‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 84 sur 265 · ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

ACCOMMODATION

l'image ne peut être nette sur la rétine que quand le sommet des cônes formés par les rayons lumineux réfractés correspond exactement à cette membrane, c'està-dire quand la rétine est au foyer. En outre, la vue distincte d'un objet à travers une carie percée, c'est-àdire à travers une pupille artificielle immobile, semble prouver que les mouvements de la pupille ne sont pas nécessaires à Taccommodation.

La troisième expérience montre aussi que pour voir une image unique, il faut que la rétine se trouve au foyer. Dans ce cas, en effet, les rayons partis de l'objet extérieur convergent et se rencontrent sur les mêmes divisions de la mosaïque rétinienne, d'où la sensation unique; si l'œil se rapproche ou s'éloigne, les rayons arrivent à la rétine, soit avant leur convergence effectuée, soit lorsque, après avoir convergé, ils se croisent et divergent au delà du foyer, de manière à rencontrer dans l'un ou l'autre cas des divisions rétiniennes différentes, d'où la sensation double.

L'accommodation de l'œil semble donc incontestable, malgré le désaccord des savants sur son mécanisme. Un peu d'attention suffit pour reconnaître l'effort qui l'accompagne et qui devient plus difficile et plus lent dans son résultat, quand l'adaptation s'est prolongée sans variation pour une distance minime, comme lorsqu'on a longtemps observé au microscope. Alors, en effet, l'œil perd quelquefois pour plusieurs heures la faculté de s'adapter à une grande distance, il devient myope pour un certain temps. Les personnes qui se servent très-fréquemment d'un de leurs yeux pour un travail à la loupe, comme les horlogers ou les graveurs, sont ordinairement myopes de cet œil, et cette influence

de raccommodation de Toeil à de faibles distances est très-marquée chez les enfants qui prennent l'habitude de regarder les objets de près. Aussi la myopie est-elle plus fréquente chez les habitants des villes que chez ceux des campagnes. Les marins, les montagnards, les populations des déserts ont généralement une Yue très-longue, et l'habitude de regarder à de grandes distances ne peut que développer chez eux cette . faculté. I

Myopie, iweshytïe, La portée de la vue chez Thomme qui écrit ou qui lit est, à Tétat normal , d'environ 0*^,50 à 0"',35; le myope est obligé, pour distinguer les caractères, de tenir ses yeux à une distance moins grande, le presbyte les éloigne davantage; mais pour celui-ci la distance de la vision distincte ne dépasse guère 0"\70 à 0™,80 , c'est-à-dire le double de celle que l'on peut considérer comme normale ; chez le myope, au contraire, cette distance peut varier de 0'",25 à 0"",!. Ces états de la vue résultent l'un et l'autre de modifications, en sens inverse, des milieux de l'œil. Chez le myope, la cornée ou le cristallin sont plus convexes; chez le presbyte, ils le sont moins qu'à Pétat normal. Le foyer tend donc à se placer, chez le myope, en avant de la rétine, pour les objets qui, n'étant pas très-près de l'œil, lui envoient des rayons peu divergents; chez le presbyte, au contraire, une réfraction moins forte, en raison de l'aplatissement de la cornée ou du cristallin, tend à placer en arrière de la rétine le foyer, c'est-à-dire le point de convergence des rayons partis d'objets rapprochés. La faculté d'accommodation est assez bornée chez le myope comme chez

MYOPIE. — PRESBYTIE. 223

le presbyte, elle est nécessairement presque nulle dans la myopie très-intense.

Pour remédier à ces modifications de l'œil, le myope doit faire usage de lunettes à verres biconcaves qui augmentent la divergence des rayons proportionnellement à l'intensité de la réfraction par les milieux de l'œil ; le presbyte porte des verres biconvexes qui produisent l'effet opposé.

Il n'est pas Irès-rare de rencontrer des personnes qui, ne lisant ou n'écrivant que de très-près, distinguent pourtant comme avec la meilleure vue les objets éloignés. Dans ce cas, un seul œil est atteint de myopie, l'autre est normal. L'inégalité des deux yeux, à un faible degré, est d'ailleurs fort commune et souvent inaperçue. De là vient, sans doute, que beaucoup de personnes se servent principalement d'un œil, même dans la vision avec les deux yeux, sans en avoir conscience; en tout cas, Tinégalité d'aptitude, cause ou effet de ce fonctionnement exclusif, ne peut qu'en être augmentée.

