‹ Le corps humainChapitre 16 sur 144 · III. — DU SQUELETTE · texte numérisé non relu

III. — DU SQUELETTE

nombre des os. — Le nombre des os de l’homme est de deux cents ; leur ensemble constitue le squelette (cjxeXeToç, desséché) (fig. 28). Ils se décomposent de la manière suivante: tête, vingt-deux; cou, un ;

thorax, vingt-cinq ; colonne vertébrale, vingtsix ; membres inférieurs, compris les deux rotules, soixante-deux ; membres supérieurs, soixante-quatre. Nous ne faisons pas entrer dans cette énumération les huit osselets de l’ouïe.

Toutes les pièces osseuses du squelette sont reliées entre elles par des articulations, à l’exception de l’os hyoïde '(fig. 29), qui est isolé au milieu des parties molles du cou et qui sert de point d’attache à la base de la langue. Son nom lui vient de sa ressemblance un peu forcée avec la voyelle grecque T (upsilon).

Fig. 29. — Os hyoïde du cou.

1, Grandes cornes. — 2, Petites cornes. — 3, Corps.

poids i>5j squelette. — Le poids d’un squelette d’adulte est estimé seulement à dix ou douze livres, et le côté droit pèse un peu plus que le côté gauche. Cette différence de développement est, pour les uns, la conséquence, pour les autres, au contraire, la cause de la prédominance du côté droit sur le gauche.

On a de plus remarqué qu’un plan horizontal, passant au niveau de l’ombilic, divise le squelette en deux parties d’un poids à peu près égal.

DE LA LOCOMOTION

DES OS COMSIOÉJRÉS OiAR OAOOOîVir A LA FORME ET A LA

stature ou coites. — Les diverses pièces osseuses qui composent le squelette des animaux s’assemblent entre elles, suivant certaines lois qui varient avec la forme et les habitudes de l’animal. Grâce à la connaissance de ces lois. Cuvier a pu souvent, à l’aide d’un seul os, décrire un grand nombre d’espèces disparues. On a donc eu raison de dire que les ossements fossiles servent à reconstituer l’histoire naturelle des temps anciens, comme les médailles pour l’histoire politique.

Dans l’espèce humaine, le même os, considéré chez plusieurs individus, ne présente pas un rapport constant avec les autres parties du squelette; aussi est-il difficile de conclure de la longueur d’un os à la stature du sujet auquel il appartenait. Toutefois les médecins légistes ont dressé, pour les proportions des différents os entre eux, un tableau qui peut donner, d’une façon très-approximative, la taille d’un individu lorsque l’on connaît un de ses os. On conçoit quel parti le médecin légiste peut tirer de ces données pour établir, par exemple, l’identité d’un cadavre qui a subi des mutilations considérables.

Le squelette de l’homme a été divisé en trois segments : la tête, le tronc et les membres.

A. — De la tf.te.

La tête (fig. 30) comprend vingt-deux os, dont huit constituent le crâne et quatorze la face.

a. — Du CRANE.

os ou crame — Le crâne (xpavoç, casque) sert d’enveloppe protectrice aux centres nerveux. Ses parois sont formées, en avant, par le frontal, Yethmoïde et le sphénoïde ; en arrière, par Y occipital ; sur les côtés, par les pariétaux et les temporaux , ainsi que l’indique ce passage de Y Anatomie en vers d’Artance :

Le crâne en son pourtour présente le frontal ,

Les deux pariétaux, l’unique occipital ,

Les pierreux temporaux, le cubique etlimoïde ,

Et l’os chauve-souris, autrement sphénoïde.

1°. frontal. — Le frontal était autrefois appelé coronal parce que cet os supporte le segment principal de la couronne des rois. 11 est composé de deux parties distinctes chez les jeunes sujets.

Ces deux parties sont, jusqu’à leur soudure définitive, séparées par une suture médiane et verticale qui disparaît à l’àge adulte.

