‹ Le corindon, gisement, distribution, exploitation et usages [microforme]Chapitre 8 sur 131 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

GÉNÉRALITÉS

L'étude de l'histoire naturelle du corindon a attiré depuis longtemps de nombreux chercheurs désireux d'avoir des connaissances plus étendues et plus précises sur l'origine et les associations géologiques de cet important minéral. L'intérêt exceptionnel qui s'attache à cette étude vient sans doute, en grande partie au moins, de sa double portée: au point de vue pratique, le corindon apparaît comme un produit naturel b: :*ement estimé, depuis longtemps, par ses nombreuses applications inc uielles: au point de vue scientifique, l'alumine a toujours attiré l'attention des géologues par la place, la troisième, qu'elle occupe dans l’ordre d'importance des éléments de la croute terrestre. La silice, l'espèce minérale prépondérante, forme plus de la moitié de la croute terrestre accessible à nos recherches. L'alumine est le troisième élément chimique par ordre d'importance, et vient après l'oxygène et la silice. C'est en fait le métal le plus abondant de la lithosphère; on estime à 8% la teneur de la lithosphère en alumine et à près de 5% la teneur en fer, élément qui tient la quatrième place. La forte affinité de l’alumine pour l'oxygène explique immédiatement l'absence d'aluminium natif et l'abondance des oxydes, aussi bien que des silicates, fluorures, phosphates et sulphates. L'aluminium est un élément essentiel de toutes les roches importantes, à l'exception des grès et calcaires, et encore ces dernières contiennentelles de l'aluminium à l'état d'impureté. On peut donc dire d'une façon certai.… que nulle part l’oxyde d’alumine n'existe à l'état libre avec une abondance comparable aux énormes quantités de composés divers de l'aluminium qui entrent dans la constitution de l'écorce terrestre. Cependant, contrairement à une opinion encore assez répandue, le corindon n'est pas du tout un minéral rare: il est même très répandu et les explorations et études récentes ont montré l'existence de grands territnires à corindon dans des parties très éloignées les unes des autres à la surface de la terre. C'est Logario qui, en 1895, attira le premier l'attention sur la présence de corindon dans des roches ignées de types et de compositions très différentes; il insistait fortement sur l'origine

ignée de ce minéral, et sur son développement comme cristal de première consolidation dans le magma même qui donne naissance à la roche à corindon. Ces conclusions venaient à peine d'être publiées que Morozewicz en donnait une confirmation, à la suite de l'étude des gites de corindon des Monts Oural en Russie et à la suite aussi de brillantes expériences de synthèse en partant de magmas artificiels. Morozewicz démontra parfaitement et définitivement que le corindon cristallise en toute liberté sous forme d'oxyde dans un magma sursaturé d'alumine. En même temps il indiqua clairement la composition de la roche mère ou associée qui contribue à cette cristallisation.—L'exposé complet de ces expériences et des études connexes qui durèrent près de six ans, ne fut cependant publié qu'en 1889.

Des théories analogues, tout à fait indépendantes de ces travaux, avaient été énoncées par quatre chercheurs qui s'étaient attachés à l'étude de trois territoires très éloignés les uns des autres, savoir: Pirsson qui avait fait une étude critique des cristaux de corindon du dyke de lamprophyre de Yogo gulch, Montana; Holland qui avait étudié en détail les gîtes de Sivamalai dans l'Inde; le D' Willet G. Miller et inoi-même qui avions étudié les gîtes de corindon de l'Ontario, si concluants et si clairs. Cependant, alors que Pirsson considérait que les schistes argileux recoupés par le dyke de Montana avaient joué un rôle indispensable pour fournir l'excès d'alumine nécessaire au magma de lamprophyre, les trois autres observateurs pensaient que, suivant l'heureuse expression du D" Miller, “il n'était pas plus nécessaire d'essayer d'expliquer la présence de corindon dans la syénite par une dissolution de blocs de roches très alumineuses, que d’expliquer la présence de silice libre dans le granite par l'absorption de roches très siliceuses”.

