‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 262 sur 265 · PARTIE m. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONCLUSION

L*aîr de la caisse ébranlé doit communiquer les vibrations à la partie interne de la cavité, à la membrane de sa fenêtre ronde, à l'étrier et, par cet osselet, à la membrane de la fenêtre ovale, à la trompe d'Eustache, aux cellules mastoïdiennes, à celleâ du rocher et à l'air qu'elles renferment. La paroi interne de la caisse et les membranes de ses fenêtres ronde et ovale, ébranlées, doivent, à leur tour, agiter la périlymphe qui remplit le labyrinthe; qui est la division la plus reculée de l'organe de l'ouïe. Enfin les vibrations sonores sont perçues par la pulpe nerveuse des nerfs acoustiques, et c'est par ces nerfs que les sensations auditives sont transmises au cerveau.

CONCLUSION

Me voici arrivé au terme de l'étude que je me suis proposée dans cet ouvrage : V Histoire de la structure de la physiologie de l'homme. Mon travail a dû se borner à la description des organes et des divers phénomènes auxquels ils servent d'instruments.

Devrais-je, maintenant, chercher à comprendre l'enchaînement de l'âme et du corps, l'alliance de l'être moral avec l'être organique? Devrais-je^ en partant de l'étude de la matière, essayer de remonter jusqu'aux sources de l'intelligence? Beaucoup trop d'écrivains l'ont malheureusement tenté, en attribuant aux organes une puissance que l'expérience ne pouvait pas découvrir, et en faisant considérer le moral comme une suite et une dépendance du physique. C'était méconnaître que le physique et le moral de l'homme sont aussi distincts l'un de l'autre, que les lois de l'organisation, matérielle et aveugle, sont différentes des lois de l'esprit, intelligent et libre -, vérité exprimée d'une façon si éclatante dans ces belles paroles de Leibnitz : Quod est in corpore fatum in animo est vrovidenfia.

Grâce au progrès des esprits et à la marche des éludes phi-

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losopliiques, on n'a guère plus à s'inquiéter aujourd'hui des systèmes qui s appuyaient sur des démonstrations physiologiques pour expliquer les faits du sens intime et les opérations de râme humaine.

Le temps est loin de nous^ où, pour donner, disait-il, une idée juste de la nature et du principe de l'intelligence, Cabanis expliquait que c'est un viscère, le cerveau, qui digère les sensations et sécrète les idées. Là philosophie peut, aujourd'hui, se refuser à relever les écrits dans lesquels le matérialisme cherche à montrer comment l'homme éprouve la sensation, comment la sensation devient le sentiment du moi, comment enfin elle se modifie par la réflexion et se transforme en idée. La raison humaine n'a plus à subir l'humiliante discussion de pareilles doctrines, elle en a fini pour toujours de cette psychologie brutale qui voulait expliquer la mystérieuse action de la conscience par le mécanisme grossier des sensations.

« La docirine de Cabanis, dit le savant physiologiste Bé- « rard, dans sa Doctrine des rapports du physique et du morale « suppose une ignorance absolue de la métaphysique et de « l'observation de l'esprit ; elle déshonore la raison humaine « dans l'état actuel de son perfectionnement.

« Le mécanisme des sensations ne peut expliquer les actions « de Fintelligence, disait Euler : la liaison que le Créateur a « établie entre notre âme et notre cerveau est un si grand « mystère, que nous n'en connaissons autre chose, sinon que « certaines impressions, faites dans le cerveau, où est le siège

de l'âme, excitent en elle certaines idées ou sensations ; « mais le comment de celte influence nous est absolument « inconnu. »

li faut le reconnaître^ Descartes est le premier de tous les métaphysiciens qui ait nettement posé la ligne de démarcation qui sépare l'intelligence de la matière.

Selon ce grand philosophe, le sens intime est le seul moyen à' évidence immédiate pour l'homme. Or, le sens intime ne fournissant à l'homme que le sentiment de la pensée, c'est la pensée qui constitue essentiellement l'homme ou le moi^ et ce sentiment se confond enlui avec le sentiment de l'existence

CONCLUSION

personnelle. Je pense, donc j'existe, est la célèbre formule de cette doctrine élevée qui n'admet comme certain que l'existence môme du moi, laquelle se révèle continuellement et nécessairementà laconscience, commeconfondueaveclapensée.

Ainsi, nous avons en notre être deux natures distinctes : la substance pensante, qui forme le moi, et la substance étendue, qui, quoique extérieure au moi, agit incessamment sur lui. La pensée est l'essence de la première, Y étendue est l'essence de la seconde. D'où il résulte que, de même que la matière est toujours étendue, l'âme humaine pense aussi toujours.