Les deux côtés du frontal présentent des saillies dites bosses frontales, dont le développement paraît être en rapport avec celui des facultés intellectuelles. De tous temps un front large et bombé a été considéré comme un signe d’intelligence : c’est le front que les statuaires

Fig. 30. — Région latérale de la tête.

1, Os propre du nez. — 2, 3, Maxillaire supérieur. — 4, Os malaire. — 5, Conduit auditif externe — 6, Apophyse styloïde de l’os temporal. — 7, Maxillaire inférieur. — 8, Apophyse mastoïde de l’os temporal.

antiques donnaient aux dieux. Les rachitiques, dont la courbure frontale est si accusée, possèdent pour la plupart une grande activité sensorielle et une vivacité pénétrante de l’esprit ; mais, comme ils sont souvent affectés de gibbosité, c’est cette particularité qui a surtout frappé le vulgaire et qui a donné lieu au dicton si connu : « Spirituel comme un bossu. » Nous savons, au contraire, que tous les crétins ont le front bas.

Au-dessous de chaque bosse frontale on trouve Y arcade sourcilière sur laquelle le muscle qui fait mouvoir les sourcils prend insertion. Lavater pensait que le développement de ces arcades était en rapport avec celui des lobes antérieurs du cerveau ; aussi considérait-il la proéminence des arcades sourcilières comme une marque d’intelligence. Or il est démontré que la saillie de ces arcades osseuses dépend uniquement de l’étendue des cavités, dites sinus frontaux, qui sont creusées à ce niveau dans l’épaisseur de l’os.

Ces sinus communiquent avec les fosses nasales par un pertuis spécial ; aussi, dans le coryza intense, l’inflammation peut-elle atteindre la membrane qui tapisse les parois de ces cavités et donner lieu à la douleur frontale que l’on observe en pareil cas. C’est sans doute le siège do cette douleur qui a fait croire à une communication directe du cer-

DE LA LOCOMOTION

veau avec le nez,' et qui a fait donner le nom de « rhume de cerveau » à l’affection que nous venons de signaler.

2° pariétaux. — Les os pariétaux (paries, parois) occupent le sommet de la tête ou sinciput (pl. I, fig. 3). En s’articulant avec le frontal, ils forment la voûte du crâne, tandis que les autres os en représentent la base.

La face interne des pariétaux est parcourue de sillons rameux que les anatomistes ont l’habitude de comparer à la nervure d’une feuille de figuier et qui logent les branches d’une artère, la méningée moyenne.

3° OCCIPITAL.POLVPES jfizs^eïjx. — L’occipital est situé à la partie postérieure de la base du crâne, que l’on nomme occiput. Cet os est percé d’un large trou (pl. I. fig. 3) qui fait communiquer la cavité crânienne avec le canal rachidien. Sur les côtés de cet orifice on voit deux éminences appelées condyles , qui s’articulent avec la première pièce de la colonne vertébrale.

L’occipital s’articule en avant avec le sphénoïde par une surface quadrilatère dite apophyse basilaire. Le périoste de la partie inférieure de cette apophyse présente une épaisseur considérable : c’est le point

Fig. 31. Ravages d an polype fibreux naso-pharyngien, d’après une pièce du musée Dupuytreu.

d implantation de ces tumeurs, appelées polypes fibreux naso-pliaryngiens, qui s’introduisent dans toutes les cavités de la face et produisent des dégâts considérables (fig. 31). Ces polypes diffèrent beaucoup de ceux qui se développent primitivement dans les fosses nasales et qui

sont de nature muqueuse : ceux-ci ne sortent pas de la cavité où ils sont nés et ne produisent d’autre inconvénient qu’une gêne plus ou moins grande de la respiration.

