CHAPITRE X
CARACTÈRES GENERAUX DU CORPS DE WOLPF CHEZ LES ANALLANTOÏDiENS DEVELOPPEMENT — DESTINÉE RAPPORTS AVEC LES ORGANES GÉNITAUX
Dans tout ce groupe de vertébrés (l'Âmphioxus excepté), le corps de Wolff persiste toute la vie comme rein définitif.
Chez les Cjclostomes^ cet organe reste dans un grand élal de simplicité comparable à celui des premières phases embryogéni(jiies du rein des autres vertébrés, et ne contracte auciui ra[>port avec l'appîireil génital. Ce corps de Wolff, ou rein primitif, est constitué par un large canal qui reçoit de courts canalicnles transverses, terminés j)ar une ampoule contenant un gios glon)érule.
Chez les Gnnoïdes aussi bien que chez les Dipnoïques, il n'existe non plus aucune relation entre le corps de Wolff ou rein définitif et les glandes génitales : le canal de Wolff, par conséquent, fonctionne uniquement comme uretère.
Chez les Téléosléens, la même indépendance existe encore entre les glandes sexuelles et le corps de Wolff ({ui forme l'appareil urinaire, et, en même temps qu'il n'y a pas de canal déférent, il n'y a pas non plus de canal de Mûller (les ovules sortant par des pores génitaux). Cette absence d'oviducte et de canal déférent tiendrait, d'après Semper, à ce que le canal du
Fig. 14. — Coiipe transversale de la région abdominale d'un embryon de Squale, a, corde dorsale ; b, aorle; c, veine cardinale; d, canal segnicnlaire ; e, canal de Wolff; f, pli génital avec des ovules primitifs ; g, cavité péritonéale ; h, inleslia. (D'aprè»
Balfour.)
rein primordial ne s'est pas divisé en canal de Mùller et en
canal de Wolff.
Plagiostomes. — Au point de vue du développement du corps de Wolff dans les groupes que nous venons d'étudier, on ne possède encore que peu ou pas de renseignements. Ce développement est au contraire très bien connu pour les Plagiosloities, depuis les importantes recherches de Baltuur et de Semper qui ont révélé des faits du plus grand uileret. En outre, l'appareil sexuel mâle contracte avec les corps de Wolff
des relations intimes qui se retrouvent chez les Batraciens et chez les Vertébrés supérieurs.
Chez les embryons de Plagiostomes, le corps de Wolff se forme, comme l'ont montré Balfour et Semper, par la réunion d'une série de canaux segmentaires produits par des invagi-
? )S. -- F'orlion] anli-rieure de Papparcil urogciiilal màle de l'Ange, a, lesticule; i>, >e(e testis\ c, c, vaisseaux efférenis formés par les six premiers canaux segmentaires ; d, d, canaux segmentaires dont les '•.inq ou six derniers se terminent dans le mésorchium par des extrémités ouvertes t/' ; e, rein sexuel (épididyme) ; f, canal déférent coupé à son origine ; g, sur la tête de l'épididyme ; h, corpuscules de Malpighi auxquels aboutissent les vaisseaux efférents dans le rein sexuel. (D'après Semper.)
nalions partielle.sel locales de l'épithélium périlonéal, au niveau de chaque segment ou protoverlèbre. Ces canaux s'enfoncent dans le inésodcrme et vont déhouclier dans le canal de Wolff (fig. la, (/,ej.Ces invagmationsont la forme d'enlonnoirs garnis
de cils vibratiles, ouverts dans la cavile abdominale et persistent toute la vie chez (juelques squales (Acanlkias).
Le corps de Wolff ainsi formé, se met en rapport avec le testicule par un réseau de canaux efférenls produits par les anastomoses des organes segmenlaires entre eux. Le nombre de ces vaisseaux efférents varie suivant les espèces 8. Scymnus lichia, 3. Miutelus valgaris, etc.), car le plus grand nombre des organes segmenlaires s'atrophient et il n'y a que les supérieurs qui persistent. Chez l'Ange, on voit dans le mésorchium une série de canaux segmentaires (fig. 15, c, d) partant delà partie supérieure du rein (corps de Wolff) et s'ouvrant dans la cavité abdominale par un entonnoir vibralile. Les six organes segmenlaires supérieurs arrivent jusqu'au testicule et constituent le rete testis et les vasa efferenùa.
Ces vaisseaux efférents peuvent, avant de pénéirer dans le rein, s'envoyer des branches de communication longitudinales qui forment ainsi un long canal bordant le rein. De ce canal parlenl de petites branches qui pénètrent dans le rein et s'ouvrent chacune dans un glomérule de Malpighi.