La myopie, même peu intense, est une infirmité dont on souffre toute la vie; elle peut s'aggraver par l'usage de lunettes trop fortes et, comme nous l'avons dit, par l'emploi du microscope. La presbytie, au contraire, ne se fait guère sentir avant l'âge de quarante ans et ne se développe que chez les personnes dont la vue est bonne. C'est, comme le mot l'indique, un signe de la marche des années ; il ne faut qu'un peu de philosophie pour s'y résigner et pour porter les lunettes de presbyte, inutiles à la jeunesse.

Achromalisme, Dans la vision ordinaire, les objets

nous apparaissent avec leurs couleurs nettement tranchées et non entourés de ces franges irisées qui résultent de la décomposition de la lumière. Il semble donc que l'œil soit achromatique. Cependant les expériences d'Arago, de Frauenhofer et d'autres savants ont prouvé qu'il n'est pas doué d'une manière absolue de cette propriété, mais ce n'est qu'en se mettant dans des conditions de vision anormale qu'on peut s'en apercevoir. Si, par exemple, regardant un objet, on adapte l'œil pour un point imaginaire situé plus près ou plus loin, en même temps que l'image devient moins distincte, ses bords nous semblent irisés. Un corps placé près de la cornée, de manière à masquer une partie de la pupille, produit le même effet.

Fig. il.

a a Globes oculaires. au delà du point de con-

b b, b' b' Objets placés en deçà ou vergence.

c Point de convergence.

Vue simple ou double avec les deux yeux. Quoiqu'il se produise dans chaque œil séparément une image de! l'objet que nous regardons, cet objet nous apparaîtj simple dans les conditions normales de la vue, c'est-àdire lorsqu'il est placé au point de convergence des axes j optiques ; mais si la direction d'un des axes est chan-

VUE SIMPLE bu DOUBLE. 225

gée, si, par exemple, on presse légèrement du bout du doigt l'angle externe de Tun des yeux, l'objet paraît double et les deux images s'écartent d'autant plus que la pression, devenant plus forte, change davantage la direction de l'axe. En revanche deux objets semblables, placés au delà ou en deçà du point de convergence des axes optiques, mais dans leur direction, donnent la sensation d'un objet unique.

On explique la vue simple ou double avec les deux yeux, par la correspondance des divisions terminales de la rétine d'un œil à l'autre. C'est ce qu'on nomme les points identiques. Quand les rayons viennent frapper dans chaque œil les divisions correspondantes, la sensation est simple ; quand ils frappent des parties qui ne se correspondent pas, elle est double. La correspondance des parties de la rétine peut être reconnue en pressant légèrement avec les doigts les yeux fermés. Si l'on comprime simultanément l'angle externe ou l'angle interne, la partie supérieure ou la partie inférieure de chaque œil, on détermine la production de deux images lumineuses sur des points directement opposés à ceux qui sont pressés; si l'on comprime l'angle interne d'un œil et Fangle externe de l'autre, ou la partie supérieure d'un côté et la partie inférieure de l'autre côté, une seule image apparaît. On peut en conclure que, dans la première expérience, les points comprimés ne se correspondent pas, puisque de leur pression simultanée résultent deux images distinctes, et qu'ils se correspondent, au contraire, dans la seconde, puisque l'image est unique. Suivant Mùller, la rétine étant considérée comme une sphère dont le pôle est le milieu de la membrane ou un point quelconque dans une même

direction et à une même distance du milieu, les points correspondants ou identiques, sur une coupe de cette sphère, occupent le même méridien et le même parallèle.

Ainsi, dans la vision avec les deux yeux, les deux images d'un objet donneraient une sensation unique^ quand elles se peignent sur des divisions correspondantes (le la rétine, et par conséquent une sensation double quand elles sont placées sur des divisions non identiques.

Stéréoscope, De ce qui précède il semble résulter que, pour donner une sensation unique, les images perçues par les deux yeux doivent être parfaitement semblables. Cependant l'expérience démontre que deux images, différant à quelques égards, peuvent donner au cerveau la sensation d'une image unique. Quand on regarde un solide, comme le piédestal d'une colonne ou un monument, il suffit d'un peu d'attention pour reconnaître que les plans en retraite, correspondants à la droite du spectateur, sont vus plus larges de l'œil droit que de l'œil gauche, et que l'image perçue dans chaque œil diffère de celle qui se peint dans l'œil opposé; l'ensemble de ces deux sensations nous donne celle du relief.

Si, maintenant, on obtient par la photographie, ou si l'on indique, par un simple trait blanc sur un fond noir, la projection de ce piédestal ou de ce monument, dans des conditions identiques à celles où nos deux yeux en recevraient la double impression, les deux images^ placées dans la direction des axes optiques, comme le seraient les surfaces qu'elles représentent, nous donneront la sensation du solide en question sous une forme

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