DÉVELOPPEMENT DU TESTICULE
Le développement du testicuie est moins bien connu que celui de l'ovaire et il règne encore les plus grandes divergences entre les embryogénistes qui l'ont étudié. Nous venons de voir, à propos du développement de l'ovaire, la formation sur le bord interne du corps de Woliï d'une éminence sexuellç
caractérisée par une accumulation de cellules embryonnaires du mésoderme au-dessous d'un épithélium cylindrique. C'est là le rudiment commun de la glande génitale dont nous avons suivi l'évolution et la différencialion en ovaire.
Si celte glande génitale doit évoluer en testicule, on verra, de très bonne beure, l'épitbélium germinatif cesser de se développer à son niveau. Vers le sixième jour cbez le poulet, d'après une première tbéorie, on verrait, dans la masse cellulaire sous-jacente à l'épilbélium, et dont les cellules sont restées jusque-là indifférentes, se former des traînées encore indécises, limitées par des cloisons de tissu conjonctif embryonnaire. Ces traînées sont l'origirie des tubes séminifères d'abord pleins, creux plus tard, et vers le seizième jour les cellules de ces tubes, devenues plus grosses, ont tous les caractères des cellules épitbéliales du testicule qui donneront plus tard les spermatozoïdes. C'est là la théorie ancienne de Valentin et Remak partagée encore par beaucoup d'auteurs, Poster et Balfour, Kôlliker, Sernoff, Pouchet.
Waldeyer explique autrement la formation des tubes séminifères. D'après lui, les canaliculesdu corps de Wo!ff pénètrent dans le tissu au sein duquel se forme le testicule et lorsqu'en se subdivisant ils sont devenus extrêmement fins, ils constituent les tubes séminifères. Il regarde donc tous les embryons comme primitivement hermaphrodites et. tandis f|ue l'épithélium germinatif avec ses ovules primordiaux reprr^sente l'élément femelle, l'épithéliumWolffien représente l'élément mâle.
Cette théorie a été jusqu'ici contredite par tous les observateurs, à l'exception de Braun * qui, dans ses recheroltes sur
1. Braun, — Das Urogeniiaisysloiu île eplilien. Arb, aus 7.00I. Institut m Wûrsburg, IV, 1877,
le système iiro-génilal des reptiles, aurait vu les canalicules du corps ('e WolfT qu'il appelle cordons segmentaires, pénétrer dans l'intérieur du pli germinatif pour y devenir les canaux séminifères. Mais dans cette opinion de Waldeyer et de Braun il n'y a qu'une part de vérité \ Les canalicules du corps de W'olff en pénétrant dans le testicule ne formeront qu'une partie des tubes séminifères, la portion excrétrice, c'est-à-dire les tubes droits et le rete testis. Quant à la portion glandulaire, on tube séminifère proprement dit, elle paraît se former comme nous allons le dire maintenant.
Enfin une troisième opinion très séduisante, émise d'abord par Bornbaiipt' fait dériver les cellules rondes qui se disposent en traînées dans l'épaisseur de la glande génitale [)Our constituer les tubes séminifères, de cellules rondes toutes semblables qui existent dansTépilhélium germinatif. Bornhaupt ramène donc la formation du testicule, de même que celle de l'ovaire,;! une invagination de tubes provenant de l'épithéium péritonéal. Egli Uoc. cit.)di confirmé chez le lapin les observations de Boriibaupt , confirmées aussi par Rouget. Enfin les recberches de Semper et de Balbiani sur les plagiostomes montrent que tel est aussi oliez eux le mode de formation du testicule.
Cette théorie paraît donc la plus vraisemblable et elle explique bien la présence constatée d'abord par Balbiani dans le testicule des plagiostomes, et plus récemment (1879) par Rouget, dans celui des mammifères, de véritables ovules. Pour
1 . II est vrai que l'épith^Iium Wolffîen dérive lui-môme de l'épitlu'lium dit germinatif par suite de l'invagination qui a donné naissance aux vésicules segmenlaires du corps de Wolff.
2. Bo.iHAUPT. — Untersiich. ûb. Rntwiok. d. Urogenitalsystem beim Hiihnehen, 1867.
Rougets en eflet, la glande sexuelle mâle ou femelle présente à son début le même épithélium germinatif, les mêmes ovules primordiaux qui, dans les deux cas, s'engagent dans les cordons cellulaires provenant de l' épithélium. Ces cordons constitueront l'ovaire et ses ovules chez le fœtus femelle. Chez le mâle, les ovules de ces cordons prolifèrent et constituent chez l'adulte les grandes cellules rondes spermatogonies de
Fig, 9. — Coupe du testicule d'un jeune mâle de Sqttatina vulgarit, montrant l'invagination de l'épithélium péritonéal dans le stroma. a, stroma ; b, épithélium du testicule ; c, tube de Pfliiger contenant des cellules épittiéliales et plusieurs ovules primitifs. (D'après Semper.)
Lavallette Saint-Georges. Ces spermatogonies ne sont pas seulement semblables mais identiques (Rouget) par leur constitution et leur origine aux ovules des jeunes femelles, puisque les uns et les autres proviennent des ovules primordiaux. Ainsi la présence d'ovules dans le testicule se renconlre aussi chez les mammifères et chez l'homme et probablement chez tous les vertébrés.
Nous terminerons enfin ce chapitre sur le premier développement du testicule, en signalant ce fait intéressant découvert
1. Rouget. — Evolution comparée des glandes génitales mâle et fiemelle chez les embryons de mammifères, compt. rend. Acad, se, 1879.
par Balbiani',que, chez les plagiostomes, les ampoules tesliculaii es provenant de la segmenlalion des tubes de Pfliiger mâles, n'ont. qu'une durée transitoire et disparaissent dès qu'elles ont donné naissance à une génération de spermatozoïdes. Il faut pour que la spermatogénèse continue, que de nouvelles am[)Oules viennent les remplacer, aussi l'épilhélium germinatif persisle-t-il toute la vie chez ces animaux.
Quant aux cellules interstitielles du testicule, bien étudiées récemment par M. Tourneux, elles proviennent d'une différenciation très précoce des cellules embryoplastiques de la trame du testicule.