4°temporaux.fractïjire et carie du rocher. — Les os temporaux (; tempus , temps) doivent leur nom à ce que les cheveux qui leur correspondent sont les premiers blanchis par le temps. Chacun de ces os est divisé en trois portions : l’une dure, que pour cette raison on appelle rocher (3, fig. 32), et qui contient l’appareil de l’audition ; la deuxième portion est disposée en forme de mamelon, d’ou son nom d 'apophyse mastoïde , 2 : c’est elle que l’on sent en arrière de l’oreille, et c’est à son niveau que l’on pose des sangsues dans les affections cérébrales ; enfin la troisième portion est dite écailleuse, 1, parce qu’elle a été comparée à une coquille d’huitre. La fragilité de cette dernière

Fig. 32. — Temporal droit vu par sa face externe. Fig. 33. — Ethmoïde vu par sa face supé- 1, Portion écailleuse. — 2, 8, 10, Portion mas- neure.

toïdienne. — 3, Portion pierreuse ou rocher. 1, Lame perpendiculaire. — 2, 3, 7, Masses — 4, 5, 6, 7, Apophyse zygomatique. — 9, Con- latérales. — 4, 6, Trous de la lame criblée, duit auditif externe. — 11, Apophyse styloïde.

partie, due à sa faible épaisseur, est la cause de la gravité bien connue des coups portés sur la région de la tempe.

Bien que placés profondément, les rochers des temporaux sont souvent le siège de fractures indirectes qui succèdent tantôt à une chute sur les pieds, tantôt à un choc sur la voûte crânienne. Les rochers sont encore exposés à la carie, surtout chez les scrofuleux. Le danger de cette affection est de déterminer une méningite mortelle, si l’inflammation se communique aux enveloppes du cerveau qui sont en contact avec la surface interne des os temporaux. Get accident arriva à François II qui, dès l’enfance, avait un écoulement par l’oreille gauche. La mort du Dauphin ne doit donc être attribuée ni à une pleurésie qu’il aurait contractée à Tours, en buvant un verre d’eau froide pendant

DE LA LOCOMOTION

une partie de jeu de paume, ni à un empoisonnement dont se serait rendu coupable son échanson, le comte de Montecuculli. La plupart des historiens ont adopté cette dernière version, sur la foi des aveux arrachés par la torture au malheureux comte qui fut écartelé.

5° etiimoïde. — L’ethmoïde (v^oç, crible ; etâôç, ressemblance) (fig. 33) est ainsi appelé parce que sa lame supérieure est percée, comme un crible, d’un grand nombre de petits trous qui laissent passer les filets nerveux de l’olfaction. Il comprend trois parties, une partie moyenne, dite lame perpendiculaire , qui contribue à former la cloison des fosses nasales, et deux parties latérales représentées par les masses de l’ethmoïde. Celles-ci constituent les parois anfractueuses des fosses nasales.

L’odeur fétide qui caractérise la punaisie ou ozène (oÇstv, sentir mauvais) des fosses nasales est due souvent à la carie partielle de l’ethmoïde.

6° sphénoïde.— L’os sphénoïde coin; eïSdç, ressemblance) est enclavé, à la façon d’un coin, au milieu des os du crâne, dont il

Fig. 31. — Face antérieure du sphénoïde.

1, Fente sphénoïdale limitée eu dedans par le oorps, en haut par les petites ailes et en dehors par les grandes ailes. — "2, 4, Apophyses ptérygoïdes. — 3, Corps du sphénoïde. — 6, 7, Trous par lesquels passent des vaisseaux et des nerfs.

est comme la clef de voûte. Cet os que l’on a comparé, à cause de sa forme bizarre, à une chauve-souris, présente, en effet, une partie moyenne appelée corps, (fig. 34) et deux parties latérales simulant six ailes disposées par paires: deux supérieures ou petites ailes ; deux latérales ou grandes ailes ; et deux inférieures bifides à leur sommet, appelées apophyses ptérygoïdes (xTÉpu?, aile).

