BEAUTÉ DE LA FORME HUMAINE
mais qu'importe, il se sent au-dessus de ces êtres plus forts et mieux armés que lui. Il sait éviter leurs atteintes et triompher de leur force brutale; il les contraint à le servir et dispose de leur vie et de leurs dépouilles en obéissant, non à un instinct aveugle, mais à la voix de la raison. S'il se croit le premier parmi les hôtes de sa planète, ce n'est pas sa vanité qui le lui persuade, c'est son intelligence qui le lui démontre et lui donne le droit de traiter en maître les autres créatures.
Nous admirons le port majestueux d'un arbre, l'éléj gance d'une fleur, le plumage et le vol d'un oiseau, la démarche puissante d'un grand mammifère ; mais rien dans la nature ne nous impressionne autant que la forme humaine. Ce n'est pas par une sympathie instinctive pour les êtres de notre espèce que nous les trouvons plus beaux, ce n'est pas non plus au penchant d'un sexe pour l'autre qu'est dû le jugement que nous portons de la beauté ; cette sympathie, ce penchant sont communs à la plupart des animaux supérieurs, mais l'homme seul possède le sentiment du beau, il n'appartient qu'à lui de distinguer la forme normale de la difformité, d'apprécier le développement de l'intelligence chez les individus comme dans les espèces, et celte faculté lui donne le droit de se placer au premier rang parmi les êtres animés.
Les arts plastiques reçoivent de la forme humaine leurs inspirations les plus élevées, et c'est aux efforts des peintres et des statuaires pour la reproduire dans sa perfection que nous devons les trésors de nos musées. On dit souvent de ces chefs-d'œuvre qu'ils sont l idéal de la beauté, mais il ne faut pas entendre par là quelque chose de supérieur à la nature même. L'ar-