CONTACT. — PRESSION
tact, mais il faut distinguer la pression d'un corps sur le tégument, de la résistance que présente ce corps à l effort musculaire qui tend à le déplacer. La main étant soutenue par un support, chargez-la d'un poids, et si vous ne faites aucun effort pour l*e soulever, si les muscles demeurent dans l'inertie, vous éprouverez une sensation de pression dont l'intensité sera jugée avec plus ou moins d'exactitude; mais du moment que vous voudrez apprécier la pesanteur, la sensation deviendra complexe, et vous aurez à la fois l'idée de la pression et celle de l'effort musculaire que vous lui opposerez; une grande attention est même nécessaire pour qn'à votre insu il ne se produise pas dans les muscles de la main une contraction instinctive de résistance au poids qui les charge. On doit aussi tenir compte de l'habitude et de la force relatives des mains. Ainsi, la main droite, généralement plus exercée que la gauche, pourra être moins sensible à la pression et en apprécier moins exactement le degré.
Les régions du tégument où le tact est le plus subtil et qui distinguent le mieux les petites distances entre deux points de contact, sont, d'après M. Belfield-Lefèvre, celles qui jugGnt le mieux du degré de pression; ainsi, les lèvres, la face palmaire des doigts, la face plantaire des orteils, la peau du front seraient mieux douées à cet égard que le reste du corps. Mais le tact seul ou la pression ne peuvent donner qu'une notion peu exacte de la pesanteur; il faut, pour l'apprécier mieux, pondérer par l'eifoit musculaire le corps en expérience, et l'inégale aptitude de nos mains, à cet égard, nous est si bien connue, que nous pesons alternativement de l'une et de l'autre, pour obtenir une moyenne, l'objet dont nous
voulons évaluer le poids. On estime que la pression seule ne permet pas d'apprécier une dilférence de plus d'un huitième entre deux poids et que, par la pondération, nous pouvons apprécier un seizième.
Une autre cause iuflue sur la sensation de pression, c'est la forme des corps. Lorsqu'un objet s'applique au tégument par une petite surface, la pression paraît plus forte que si elle est répartie sur une plus grande étendue; elle peut même devenir douloureuse si elle a lieu par un point restreint, et tel poids, que nous supportons facilement sur toute la largeur de l'épaule, devient intolérable s'il ne porte que par un de ses angles. Un tronc de cône placé sur le front paraît plus lourd ou plus léger, suivant qu'il y repose par sa petite base ou parla grande. Le soldat et le voyageur savent bien qu'ils ne remplaceraient pas impunément les bretelles de leur sac par des courroies pins étroites ou par des cordes. Est-ii liesoin de dire que, le poids étant réparti sur une large surface, chacun des points de cette surface ne porte qu'une frac! ion du poids entier, dont toute la masse pose au contraire sur un espace restreint ?
Sensation de température. Nous reconnaissons au contact d'un corps si sa température est égale, inférieure ou supérieîire à celle du point de la peau qui le touche: en d'autres termes, le tact nous donne une notion de la tem[)érature relative des corps. Mais il peut se faire que la sensation change en quelques instants, car rol'jct en contact avec la peau lui abandonne on lui emjîruntc rapidement du calorique, s'il est plus (haiid ou plus froid qu'elle, et l'équilibre s'établit
SENSATION DE TEMPÉRATURE. 2'j5
bientôt quand la différence de température est peu considérable.
On comprend aussi que tel corps, sans changer de température, donnera successivement une sensation de froid on de chaleur, suivant qu'au moment du contact la surface de la peau se sera échauffée ou rei'roidie; ainsi, lorsqu'on prend un bain dans une eau plus i'roide que l'air, la température de l'air, qui semblait assez basse au moment d'entrer dans l'eau, paraît s'être élevée quand on en sort quelques minutes après. C'est à la même cause que nous devons de trouver l'atmosphère d'une cave chaude en hiver et froide en été, bien qu'elle puisse n'avoir pas varié.
La sensation est d'autant plus vive que le corps en contact avec la peau est meilleur condui teur du calorique. L'air paraît plus chaud que l'eau, à température égale et peu élevée, parce que, mojns bon conducteur du calorique, il en emprunte moins à la peau dans un temps donné. L'air en mouvement, en activant l'évaporation, cause à la surface de la peau, comme chacun sait, une déperdition de calorique très-scnsibie, aussi l'atmosphère, qui paraît très-froide quand il fait du vent, semble t-elle s'être réchauffée tout à coup lorsque le vent cesse ou qu'on se trouve abrité.
Au contraire de ce qui a lieu pour la pression, plus la surface en contact est grande et plus la sensation de température est marquée; ainsi, la main entière apprécie mieux qu'un seul doigt la température, et un corps d'une température donnée, apj)li(jué sur une large surface, donnera une sensation de chaleur plus intense qu'un corps plus chaud, mais ne touchant qu'un point restreint de la peau. On conçoit que le tégument
absorbe, dans un même temps, plus de calorique par une surface d'un décimètre carré que par une surface d'un centimètre, et l'impression transmise au cerveau représente moins la température des corps en expérience que la somme du calorique absorbé par tous les points de la surface en contact.
Lorsque l'on touche un corps à une température très-basse, la sensation est identique à celle que produit une température élevée. Le contact d'une boule de mercure gelé cause une sensation de brûlure, comme le ferait une masse de fer chauffée à 100^, et l'on sait que le mercure gèle à la température de — 40^ centigrades. Aussi les voyageurs qui explorent les régions polaires doivent-ils envelopper de tissus non conducteurs les parties métalliques de leurs instruments qu'ils ne pourraient impunément toucher à nu.
La peau et les muqueuses n'apprécient pas les différences de température avec une délicatesse égale dans toute leur surface, et les régions les plus sensibles au contact ne sont pas celles où la température se juge le mieux. La face palmaire des doigts, la langue, les lèvres sont moins impressionnables, sous ce rapport, que la peau des joues, des paupières, du coude vers l'olécrâne, et que la membrane pituitaire. Peut-être faut-il attribuer cette insensibilité relative, pour la main et la muqueuse bucale, à l'habitude du contact des corps chauds. La main s'endurcit rapidement à tenir des objets assez chauds pour causer une sensation douloureuse aux personnes qui n'en ont pas pris Thabitude. C'est ce qu'on peut observer dans les laboratoires de chimie, chez les forgerons, etc. Il n'est pas nécessaire, pour cela, que l'épiderme soit épaissi, bien que cette condition