DU CUAAE ElVGÉIVÉRAL HYCROCâPSIALIE. TRÉPAXATION.

— Le crâne, vu par sa face supérieure (pl. I, fig. 3), a la forme d’un

œuf dont la grosse extrémité se tourne en bas et en arrière. On peut se faire une idée approximative de la circonférence horizontale du crâne en examinant l’entrée d’un chapeau (1). A l’exemple de Fabricius d’Aquapendente, les anciens comparaient le crâne à la coque d’un navire : le sphénoïde en formait la carène (os carinœ ), le frontal la poupe (os puppis), et l’occipital la proue (os prorœ).

Le crâne est plus volumineux chez l’homme que chez la femme ; la différence est surtout sensible dans la hauteur du diamètre vertical. Ce diamètre suffit pour distinguer le sexe auquel un crâne a appartenu.

A la naissance, les os du crâne sont séparés par des espaces membraneux appelés sutures (suturai couture), qui permettent au cerveau de se développer librement. A la jonction de plusieurs os, ces espaces

Fig. 35. — Voûte du crâne chez le nouveau-né. Fig. 30. — Hydrocéphale.

sont plus étendus et prennent le nom de fontanelles (fons, fontaine) ou petites fontaines pulsatiles, parce que leur faible épaisseur permet de sentir les mouvements d’élévation et d’abaissement du cerveau (fig. 35). Ces espaces sont très-accusés dans l’hydrocéphalie (fig. 36), maladie caractérisée par une accumulation de liquide qui distend considérablement les parois du crâne.

La plus importante des fontanelles est placée en avant, entre le point de rencontre des pariétaux et des deux moitiés du frontal ; elle est losangique et a été comparée à un fer de lance dont la suture inter-pa-

(1) Lorsque la longueur est beaucoup plus grande que la largeur, le crâne est dit dolichocéphale (boXr/oq, allongé ; ZEçaXyj, tête) ; il est dit brachycéphale (($pa ybç, court) si la différence des deux diamètres est peu considérable, comme on l’observe chez les populations du centre de la France, les Alsaciens-Lorrains, les Bavarois, etc.

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riétale représenterait le manche, d’où son nom de sagittale (sagitta, flèche). Cette suture se bifurque au niveau de l’occipital et prend le nom de lambdoïde, parce que sa forme rappelle celle de la lettre grecque X (lambda). L’angle de la suture lambdoïde est occupé par une fontanelle triangulaire qui est plus petite que la première.

A deux ans et demi, les fontanelles disparaissent. Plus tard, les bords des os se pénètrent comme les roues d’un engrenage, et les sutures, au lieu d’être linéaires, deviennent dentelées (pl. I, fig. 3). Cette disposition assure la solidité de la voûte crânienne et ne s’oppose pas à son extension. Yers cinquante ans, en moyenne, ces sutures commencent à disparaître et les os se soudent entre eux. Dans l’extrême vieillesse, cette soudure est générale et le crâne semble n’être formé que d’une seule pièce. Lorsque la soudure des os est prématurée, elle empêche le développement du cerveau, et par suite celui des facultés intellectuelles, ainsi qu’on l’observe chez les crétins. L’oblitération des sutures est aussi très-précoce sur le crâne des races inférieures.

Les os du crâne sont formés de deux lames de substance compacte, appelées tables , séparées par une couche de tissu spongieux ou diplos (BnuXooç, double). On distingue la table externe en rapport avec le cuir chevelu et la table interne en contact avec le cerveau. La première présente une plus grande résistance que l’autre ; un choc sur le crâne la laisse intacte, alors qu’il brise la table interne. La fragilité de celle-ci lui a valu le nom de lame vitrée. On retire les éclats de cette lame en enlevant une rondelle Fig. 37.— Trépan osseuse du crâne à l’aide d’un instrument appelé trépan A. vis fixant la (xpuTuavov, tarière), sorte de villebrequin armé d’une petite r à°ir l’arbre scie en forme de couronne (fig. 37). Il paraîtrait, d’après Couronne^Ttr^ **us^ Lucas-Championnière, que les sauvages de quelques pan.— c, Arbre îles de la mer du Sud pratiquent la trépanation du crâne dd iastrument- par usure avec un morceau de verre, pour les maux de tête, névralgie et vertiges (1). Cette opération était pratiquée dans les temps les plus reculés, à en juger par les nombreux crânes perforés de l’époque néolitique, où les rondelles crâniennes étaient employés comme amulettes : on en a trouvé plusieurs appendues à des colliers gaulois.

