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LE COUPS HUMAIN

spongieux qu'enveloppe une couche mince de tissu éburné. Les os longs concourent à former les membres et le thorax ; destinés à agir comme des leviers ou comme des colonnes', ils sont tordus sur leur axe ou courbés de manière à présenter la plus grande résistance possible à l'effort ou au poids qu'ils doivent supporter.

Les os plats contribuent à former les parois des cavités du crâne, de la poitrine et du bassin ; il sont plus minces vers leur milieu qu'à leurs bords et formés de deux feuilles ou tables de tissu éburné adossées et confondues sur quelques points, séparées sur d'autres par une couche de tissu spongieux.

Les os courts^ de formes très-irrégulières et difficiles à décrire, très-spongieux et relativement légers, se développent tard et lentement; ils sont disposés en groupes dans les régions où la charpente osseuse doit se prêter à des mouvements restreints et présenter une grande solidité, comme au pied, à la main et à la colonne vertébrale.

On compte cent quatre-vingt-dix-huit os dans le squelette à l'époque où son développement est complet. A la surface des os et notamment, aux extrémités des os longs, on remarque des prolongements de formes diverses destinés, soit à l'union des os entre eux, soit à l'insertion des muscles ou des ligaments. Ces prolongements sont les apophijses^ que les anatomistes distinguent par des noms empruntés à leur position, à leur usage, et souvent à des objets dont elles rappellent plu« ou moins exactement la forme.

Le corps des os longs et la partie centrale des os larges se développent avant leurs extrémités et leurs

PÉRIOSTE. — CARTILAGES. 55

bords. Les extrémités des os longs sont cartilagineuses dans le premier âge; leurs surfaces articulaires se modèlent dans un cartilage adhérent mais non continu à l'os dont il dépend; c'est Vépiphyse, qui, plus tard, s'ossifie, mais reste incomplètement unie à l'os jusque vers Tàge de vingt ans. Quelques os larges présentent aussi des épiphyses sur une partie de leurs bords.

Une membrane fibreuse, blanche, résistante dans la jeunesse, réduite à une couche mince de tissu cellulaire chez l'adulte et le vieillard, et qu'on nomme le périoste^ enveloppe les os de toutes parts, sauf dans les points où ils sont revêtus de cartilages et dans ceux où s'attachent les tendons et les ligaments. Le périoste adhère intimement aux os et leur distribue les vaisseaux ramifiés dans son épaisseur. Des observations récentes ont fait voir que le périoste est pour beaucoup dans la régénération partielle des os, à la suite de certaines opérations.

Cartilages. Au système osseux se rattachent les cartilages, formés de ce qu'on peut appeler un tissu de transition entre les substances osseuses et fibreuses. Ce tissu, homogène dans les cartilages vrais, mélangé de substance fibreuse dans les fibro-cartilages, est élastique et flexible, d'un blanc nacré ou jaunâtre. Les cartilages unissent les os entre eux dans les régions où, comme à la poitrine, la charpente osseuse doit se prêter à des mouvements d'expansion; ils fournissent un squelette flexible à certains organes, comme à l'oreille externe, au nez, aux paupières, au larynx, etc. ; enfin ils jouent un rôle important dans les articulations.

Aucune partie de l'organisme ne démontre mieux que le système osseux le travail de la nature préparant

avec soin, pendant l'enfance, les dons qu'elle doit prodiguer à Tâge adulte et retirer peu à peu à la vieillesse. Chez l'enfant, que protègent les soins maternels et dont la croissance doit être rapide, la gélatine prédomine dans les os, qui sont flexibles et n'ont qu'une résistance proportionnée aux mouvements et aux efforts du premier âge; c'est le rameau plein de séve, mais dont la partie ligneuse est à peine développée. Chez l'adolescent, Tos devient plus solide à mesure que la puissance musculaire augmente : les extrémités, d'abord cartilagineuses, se sont ossifiées ; les épiphyses se soudent au corps de l'os, et les cartilages articulaires prennent plus de consistance. Chez Tadulte, enfin, l'os est complet: il peut résister aux efforts musculaires de l'âge viril et fonctionner comme toutes les parties de l'organisme arrivées à leur parfait développement. Mais la vieillesse est venue, les forces décroissent et la nutrition se ralentit; les os deviennent alors plus denses et leur résistance diminue, le canal médullaire s'élargit, la proportion des sels calcaires augmente dans la substance osseuse, plus dure alors, mais aussi plus cassante, et, comme tout s'enchaîne dans les phénomènes de la vie, chez l'enfant les os fracturés se consolident en peu de temps; chez l'adulte la guérison est plus longue, mais généralement facile et complète; chez le vieillard la réunion des fragments et leur consolidation ne s'opèrent qu'avec lenteur ou même ne peuvent s'obtenir. Le rameau délicat, devenu plus tard une branche vigoureuse, n'est plus qu'un bois desséché presque entièrement et que doit atteindre une décomposition prochaine.