Voilà donc le double domaine de deux substances qui appartiennent à l'homme nettement tracé et rigoureusement circonscrit par Descartes. Tout ce qui est la 'pensée appartient à la substance spirituelle, et tout ce qui n'est pas la pensée appartient à la substance étendue. Ainsi, toutes les fonctions organiques et vitales, à la suite desquelles l'âme seule est affectée de plaisir ou de douleur et perçoit dans son cerveau, ou au dehors, certaines images ou représentations, doivent être atribuées exclusivement à la substance étendue ou au corps, et, à ce titre, restent dans le domaine des lois ordinaires de la physique.

Et comme il n'y a certainement aucune ressemblance intelligible entre les sensations, les affections, les perceptions de l'âme, lesquelles sont autant de modes de la pensée, et les mouvements de fibres, de fluides, de courants nerveux qui constituent proprement les fonctions organiques et vitales ; il faut nécessairement en conclure qu'il n'existe aucun passage de l'un à l'autre de ces deux ordres de faits, et que, en aucun cas, ils ne peuvent ni être produits ni être expliqués réciproquement les uns par les autres.

Eq conséquence. Descartes ne tente aucune explication de cette nature. Pour y recourir, il faudrait, suivant lui, commencer par expliquer l'union des deux substances qui nous appartiennent; et, si nous savions ce grand secret, qui n'est autre que celui delà Création, nous saurions tout, dit Descartes lui même.

Ce grand philosophe se borne donc à dire, qu'à l'occasion

de certaines impressions matérielles, reçues par les organes internes ou externes, l'âme éprouve des sensations, des afTectir)ns,perçoit certaines images ; et, réciproquement, qu'à Toccasion de certaines pensées, sentiments et vouloirs de l'âme, le corps organisé exécute divers mouvements coordonnés, consécutifs à ces pensées et à ces vouloirs. Mais il n'admet aucune action réelle d'une des substances sur l'autre. Ce sont deux séries de faits distincts, des lois qui semblent se copier et se traduire dans deux langues différentes, sans qu'il y ait jamais entre l une et l'autre aucune liaison de cause à effet.

Dans la réalité, il n'existe quune seule cause efficiente productive, et cette cause unique est Dieu qui^ ayant créé tous les êtres, peut seul les modifier, les changer, ou les conserver dans leur premier état. Tous les êtres créés sont passifs, et l'âme humaine ne fait exception à cette règle ni quant aux forces de son être, ni quant aux idées ou notions innées que la main du Créateur a gravées en elle.

Il sut de là que les animaux ne doivent être considérés que comme des machines construites sur le plan général de l'organisation, et soumises à des lois semblables à celles qui régissentle corps humain lui-môme, c'est-à-dire aux lois de la mécanique ordinaire appliquéesà lastructure des corps organisés. Il serait au moins inutile d'attribuer une âme aux animaux, puisque toutes les fonctions organiques et sensitives, toutes les impressions, tendances, appétits qu'on observe en eux, peuvent s'expliquer et s'expliquent en effet chez eux, comme chez l'homme, par l'étendue et le mouvement.

Il suit encore de là que le véritable but du philosophe ne doit point être de chercher à expliquer les mouvements du corps par les lois de l'esprit, ni, réciproquement, les faits de l'esprit par les lois de l'organisation; mais uniquement d'expliquer les fonctions et mouvements du corps vivant par les lois connues de la mécanique ordinaire. Suivre la première de ces deux marches, c'estvouloir combler un abîme ; suivre la seconde, c'est procéder d'une manière conforme à la raison. La dernière conséquence qui résulte de ce système, c'est que la raison se refuse à croire et à prouver que les faits de l'âme

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puissent avoir leur cause efficiente ou leur cause principe dans les fonctions du corps organisé vivant. Quoi qu'on fasse, les phénomènes naturels ne changent point au gré de nos systèmes ; ils restent ce qu'ils sont. Chaque homme qui descend en soi-même apprend avec une certitude infaillible que les faits et les lois du corps ne sont pas les lois et les faits de l'esprit; sur ce points sa persuasion est impérieuse, irrésistible, et aucune science humaine ne peut renverser l'éternelle barrière que la nature elle-même a élevée entre les deux forces qui constituent l'homme tout entier.

