INTRODUCTION
L'Embryologie est pour l'étude det organismes vivants un vrai foyer de lumière. Son ntilité est de tous les instants et toutes nos idées sur les rapports mutuels des êtres se ressentent du degré de nos connaissances en Embryologie.
Von Baer, i8a8.
Si on a pu dire de la Chimie, de l'Anatomie générale, de l'Analomie comparée, de la Botanique et de plusieurs autres sciences, qu'elles ont été essentiellement à l'origine et qu'elles sont encore des sciences éminemment françaises, on n'en saurait dire autant de l'Embryologie. Tandis que les immortels fondateurs des sciences que je viens d'énumérer, les Lavoisier, les Bicliat, les Cuvier et les Lamarck, les Adanson et les Jussieu, et tant d'autres enfin que je pourrais ajouter, ont eu et ont encore dans noire pays, d'illustres continuateurs qui se passent de main en main, comme les coureurs de l'antiquité, le flambeau de la science sans qu'il s'éteigne
Viaiilt. 1
ni qu'il pâlisse, l'Embryologie n'a compté chez nous que bien peu d'adeptes, et nous n'avons personne à opposer aux Wolff, aux Baér, aux Rathke, pour ne parler que des morts, car les travaux de Coste, malgré leur importance considérable, ne sauraient entrer en parallèle avec ceux de Baër.
Aujourd'hui même, dans le mouvement considérable et sans cesse grandissant qui entraine tant d'esprils vers l'étude de ces phases si importantes et si longtemj)s restées mystérieuses du premier développement des animaux et de l'homme, nous n'aurions à citer en France que quelques hommes ( auxquels la science, il est vrai, doit beaucoup déjà et dont elle attend beaucoup encore), qui soient entrés dans ce mouvement. Je n'en veux pour preuve que le fait suivant dont il faut savoir faire la douloureuse constatation. Tandis que l'Allemagne compte les traités d'embryologie par douzaine, tandis qu'il y existe plusieurs journaux spéciaux pour cette science, nous n'avons aucun traité didactique sur la matière écrit par un auteur français Jusqu'à ces dernières années nous étions réduits à la traduction de l'ouvrage de Bischoff où nos père ont appris l'embryologie, et qui vieux déjà bientôt par sa date d'un demi siècle, est doublement vieux par suite des immenses conquêtes de détail qui ont été réalisées dans ce domaine depuis Bischoff. Il y a trois ans à peine qu'un traité spécial
1, Je dois mentionner cependant, l'important Résumë que M. Sappey rient d'ajouter à son Traité d'Ânatomie et qui expose les plus récentes acquisitions de l'embryologie humaine.
d'embryologie, traduit de l'anglais, est venu relever Bischoff de son long service et mettre à la portée des étudiants français les éléments d'une science rajeunie. Enfin la traduction de l'important ouvrage de Kôlliker, qui se poursuit en ce moment, fait encore de nous, une fois de plus, sous ce rapport, les tributaires de la science étrangère.
Ayant obtenu par le sort, comme sujet de thèse d'agrégation, « le corps de Wolff, » sujet exclusivement embryologique, c'est-à-dire sur lequel presque rien n'a été écrit en français, du moins récemment*, j'ai été dans la nécessité de dépouiller et de résumer un nombre considérable de travaux étrangers qui ont paru dans ces dernières années, notamment à la suite des recherches capitales de Waldeyer, sur l'ovaire et sur l'œuf. Mais le faible espace de temps qui m'était accordé n'a pu me permettre de faire autre chose que de tracer les lignes générales du sujet. J'ai dû glisser sur de nombreux points qui auraient pu, à la rigueur, s'y rattacher, tels que la formation de l'ovaire et de l'œuf et de leurs voies d'excrétion, l'oviducte et l'utérus, la formation du testicule et enfin celle du rein. J'aurais pu, en un mot, étudier le développement des organes génitaux internes mâles et femelles et celui de l'appareil urinaire. Mais qui ne comprendra, en présence des travaux considérables qui ont été accumulés sur la formation de l'ovaire, par exemple, et de l'œuf depuis les recherches de
1. J'en excepte quelques pages dans les conférences de M. le professeur Pou-» chet sur le développement des organes génito-urinaires (Annales de Gynécologie 1876), et la thèse de M. Beauregard sur le même sujet (1877).
M. Sappey, de Pflùger, de Schrôn, de Waldeyer etc., qui ne comprendra, dis-je, qu'une pareille extension donnée à mon progiamme m'eût exposé, étant données les conditions réglementaires du concours, à mal élreindre un sujet embrassant tant de parties diverses qui mériteraient chacune d'être l'objet d'une thèse?
J'ai donc, aussi exactement que possible, limité mon sujet au titre même qu'il porte, litre exclusivement anatomique qui sera ma sauvegarde et mon guide. On ne devra donc pas s'attendre à me voir retracer ici dans tous leurs détails, l'histoire de trois ou quatre organes ayant, il est vrai, quelques relations originelles plus ou moins directes avec le corps de Wolff, mais en réalité très différents de lui et très différents l'un de l'autre lorsqu'ils sont complètement développés. Je ne ferai pas comme les bons vieux auteurs qui prenaient prétexte d'un seul organe pour parler du corps humain tout entier et dont les livres tiennent beaucoup plus qu'ils n'annoncent, — celui de Wolff lui-même, par exemple qui, sous le simple titre de De formatione intestinorum, représente, ce dont on ne saurait se plaindre, un véritable traité d'Embryologie, — et je me garderai de faire du corps de Wolff « un microcosme » à propos duquel je me croirais autorisé à parler de tout et d'autre chose encore. Je ne ferai pas davantage comme les modernes et je ne remonterai pas, même en manière d'introduction et avant d'aborder l'étude que j'ai à faire, à Vœuf lui-même et aux premières phases du développement embryonnaire qui suivent immédiatement la fécondation. Après un historique nécessaire aussi court et aussi complet que possible, et où je
m'efforcerai de rendre à chacun la part qui lui revient dans le progrès de nos connaissances sur ce point, je commencerai l étude du corps de Wolff au moment où il commence luimême.
Ainsi donc, le corps de Wolff, — sa naissance, sa période d'entitr développement, sa destinée et sa fin, tel sera le cercle parfaitement limité mais encore bien vaste où se maintiendra I igoureusement cette étude que nous poursuivrons comparativement chez l'homme, chez les vertébrés supérieurs (Mammifères Oiseaux et Pieptiles) et chez les vertébrés inférieurs ^Batraciens et Poissons).
Je ne puis terminer ce préambule sans exprimer à MM. les professeurs Robin et Balbiani, pour leurs conseils, à M le D'Henneguy, à mon ami le professeur Coyne et à MM. les D" Hermann, Ficatier et Variot, pour les documents et l'aide (ju'ils m'ont fournis, mes remerciements et ma reconnaissance.