Le crâne se moule exactement sur l’encéphale ; mais, à cause de l’épaisseur de ses parois, sa surface interne conserve seule l’empreinte exacte de cet organe. La surface externe, qui est accesible à nos sens,

(1) Dans l’ancienne pharmacopée, on employait beaucoup la rapure de crâne humain (hominis cranium raspalum ) contre l’épilepsie, l’apoplexie et les autres affections cérébrales. Boyle affirme que la poudre de crâne humain, appliquée sur la peau, l’a guéri radicalement d’un saignement de nez t

LE COBPS HUMAIN.

est lisse et ne présente que des éminences qui n’ont aucun rapport avec les inégalités des parties correspondantes des centres nerveux.

C’est par le simple examen de ces éminences ou bosses que les phrénologistes prétendaient reconnaître les facultés instinctives, atfectives et perfectives propres à chaque personne. Or, ce que nous venons de dire prouve qu’il est impossible de conclure de la configuration du contenant aux qualités du contenu.

La doctrine phrénologique, étant fondée sur une erreur anatomique, devait nécessairement aboutir à des conclusions erronées. C’est ainsi

Fig. 38. — Crâne représentant la localisation des facultés d’après Spurzheim.

A, Amour de la vie. — B, Alimentivité.

Penchants : 1, Amativité. — 2, Philogéniture. — 3, Habitativité. — 5, AEfectiounivité. — 5, Combativité. — ■ 7, Destructivité. — 7, Secrétivité. — 8, Acquisivité. — 9, Constructivité.

Sentiments : 10, Estime de soi. — 11, Approbativité. — 12, Circonspection. — 13, Bienveillance. — 14, Vénération. — 15, Fermeté. — 16, Justice. — 17, Espérance. — 18, Merveillosité. ■ — 19, Idéalité. — 20, Causticité. — 21, Imitation.

Facultés intellectuelles perceptives : 22, Individualité. — 23, Configuration. - — 24, Etendue. — 25, Pesanteur. — 26, Coloris. — 27, Localité. — 28, Ordre. — 29, Calcul. — 30, Eventualité. — 31, Temps. — 32, Tons. — 33, Langage.

Facultés intellectuelles réfleclives : 34, Comparaison. — 35, Causalité.

qu’un élève de Gall, en examinant la tête de Dumollard, reconnut que cet assassin possédait très-développées « les bosses de la vénération, de bienveillance et de l’ordre, tandis que les bosses de l’instinct de la destruction n’avaient rien d’anormal ». La phrénologie a donc fait son temps ; et, malgré l’immense crédit dont elle a joui un instant dans le monde entier, elle est aujourd’hui presque tombée dans l’oubli, comme les fantaisies de la chiromancie et de l’astrologie.

DE LA LOCOMOTION

Dans la figure 38, nous donnons, à titre de curiosité historique, la localisation des facultés d’après Spurzheim, le plus fervent des disciples de Gall.

b. — De la face.

angle facial. — Les dimensions de la face sont de beaucoup inférieures à celles du crâne et varient entre elles dans un rapport inverse : les unes se développent au détriment des autres. Les physiologistes ont cherché à évaluer les proportions relatives des deux parties de la tête, et ils y sont parvenus en déterminant la mesure de V angle facial. Cet angle est compris entre deux lignes qui partent de l’épine nasale inférieure, c’est-à-dire au-dessous du nez, et se dirigent, l’une vers

Fig. 39. — Goniomètre de Broca.