L'homme n'est point une intelligence servie par des organes, comme l'a dit un écrivain célèbre ; et il n'est pas davantage une organisation servie par une intelligence, commele voudraient certains philosophes modernes. Il y a dans l'homme une intelligence et des organes ; parmi ces organes, les uns, instruments de la perception et des mouvements, servent en effet l'intelligence; tandis que les autres, agents de pure sensation et de vie simple, non-seulement ne la servent pas, mais, placés par le Créateur hors de la sphère d'activité de la personne ou du moi, ils entraînent et subjuguent quelquefois la volonté, sans lui obéir jamais .

Les anciens n'étaient-ils pas plus près de la vérité, ou, du moins, ne s'étaient-ils pas placés dans une direction plus méthodique, lorsque, après avoir embrassé le système général des facultés humaines, c'est-à-dire des facultés diverses de l'être organisé vivant, sentant et pensant, ils voulurent déterminer avec quelque précision les trois rapports enssentiellement distincts sous lesquels ils considéraient cette sorte de trinité d'existence, et employèrent à cet effet les noms d'dme végétative, d'âme sensitive, et à! âme raisonnable, unies ensemble dans l'homme, et formant les trois principes de vie ou d'opération qu'ils reconnaissaient en lui ?

Déjà les physiologistes modernes ont été amenés, par un examen plus approfondi des phénomènes de la vie, à distinguer dans l'homme deux ordres de faits : les uns propres à la vie animale ou vie de relation; et les autres appartenant exclusivement à la vie interiei i ou y\Q organique , Les premiers

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sont tous placés dans le domaine de la sensibilité animale et de la contractilité organique [sensible de Bichat ; les seconds YÎennent se ranger sous les lois de la sensibilité organique et de la contractilité organique insensible du même auteur. Ce qui caractérise essenliellement ces derniers, c'est qu'ils sont absolument étrangers au moi^ lequel n'en a point la conscience et n'exerce aucune action directe sur eux ; et ce qui fait au contraire le caractère propre des premiers, c'est qu'une partie d'entre eux est soumise aux vouloirs du moi, et qu'il a la conscience de tous. Que si on reconnaît, en outre, un troisième ordre de faits, dont l'existence n'est pas moins incontestable que celle des deux premiers, on sera forcé d'admettre les trois principes que les anciens avaient établis, et qu'ils désignaient par les expressions métaphysiques à' âme végétative, d'ame sensitive et d'ame raisonnable.

C'est en soumettant la physiologie à un tel ordre d'idées, que Bossuet lui donna le caractère de grandeur que son génie imprimait à tous ses travaux. Dans le livre admirable dont nous avons citéquelques passages, au commencement de cet ouvrage, et qui n'est pas assez connu de la plupart des savants de notre époque, ce grand philosophe a contemplé avec émotion les rapports de l'âme et du corps, et s'est livré, avec une entière sécurité, à l'étude des merveilles de l'organisation humaine, parce qu'il savait d'avance qu'il ne serait jamais tenté d'expliquer par elle les mystères de l'intelligence.

Nous l'avons déjà fait remarquer : de nos jours, les sciences, en changeant de face, n'ont rien perdu de ce qu'elles avaient de propre à nous élever à Dieu. « La nécessité de cette Vérité Suprême qui a précédé et formé le monde, a dit M. Villemain, éclate d'autant plus que la lumière des sciences est plus grande. » Dès qu'elles sont soutenues parla pensée du Créateur, les sciences marchent, en effet, avec confiance dans l'étude des phénomènes de l'Univers, et leurs progrès mêmes sont d'autant plus sûrs, qu'elles n'ont point à craindre de tomber dans des erreurs matérielles et d'aller se perdre dans des profondeurs sans fin.

La physiologie serait donc une science vaine si elle ne com-

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mençait pas par admettre un Dieu et une âme. Elle peut, à force de travaux, parvenir à connaître la structure physique de rhomme ; mais elle ne peut, d'elle-même et par la simple étude de la matière, s'élever jusqu'à son esprit; elle roule éternellement dans le cercle des causes secondes, la cause réelle lui échappe.

11 faut donc en venir à Diëu, qui est la raison primitive de tout ce qui est et de tout ce qui se comprend dans l'univers. C'est de ce point qu'il faut partir, c'est à ce point qu'on est ramené; et toute physiologie qui croirait se suffire à ellemême bâtirait des théories et creuserait des abîmes sans pouvoir jamais toucher le terme des difficultés qui déconcerteraient ses recherches.

Saint Bernard avait parfaitement compris ce qu'il y a de puissance et d'élévation dans les recherches scientifiques qui ont l'homme pour objet, lorsque, dans un mouvement d'indignation philosophique, il s'adressait, en ces termes, aux sceptiques de son temps : Si te nescieris, ens similis œdificanti sine fandamento, ruinam, non structuram^ faciens.

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