Articulations, Les os sont unis entre eux par leurs extrémités ou par leurs bords, de manière à permettre

AUTIGULATIONS.

aux pièces du squelette et aux différentes parties du corps des mouvements plus ou moins étendus. Assemblés par une sorte d'engrenage, par la pénétration d'une saillie dans une cavité appropriée, ou seulement par juxtaposition, ils sont maintenus en rapport soit par l'engagement réciproque des saillies, soit par des enveloppes, capsules articulaires , et des ligaments d'une nature constante, mais de forme et de disposition différentes suivant les mouvements qu'ils doivent permettre et assurer.

Cet assemblage, cette connexion des os sont ce qu'on nomme les articulations. Elles sont classées suivant la forme des surfaces articulaires et suivant l'étendue et la variété des mouvements qui s'y produisent. Au crâne, les os s'articulent par engagement réciproque des dentelures de leurs bords, c'est ce qu'on nomme les sutures du crâne ; elles s'ossifient avec l'âge et on peut les considérer comme des articulations temporaires ou plutôt comme une transition entre la séparation des os du crâne et leur unification. Les autres articulations, au contraire, sont permanentes et destinées à laisser aux os qu'elles unissent une mobilité qui dure autant que la vie.

Dans quelques-unes, les surfaces articulaires sont presque planes, d'autres présentent des saillies et des dépressions qui se correspondent : tantôt c'est un segment de spbéroïde sur lequel se moule la cavité qui le reçoit, tantôt un cylindre qui tourne sur son axe dans un anneau, ou une gorge de poulie autour de laquelle glisse une apophyse, ou une mortaise dans laquelle s'emboîte un tenon.

Là, comme dans toutes les œuvres de la nature, on

admire son inépuisable variété de forme et de mécanisme. Sans doute il existe entre certaines articulations des analogies qui permettent de les rapprocher dans une même classe ; mais toutes sont distinctes, comme les os qu'elles réunissent, et présentent comme eux des caractères différentiels. Considérées isolément , elles n'étonnent pas moins par la multiplicité des détails de leur mécanisme, qu'on étudie les plus complexes, ou celles dont les surfaces articulaires ont le relief le moins accidenté. En effet, on ne rencontre sur aucun point de ces surfaces un plan parfait, et les saillies, comme les dépressions^ y forment les courbes les plus capricieuses. Ces détails du relief général ne se rapportent d'ailleurs à aucune forme géométrique précise ; ce ne sont ni des cubes ou des sphères, ni des cylindres, des cônes ou des pyramides, quoique le langage anatomique leur applique ces dénominations ; c'est un assemblage, dans la même apophyse ou la môme cavité, de surfaces courbes empruntées aux solides les plus dissemblables, réunies sous les angles les plus variés et modelées en sinuosités qui échappent à la description géométrique.

A ces caractères distinctil's les articulations en réunissent d'autres qui leur sont communs. On trouve dans toutes les articulations mobiles des cartilages qui revêtent les parties osseuses; toutes ont pour moyen d'union des ligaments spéciaux et sont tapissées d'une membrane synoviale dont nous indiquerons plus loin les fonctions.

Le poli des cartilages articulaires facilite le glissement et rend plus doux le frottement des extrémités osseuses, en même temps que leur élasticité diminue la

MEMBRANES SYNOVIALES. — LIGAMENT S. 59

pression et amortit les cliocs qui ont lieu dans l'articulation ; aussi l'épaisseur de ces cartilages est d'autant plus grande que les surfaces articulaires sont plus mobiles ou soumises à une pression plus considérable, et c'est au centre des parties convexes et sur les bords des cavités que le cartilage est le plus épais. Les cartilages articulaires ne s'ossifient jamais, différant en cela de ceux qui, comme au thorax, établissent la continuité des os et jouent le rôle d'os flexibles. Ces derniers sont les cartilafjes d'ossification; les autres, d'une organisation différente et ne recevant pas de vaisseaux, ont été comparés à l'émail des dents; ils sont, en effet, comme cet émail et d'autres productions analogues, composés d'une substance presque inorganique, et les lésions mécaniques sont les seules qu'ils y aient à redouter.

