L'OREILLE COMPARÉE A L'ŒIL
complète nos impressions, par elle tout s'anime et rhomme prend part à la vie du monde extérieur, à la pensée de son semblable. La perfection môme de ces deux sens nous fait mieux apprécier l'enchaînement des fonctions et la solidarité de nos organes. La vue parle plus directement à l'intelligence, elle ouvre à la pensée un champ plus vaste, elle fait naître les idées précises de la lumière, de la forme et de Tétendue; enfin, elle permet la communication de la pensée par des signes conventionnels. L'ouïe est une condition nécessaire du langage articulé ; sans elle l'homme vit seul, l'affection, la confiance perdent leur expression la plus précieuse, l'intimité n'existe pas.
Les sensations auditives agissent sur le système nerveux avec plus de vivacité que les sensations visuelles. Le rhythme nous entraîne ou s'adapte à nos idées et à nos passions ; la musique nous jette dans un monde idéal et nous tient sous un charme indéfinissable ; en un mot, on peut dire que si la vue parle surtout à l'intelligence, l'ouïe s'adresse aux sentiments affectifs.
La vue est certainement plus nécessaire à l'homme que le sens de l'ouïe ; cependant, on remarque que les aveugles sont généralement gais et communicatifs, tandis que les sourds paraissent disposés à la tristesse. Quant à l'influence relative de ces deux sens sur le développement de l'intelligence, on sait que l'éducation des sourds est longue, mais peut être complète^ celle des aveugles est assez rapide, au contraire, mais presque toujours très-bornée ; beaucoup de notions leur sont impossibles à acquérir, et, comme le remarque Longet, rarement leur esprit devient majeur.