PARTIE II. — FONCTIONS DE NUTRITION. 9S
en est d'autres qui s'y rencontrent accidentellement. Ainsi, la présence de nitrate ou de prussiate de potasse dans le sang a été constatée, quelque temps après le passage de ces matières dans l'estomac. Le principe colorant de la rhubarbe, le principe odorant du camphre et autres substances se retrouvent dans le sang, après avoir été introduits dans les voies digestives.
11 y a des différences entre le sang artériel et le sang veineux : ainsi l'artériel contient moins d'eau, plus de globules, plus d'hématosine ; il est d'une couleur écarlate; enfin, il renferme un peu plus de fibrine et moins d'albumine. Le sang veineux offre des qualités contraires ; de plus, sa couleur est d'un rouge foncé; la proportion d'acide carbonique, dans le sang veineux, comparée à la proportion d'oxygène, est relativement plus considérable que dans le sang artériel.
Le sang artériel^ qui, comme nous le verrons bientôt, doit sa teinte vermeille à l'oxygène qu'il a pris dans les poumons et qu'il entraîne à l'état de dissolution, redevient d'un rouge foncé noir en traversant les capillaires du corps, par suite du mélange qui s'établit entre lui et la matière organisée, mélange qui fait vivre les organes, mais qui rend le sang incapable de servir longtemps à l'entretien de la vie. Il revient des organes plus chargé d'acide carbonique, et ne reprend ses qualités vivifiantes qu'en repassant à l'état vermeil dans les poumons, où il s'empare d'une nouvelle quantité d'oxygène et abandonne de l'acide carbonique. Comme, ainsi qu'on le verra plus loin, il parcourt le corps en quelques minutes, ce temps suffit pour que chacune de ses portions perde et recouvre des facultés vivifiantes.
Pour apprécier toute l'importance du rôle que remplit le sang dans le corps d'un animal vivant, il suffit de le saigner et d'observer les phénomènes qui suivent l'opération. Lorsque l'écoulement du sang a continué pendant un certain temps, l'animal tombe en syncope ; si Ton n'arrête pas l'hémorrhagie, toute espèce de mouvement cesse en quelques instants, la respiration s'arrête, et la vie ne se manifeste plus par aucun signe extérieur. Si on laisse l'animal dans cet état, la mort ne
tarde pas à arriver. Mais si Ton parvient à injecter dans ses veines du sang semblable à celui qu'il a perdu, on voit avec étonnement cette espèce de cadavre revenir à la ^ie. A mesure qu'on introduit de nouvelles quantités de sang dans ses vaisseaux, il se ranime de plus en plus, et bientôt il respire librement, se meut avec facilité, reprend ses allures habituelles et se rétablit complètement.
Cette opération, que Ton désigne sous le nom de transfusion, est certes une des plus remarquables que Ton ait jamais faites ; elle peut aussi prouver l'importance de l'action des globules du sang sur les organes vivants. En effet, si, pour la transfusion, l'on emploie du sang réduit à son sérum et qu'on a privé de ses globules, la mort n'en arrive pas moins, et l'on ne produit pas plus d'effet que si l'on s'était servi d'eau pure.
Dès que Guill. Harvey eut découvert la circulation du sang, Christophe Wren conçut l'étrange idée de substituer, chez l'homme, à un sang vicié celui d'un animal jeune, ou mieux encore d'un enfant ou d'un adolescent.
Lower, Clarke, Riva. Manfredi, King, ressayèrent sur les animaux, Denis, le premier (1666), la tenta sur l'homme. — Combattue par Lamartinière et Perrault, elle fut proscrite par un arrêt de la cour de Rome et, en 1675, par un arrêt du Parlement de Paris. On avait compté sur la transfusion pour guérir les maux les plus invétérés et, réalisant, en espérance, la fontaine fabuleuse de Jouvence, on ne se promettait rien moins que de rajeunir les vieillards, par le sang des jeunes hommes, et de perpétuer ainsi la durée de la vie... Toutes ces brillantes chimères ne tardèrent pas à s'évanouir.
On démontre l'influence du sang sur la nutrition des organes, en diminuant, par des moyens mécaniques, d'une manière notable et permanente, la quantité de sang que reçoit un organe; on le voit alors diminuer de grosseur, se flétrir et souvent même se réduire à rien. On observe également que plus une partie du corps fonctionne et reçoit de sang, plus aussi son volume s'accroît. La contraction musculaire développe en excès les membres ou les régions du corps dans