement grossièrement arrondis, souvent enchassés dans des cristaux parfaitement frais de néphéline, de hornblende ou d'autres minéraux, ou encore emprisonnés entre ces cristaux qui ont mis leur empreinte sur la calcite.

(14) La présence de graphite doit être signalée, bien que ce minéral n'apparaisse pas comme fréquent ou abondant. On en signalé dans la phase à gros grains de syénite à néphéline qui se trou e à l'est du pont jeté sur la rivière York (chemin Mississippi ou Sn--—). 11 se présente en petits paquets arrondis, formés d'écailles minuscules, mais très pures,

en renferment là d'assez grandes quantités. Holland a signalé aussi du graphite dans une varité de syénite à néphéline de Sivamalai aux Indes; cette roche en contient, sur de grandes étendues, une proportion de 0:58 pour cent.

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