Partout où, dans l'économie, des surfaces se meuvent les unes sur les autres, elles sont tapissées de membranes qui sécrètent un liquide dont les qualités diffèrent selon qu'il y a simple glissement ou frottement des organes. A l'intérieur des articulations, les membranes désignées sous le nom de synoviales sécrètent un liquide nomiué synovie, parce que ses caractères physiques rappellent ceux du blanc d'œuf. La synovie est pour les articulations ce que l'huile est aux rouages d'une machine : incessamment versée entre les surfaces, elle les lubrifie et rend encore plus doux les frottements déjà si faciles, grâce au poli des cartilages ; elle entretient de plus la souplesse et l'élasticité de ces derniers, qui, s'ils n'étaient plus arrosés de ce liquide onctueux, s'useraient bientôt et rendraient les mouvements impossibles. C'est ce que l'on voit ar-

river dans certaines maladies et quelquefois dans l'âge avancé.

Nous avons dit que les articulations avaient pour moyen d'union des ligamenls. On nomme ainsi des faisceaux ou des membranes composés de tissu fibreux, flexibles et inextensibles. Les ligaments qui se présentent sous forme de faisceaux ou de bandelettes sont tantôt parallèles, tantôt entre-croisés et placés soit entre les surfaces articulaires, soit à leur pourtour. Dans ce dernier cas, leur face interne est tapissée d'une membrane synoviale intimement adhérente. Les ligaments s'attachent aux os, plus ou moins loin du cartilage articulaire, et leur adhérence est tellement forte, qu'il est plus facile de rompre l'os ou le ligament que d'arracher ce dernier du point où il est implanté. Les ligamenls de forme membraneuse [ligaments capsulaires ou capsules fibreuses) sont comme des manchons dont les deux ouvertures adhèrent aux os qu'ils unissent. On considère aussi comme des ligaments les bourrelets fibreux qui couronnent le pourtour de certaines cavités articulaires, en augmentent la profondeur et donnent une plus grande solidité à leurs bords, sur lesquels l'extrémité osseuse, qui y est reçue, exerce une pression considérable.

Tel est l'ensemble des appareils que comprennent les articulations. Les machines les plus parfaites que l'homme ait pu construire ne sauraient se comparer pour la délicatesse, la précision et la variété de leurs organes et de leurs mouvements, au mécanisme admirable dont nous venons de donner une idée sommaire. Même dans leurs parties les plus compliquées, les machines inventées par l'homme n'offrent rien que de

LIGAME.NTS CAPSULAIKES. 41

simple et d'une précision mathématique impossible à méconnaître, car toutes les surfaces y sont conçues et tracées géométriquement. Dans les articulations, au contraire, tout semble vague, incertain comme lignes ou comme surfaces, et quand on examine une extrémité

Fig. 13. — Articulation du coude.

A Humérus. — B Cubitus. — C Radius.

articulaire, par exemple l'extrémité inférieure de l'humérus, on serait tenté de croire, au premier abord, que ces saillies et ces dépressions non symétriques, ces gorges de poulie incomplètes et cet ensemble indéfinissable dans son irrégularité, appartiennent à une œuvre déformée ou modelée au hasard, par un esprit peu lucide ; mais en voyant fonctionner l'ar ticulation du coude, mise à découvert par l'anatomiste, on reconnaît que c'est à l'irrégularité même des extrémités os-

l.E CORPS HUMAIN.

seiises, à la multiplicité de leurs détails, à l'absence de symétrie, à 1 étendue plus ou moins limitée de leurs surfaces articulaires, qu'est due la variété des mouvements, et l'on ne peut assez admirer cet ensemble si complexe, mais si justement calculé pour donner aux mouvements de Tavant-bras la précision, la solidité, la rapidité la plus grande, et pour combiner ces mouvements avec ceux du bras et de la main.

De même, si des articulations les plus mobiles on passe à celles dont les mouvements sont nuls ou trèslimités, la parfaite coaptation des surfaces, leurs puissants moyens d'union, la solidarité des os dans les mouvements soit qu'ils y prennent part , soit qu'ils servent de points d'appui, tout parait, à l'égard de la fonction, d'une grande simplicité, quoique l'ensemble comme les détails présentent l'application la plus délicate des lois de la mécanique et de la statique. Ajoutons qu'ici, comme partout dans l'étude des œuvres de la nature, on voit les organes se développer et se perfectionner de l'état embryonnaire à l'état parfait, dans l'exercice et sous l'influence de leurs fondions mêmes. Mais, en dehors de ce que la vie ajoute d'inimitable aux créations naturelles, même en les considérant comme inorganiques, le mécanisme des articulations laisse bien loin tout ce que l'art et la science ont produit de plus ingénieux.

La distance nous paraîtra plus grande encore lorsque, au lieu de combinaisons de surfaces et de leurs moyens d'union, nous étudierons raction des muscles et les transformations qui s'opèrent incessamment dans les organes de la digestion et de la respiration. En dévoilant à riiomme une partie de ces mystères, les pro-

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