ALTERNANCE D'ACTION DES YEUX
entre les yeux peut aller jusqu'à la myopie de l'un, l'autre étant parfaitement organisé; même à un faible degré, cette différence des deux organes doit entraîner une inégalité dans l'accommodation et un désaccord de fonction qui tend continuellement à cesser, puis à se reproduire.
Quant à l'inégalité de sensibilité dans les différentes parties de la rétine, en dehors du jmnctum cœcum, le déplacement des taches dont nous venons de parler prouve qu'elle n'est pas permanente. On sait d'ailleurs que cette inertie partielle peut être déterminée par l'impression d'une vive lumière et surtout des rayons solaires; c'est une expérience que chacun a faite involontairement, et sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Persistance des impressions de la réline. L'impression causée par les rayons lumineux sur la rétine persiste pendant un certain temps, puis s'efface graduellement; il en résulte que si l'action se reproduit par intervalles plus courts que la durée de l'impression, le cerveau ne perçoit plus une série de sensations isolées, mais une sensation continue. Ainsi lorsque l'on imprime un mouvement de rotation rapide à un charbon ardent, l'œil voit une circonférence lumineuse; de même quand une roue tourne avec vitesse, les rais semblent se rapprocher et former une surface continue. L'impression des couleurs persiste comme celle de la forme, et si Ton fait tourner rapidement sur son axe un cercle divisé en secteurs de plusieurs couleurs , celles-ci donnent la sensation que produirait leur mélange; par exemple, le rouge et le bleu donnent celle du violet et
un grand nombre de teintes différentes ont pour résultat la sensation du gris. D'après M. Plateau, la durée des impressions de la rétine est, en moyenne, d'environ une demi-seconde.
La persistance des impressions de la rétine a donné lieu à la construction d'appareils ingénieux qui sont à la fois des objets d'amusement et de curieux instruments de physique. Tel est, par exemple, le phénakisticope. C'est également sur ce principe que sont fondées les belles expériences à l'aide desquelles M. Wheatstone a mesuré la durée des éclairs.
Images accidentelles, On peut comparer jusqu'à un certain point l'action de la lumière sur la rétine à la pression exercée sur une surface élastique. Lorsque des rayons d'une couleur quelconque frappent la rétine, elle résiste à l'impulsion de l'onde luînineuse et tend à regagner l'état de repos. Quand l'action de la lumière cesse brusquement, par exemple si l'on ferme les yeux, après un temps très-court qui mesure la durée de l'impression produite, la rétine revient à l'état normal par un mouvement de réaction d'autant plus énergique que l'action a duré plus longtemps. Elle passe ainsi, par une sorte d'oscillation, de l'état où elle était sous l'influence des rayons lumineux, c'est-à-dire de l'état positif d'impression, à l'état négatif; puis entraînée par le mouvement de réaction, elle dépasse ce point de repos et s'en éloigne en sens inverse: ces oscillations continuent ainsi pendant un temps variable en s'affaiblissant. La réaction de !a rétine et les phases négatives de l'impression donnent lieu à une sensation nouvelle et indépendante de tout agent extérieur, en