Avant la publication de ces résultats, on croyait généralement que le corindon se formait par une variété de causes peu compréhensibles et difficiles à expliquer, telles que les actions de contact, les soi disant “agents minéralisateurs”, ou les longs phénomènes métamorphiques qui décomposaient certains minéraux instables en donnant naissance au corindon. Sans essayer de nier que ces sortes de phénomènes aient pu développer et mettre en place des quantités importantes de corindon, je crois fortement que tous les gîtes: de corindon qui ont une valeur commerciale, sont, non pas des gîtes secondaires, mais des gîtes de cristallisativn première au milieu d’un magma igné contenant un excès d’alumine.

Les roches à corindon de l'Ontario central sont des syénites, diorites et gabbros, dont le constituant feldspathique varie de la microperthite à la bytownite en passant par l’albite, l’oligoclase et l’andésine.

La scapolite et la néphéline accompagnent ou remplacent souvent les feldspaths. Les roches elles-mêmes sont généralement très pauvres

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en éléments fer: magnésiens et la rareté ou l'absence du quartz y est remarquable. Les roches à feldspath rouge ou syénites (umptékose) et leur équivalent pegmatitique (ouralose) sont les plus riches en corindon et constituent ainsi les ‘minerais’ les plus recherchés, mais le corindon se trouve souvent avec une abondance caractéristique dans certaines syénites riches en néphéline (12 à 63 pour cent) et dans certaines variétés riches en feldspaths voisines de la plumasite décrite par Lawson. À ce point de vue et jusqu'à présent, les syénites de l'Ontario sont uniques dans le monde, car bien qu'il existe en Russie et aux Indes des types à néphéline comme produits de différentiation de roches à corindon, jamais on n'a trouvé de corindon dans ces types eux-mêmes. Les études détaillées qui ont été faites sur les gites de corindon de l'Ontario, montrent que ces gites sont sans rivaux, non seulement par la grande étendue de terrains a roches alumineuses, mais encore par leur richesse et leur fraicheur.

Il est bon de remarquer à cet égard, que c'est à M. W. F. Ferrier, alors géologue à la Commission géologique du Canada, que l'on doit la découverte de ces gisements si intéressants au point de vue économique. Dans son rapport préliminaire au D' Georges Dawson, alors directeur de la Commission géologique, non seulement il mettait en lumière leur importance industrielle, mais prédisait, ce qui a été largement vérifié, que la découverte primitive du canton de Carlow ne constituait pas un phénomène isolé, mais que d'autres gisement: seraient mis au jour dans le district d'Hastings.

Le développement de l'exploitation corindon au Canada, qui n'a été possible que par la découverte de Ferrier, a été aussi rapide que continu. En avril 1900, on avait extrait environ 60 tonnes de grains classés de corindon, dont 3 tonnes seulement avaient été expédiées. L'année suivante, la production monta à 444 tonnes: en 1903 la production, presque double, atteignit 806 tonnes de grains propres et classés. La production maximum eut lieu en 1906 avec 2914 tonnes, dont 2274 seulement furent vendues pour un prix total de $204,973.

L'année suivante fut marquée par un gros déficit entre la production et la vente, (provoqué par la crise financière de 1907), puisque de l'extraction totale de 2,682 tonnes, 790 tonnes restèrent en stock aux usines. L'année 1909 marqua une amélioration soutenue dans la balance entre l'extraction et les expéditions, si bien qu'en 1912 on put voir un lot de 1,960 tonnes de grains classés, vendu pour $239,091. Ce fut le plus gros paiement qu'ait connu l'industrie du corindon. De cette somme, $205,819, correspondaient à l'exportation de 1,928 tonnes, de sorte que l'industrie canadienne n'utilisa que 32 tonnes. Les expéditions totales de corindon, depuis les débuts de l'industrie, se montaient en 1913 à près de $2,000,000.

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