Cet instrument est destiné à mesurer l’angle facial, sur le vivant comme sur le squelette. Il suffît d’appliquer la tige F au-dessus du nez, la tige D au-dessous de cet organe et de Axer le tourillon O dans le conduit auditif. La branche montante B marque sur le cadran Q l’ouverture de l’angle facial 0, A, B.

la partie saillante du front, l’autre vers le milieu d’une ligne fictive qui passerait entre les deux conduits auditifs. Comme cet angle est compris dans le plan médian de la tête, il eut été difficile de le mesurer si l’on n’avait trouvé un procédé plus pratique dans l’emploi des goniomètres (ywvta, angle) (fig. 39).

En opérant la mensuration de l’angle facial chez l’homme et chez les vertébrés, on a reconnu qu’il se rapprochait de plus en plus de l’angle droit, à mesure que l’on s’élevait dans l’échelle des êtres (fig. 40). Ainsi il est de 11 degrés chez le porc; de 28 degrés chez le chien ; de 60 degrés chez le singe; de 70 degrés chez les nègres et de 80 degrés

chez les Européens. La mesure de l’angle facial pourrait donc, jusqu’à un certain point, donner celle de l’intelligence. Cette remarque n’avait pas échappé aux statuaires de l’antiquité lorsqu’ils eurent à représenter leurs divinités : ils ont donné, par exemple, à Jupiter Trophonius, le maître des dieux, un angle de 90 degrés, c’est-à-dire

l’angle droit. Les idiots ont le front bas et fuyant (fig. 40), la tête petite et pointue. Homère a donné une tête semblable à son ignoble Thersite. Le docteur Fossati possédait deux bustes de Georges III, l’un représentait ce monarque dans sa jeunesse avant son premier acte de folie et l’autre avait été fait sur un moule pris après sa mort ; on constatait, sur ce dernier, une diminution très-sensible de l’angle facial en rapport avec la perte de l’intelligence.

os de la if ace. — La face (fig. 38) est creusée de cavités destinées à abriter les organes de la vision, de l’odorat et du goût. Elle se divise en deux régions distinctes : la mâchoire supérieure , résultant de l’assemblage de treize pièces osseuses, et la mâchoire inférieure formée d’un seul os, le maxillaire inférieur (pl. II, E 8).

Le tableau ci-après, emprunté à Y Anatomie du docteur Fort, indique le nom et la position respective de ces divers os,

Unguis Os nasal Os nasal Unguis

6 Cornet inférieur «Cornet inférieur —

sa &

— Palatin Palatin es

Maxillaire supérieur Maxillaire supérieur

Maxillaire inférieur

1° MACHOIRE SUPÉRIEURE. • — Les maxillaires supérieurs

concourent à former la base des deux orbites, la voûte du palais et l’arcade dentaire supérieure. Ils sont creusés de deux cavités qui

DE LA LOCOMOTION

occupent toute leur épaisseur et qu’on appelle sinus maxillaires ou antres d’Highmore.

La capacité du sinus maxillaire est assez grande pour qu’un biscaïen de 4 centimètres ait pu y pénétrer et y séjourner onze ans. Les dents molaires ne sont séparées de ce sinus que par une lamelle osseuse

Fig. 41. — Face antérieure de la tête.

