‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 9 sur 265 · J LE CORPS HUMAIN · texte numérisé non relu

J LE CORPS HUMAIN

liste peut apprécier la beauté relative des modèles qui s'offrent à ses yeux, mais en cessant de suivre la nature, en voulant lui devenir supérieur, il ne pourrait enfanter qu'un produit imaginaire, une monstruosité. L'anatomie doit être sa première étude ; s'il oublie ses préceptes, il devient incorrect comme le musicien qui manquerait aux lois de l'harmonie. L'idéal n'est donc |ias une forme plus parfaite, c'est la perfection même de la forme naturelle que l'artiste s'efforce d'atteindre, soit en s'inspirant d'un modèle unique, soit en réunissant dans une seule figure les détails qu'il emprunte à différents individus. Loin de chercher à faire mieux que la nature, il sent que sa main est impuissante à rendre complètement l'impression que reçoit son œil exercé.

Dans certaines limites, il peut cependant exagérer ou atténuer tel détail de forme, et cela sans cesser d'imiter la nature qui lui montre à préciser ainsi le caractère et la physionomie. Le peintre et même le statuaire s'attribuent donc avec raison une certaine latitude dans la ligne et les proportions; - ce sont des licences poétiques, analogues à celles qui permette-nt au musicien d'obtenir de grands effets en passant par la dissonance. Aussi, dans les questions de ce genre, la critique nous semble-t-elle devoir procéder avec beaucoup de réserve. On ne saurait contester à l'anatomiste le droit de signaler une incorrection, et l'artiste doit être averti que le génie seul peut s'en permettre de semblables : mais, dût-on admettre comme toujours fondées les critiques adressées à la peinture ou à la sculpture au nom des sciences naturelles, qui pourrait, en présence d'un chef-d'œuvre, s'arrêter obstinément à une faute de détail ?

Fig. 10. — Vénus de Milo.

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