D'après Semper, tout le système excréteur du testicule, — vaisseaux efférenls^ rete testis, canal central du testicule et réseau des conduits inlra-lesliculaires, — résulterait du bourgeonnement des canaux segmentaires antérieurs placés dans le mésorchium. Les entonnoirs de ces canaux commenceraient par s'oblitérer, suivant Semper, puis émettraient des bourgeons vers le testicule, et après s'être anastomosés en rete testis, pénétreraient dans les testicules pour aller se mettre en rapport avec les ampoules séminifères.
La partie supérieure du rein (corps de Wolfî) qui reçoit les vaisseaux efférenls a élé appelée glande de Leydig par Semper ou rein sexuel; elle a pour conduit excréteur un
canal par lequel passent l'urine et le sperme {canal de Leydig de Semper, canal de Wolff de Balfour).
La partie inférieure forme le rein proprement dit et possède un canal propre ou uretère, parallèle au canal de Leydig. Il en est de même chez la femelle.
Fig. te. — Système urogénital de l'Epicrium. a, testicules ; 6, canal collecteur ; c, canaux transversaux du rete teitiê; d, canal longitudinal ; e, vaisseaux efférents ; f, corpuscules de Malpighi ; g, néphrostome ; h, k, deux segments du rein sexuel ; t, canal urospermatique derrière le rein. (D'après Spengel.)
Fig. 17. — Système urogenilal du Bu/bcinereus. a, testicule ; 6, rete testis ; t/, canal urospermaiique ; e, e, canalicules collecteurs du rein dirigés transversalement et débouchant dans le canal urospermatiqne ; f, f, corpuscules de Malpighi communiquant avec le rete testis ; f, f, i orpuscules de Malpigbi sans communication avec le rete ; g ovaire rudimentaire ; h, corps adipeux.
(D'après Spengel.)
L'uretère et le canal déférent viennent s'ouvrir tantôt réunis, tantôt isolé dans un renflement inférieur du canal de .Mùller, utérus mdle^ s'ouvrant lui-même dans le cloaque.
Batraciens. — Cette classe est très intéressante à étudier ;iu point de vue des rapports du corps de WolfF avec les or-
Viault, g
gaiies génitaux. En effet chez ces animaux 1 epididyme, formé comme chez les vertébrés supérieurs par le corps de Wolff, se confond avec le rein, celui-ci n'étant lui-même que le corps de Wolff persistant. De même, l'uretère se confond avec le canal déférent.
Les recherches récentes de Spengel ' ont étendu à cette classe les découvertes deSemper et de Balfoursur les Plagiostoraes, et l'étude du développement a montré les mêmes organes segmentaires. Au point de vue des relations du testicule et du rein on observe des différences entre ^les Apodes, les Urodèles et les Anoures.
Chez les Apodes (Epicrium) le rein et le testicule très longs et régulièrement segmentés sont réunis par un système assez compliqué de vaisseaux efférents. Ceux-ci viennent s'ouvrir chacun dans un glomérule où le sperme est versé pour tomber dans l'uretère.
Chez les Urodèles (Salamandre, Triton). Le rein et le testicule ne sont plus segmentés, mais leurs rapports restent les mêmes et le sperme traverse la partie supérieure du rein qui est, il est vrai, très peu glandulaire et ne doit donner que peu d'urine.
Chez les Anoures, la disposition générale est encore à peu près la même, mais on observe chez VAlyles obslètricans une disposition iinportante : Le canal déférent est en effet distinct du canal excréteur du rein qui représente [le canal de Wolff. Le canal déférent doit donc être le canal de Mùller, utilisé pour l'excrétion du sperme, mais ce serait là une exception à la loi générale que le canal de Mùller ne sert à rien chez le mâle. Il s'ensuit que le canal déférent doit venir du
1. SpififttEL — Arbelten a d. Zool.-Zoot Institut in Wûrsburg, III, 1876,
dédoublement du canal de Wolff. Mais il [faut remarquer que chez tous les vertébrés où le corps de Wolff persiste comme rein définitif, son canal a avant tout le caractère de conduit urinaire, puisque, chez la femelle, son rôle exclusif
Fig. 18. — Trajet du sperme dans l'intérieur d'un glomérule du rein du Bufo cinereus. a, ampoule avec un glomérule et de nombreux spermatozoïdes ; b, canalicule afférent ; c, canalicule •fTéreot. (D'après Spengel.)
est d'excréter l'urine et, ce n'est que par suite d'une différencialion secondaire que le corps de Wolff contracte des rapports avec la glande mâle. Si la destinée d'une partie du corps de Wolff est comparable chez le mâle, dans toute la série des vertébrés, jusqu'aux plagioslomes, il n'y a pas de comparaison possible entre la destinée de cet organe chez la femelle dans les groupes des Allautoidiens et des Anallantoïdiens.