‹ Le corps de WolffChapitre 20 sur 42 · RÔLE PHYSIOLOGIQUE DU CORPS DE WOLFF · texte numérisé non relu

RÔLE PHYSIOLOGIQUE DU CORPS DE WOLFF

\jà physiologie du corps de Wolff est encore et restera toiijoursprobablement bien obscure; aussi ne faisons nous figurer les quelques renseignemenls que nous-avons trouvés à cet égard dans les auteurs, sous forme d'un chapitre spécial de cette thèse, que pour ne pas rompre l'économie générale du plan que nous avons adopté.

On croit que les corps de Wolff sont un appareil transitoire de sécrétion urinaire et leur structure justifie bien une pareille supposition, en même temps (ju'elle légitime l'appellatian de reins primitifs qui leur a été imposée depuis si longtemps.

C'est à cette sécrétion urinaire qu'on attribue la présence de l'acide urique dans le liquide allantoïdien à une époque où les reins permanents sont encore daus un état trop rudimentaire pour fonctionner activement. D'ailleurs, la présence même de l'organe n'impli(|ue pas son fonctionnement, car même pour le rein proprement dit, c'est encore une question parmi les physiologistes de savoir s'il donne naissance chez

l'embryon à des produits de sécrétion, c'esl-à-dire à de l'urine.

,1. Millier, en même temps qu'il reconnaissait le caractère glandulaire des corps de Wolff et qu'il les plaçait dans la catégorie des glandes en tubes, observait le premier qu'on peut voir chez l'embryon de poulet le canal et les canalicules de l'organe remplis par un liquide blanchâtre qu'il pouvait faire cheminer par la pression. La présence d'un produit de sécrétion dans ces canaux fut confirmée plus lard par Kathke chez la couleuvre, par Bischoff chez les mammifères. Mais quelle est la nature, quelles sont les conditions de production de ce liquide? autant de points sur lesquels on n'a guère que des hypothèses.

Jacobson * ayant trouvé de l'acide urique dans le liquide allantoïdien du poulet, pendant les premiers jours de l'incubation, à l'époque où les corps de Wolff étaient bien développés, mais où les reins ne l'étaient pas encore, on est en droit de penser que ce principe de désassimilalion provient du corps de Wolff et que le liquide allantoïdien a pour oi igine la sécrétion de cet organe, c'est-à-dire qu'il représente la première urine de l'embryon. Mais le liquide allantoïdien n'a pas seulement pour origine cette sécrétion Wolffienne et il est certainement dû aussi, pour une part importante, à l'exhalation qui se fait à la face interne de l'allantoïde elle-même, très vasculaire comme on le sait.

L'existence du liquide allantoïdien et, par suite, de la cavité où il est contenu, n'a pas la même durée chez tous les animaux. Chez l'homme, par exemple, cavité et liquide disparaissent du vingt-cinquième au trentième jour, et le corps de

1. J*cofl80H. — Die Oken'sche Rôrper, Meckel's Archiv, VUl, 1830, p. 332.

Wollf offre à ce moment son maximum de dëveloppemenf. Au contraire chez les pachydermes, les ruminants, etc., la cavité de l'allantoïde persiste sous forme d'un long houdîn (d'où le nom même que porte l'allantoïde) et elle est, jusqu'à la fin de la gestation, remplie par un liquide dont la quantité va sans cesse en augmentant. Or, chéz ces animaux, aussi, le corps de Wolff persiste plus longtemps que chez l'homme; jusqu'au vingt-quatrième jour, chezlelapin, par exemple, dont la vie embryonnaire n'est que de trente jours, et son rôle physiologique doit durer par conséquent autant que son existence anatomique. Mais qu'il ne persiste que peu de jours (à peine cinq semâmes chez l'homme), ou plus longtemps comme cliezle veau (par exemple, dont la vie embryonnaire a la même longueur que celle de l'homme), le rôle du corps de Wolfi, dans la fonction d'excrétion, est bientôt effacé par celui du rein proprement dit, qui se développe rapidement et est, chez l'enfant, presque entièrement constitué dans le milieu du troisième mois.

Il n'entre pas dans notre sujet d'étudier ici la fonction du rein. Mais la sécrétion qu'il produit, s'il en produit une, n'est en rapport chez l'homme qu'avec le liquide amniotique; chez les ruminants, les solipèdes, etc., à la fois avec le liquide allantoïdien et le liquide amniotique. On trouvera sur la composition immédiate et sur le rôle de ces deux liquides les renseignements les plus circonstanciés dans le Traité des humeurs, 2' éd., du professeur Ch. Robin auquel nous ren- \f)yons. Nousdirons seulement que, pour le liquide amniotique lui-même, nous ne saurions attribuer sa provenance, exclusivement du moins, malgré la présence formelle de l'urée, à la sécrétion l énale; non pas que nous soyons révolté, comme les anciens auteurs à la pensée de songer que le fœtus nage dans

son urine, mais parce que le rôle de la peau si riche, en vaisseaux chez l'embryon, ainsi que le fait observer Kôiliker, paraît avoir la part prépondérante dans la formation de ce liquide. Enfin l'organisme maternel, mais seulement chez les vivipares, peut aussi contribuer à la formation de ce liquide.

Pour terminer cette série d'hypothèses sur le rôle physiologique du corps de Wolff on pourrait encore donner comme dernier argument en faveur de la formation d'un produit d'excrétion par cet organe, cette observation de Bischoff que chez les têtards de grenouille les corps de Wolff (avant-reins) existent seuls pendant longtemps. Or, comme les têtards nagent hbrement dans l'eau, qu'ils absorbent beaucoup de nourriture, il est probable que les phénomènes de désassimilalion doivent se ti aduire chez eux par une véritable sécrétion des corps de Wolff. Mais les conditions de milieu ne sont pas comparables entre l'embryon de mammifère, d'oiseau ou de reptile et la larve de grenouille, et la désassimilation doit être en réalité très peu considérable dans l'embryon des trois premières classes et, par suite, la fonction du corps de Wolff réduite à très peu de chose.

Page 1