1, Temporal. — 2, 11,14, Frontal. — 3, Os nasaux. — 4, 10, Os malaire. — 5, Nerfs et vaisseaux. — G, 7. 8, Maxillaire inférieur. — 9, Trou sous-orbitaire par lequel pas: eut le nerf et les vaisseaux de même nom, comme on le voit du côté opposé. — 12. Trou susorbilaire par lequel sortent les vaisseaux et le nerf sus-orbitaires. — 13, Insertion du muscle sourcilier.

tellement mince, que la racine des dents peut la perforer. Marchai de Calvi raconte qu’une dame de la cour de Louis XIY, à qui on avait arraché une dent, éprouva un jour une grande frayeur de sentir son cure-dents s’enfoncer à une certaine profondeur dans la place de cette dent. Elle courut aussitôt chez Duverney, dont la réputation anatomique commençait. Duverney n’eut pas de peine à la rassurer, en lui montrant le sinus maxillaire sur la tête d’un squelette. Cette aventure lit du bruit et arriva aux oreilles du grand roi, qui en conçut une si vive admiration pour l’anatomie, qu’il voulut, dit-on, la faire apprendre au duc de Bourgogne.

Au début de la vie, les os maxillaires sont composés chacun de deux pièces : l’une, comprend la plus grande partie de l’os, et l’autre, accès-

soire, est appelée l’os incisif . Ces deux os incisifs sont ainsi nommés parce qu’ils supportent les dents incisives supérieures ; ils sont petits et triangulaires. Ces os sont fixés entre les deux maxillairés, comme un coin à sommet dirigé en arrière ; ils restent isolés jusqu’au deuxième mois de la vie embryonnaire ; puis, à partir de cette époque, ils se soudent à la pièce principale correspondante. Il peut arriver que, par suite d’un arrêt de développement, la soudure ne se soit pas effectuée à la naissance : l’os incisif proémine alors en avant et donne lieu au bec-de-lièvre compliqué (fig. 42). Le bec-de-lièvre simple (fig. 43) est caractérisé par une division unique ou double de la lèvre supérieure, sans vice de conformation des maxillaires.

Les os nasaux (fig. 41) sont plus ou moins

développés et forment, selon leur degré de

proéminence, les nez saillants ou écrasés.

Les os maiaires (de mala, joue) ou os de la

pommette (fig. 41), sont très-accusés dans la

Mg. 42. — - Bec-de-bevrecom- race mongole. C’est à la disposition arquée de plique de proéminence des 0 ^

v deux os incisifs chez un en- cet os que la région de la joue doit son nom

fant nouveau-ne. ( jugum , joug).

Les palatins complètent en arrière la voûte palatine du maxillaire supérieur et donne attache, au voile du palais. Une pointe d’épingle, placée au milieu de la suture cruciale qui unit les deux palatins aux deux maxillaires supérieurs, atteindra aussi l’os vomer disposé sur la face supérieure de ces os, et touchera de la sorte cinq pièces osseuses à la fois.

Les unguia sont les plus petits os de la face : ils doivent leur nom à leur ressemblance avec un ongle. Ils concourent à former la paroi interne

Fig. 43. — Bec-de-lièvre de l’orbite (pi. II, F 9). simple limité à la fente de

la levre supérieure. Les cornets inférieurs (pl. II, I 7) SOnt COn-

tournés sur eux-mêmes à la façon d’un cornet, et sont situés sur les parois latérales des fosses nasales.

Le % orner (pl. II, H 2) a la forme d’un soc de charrue, ainsi que l’indique son nom latin ; il complète avec l’os perpendiculaire de l’cthmoïde îa cloison osseuse des fosses nasales.

a 2° MÆlCHOSIUE INFÉRIEURE. — Le maxillaire inférieur repré-

DE LA LOCOMOTION

sente, à lui seul, la mâchoire inférieure. Il est formé d’un corps recourbé en fer à cheval et de deux branches à peu près verticales, dont l’extrémité supérieure, appelée condyle , s’articule avec l’os temporal. En abaissant la mâchoire, on sent en avant du conduit auditif les mouvements des condyles. Ceux-ci peuvent, à la suite d’un bâillement exagéré, sortir de leur cavité et produire une luxation de la mâchoire inférieure. Cet accident est rare chez l’enfant et le vieillard (fig. 44, 46), parce qu’aux âges extrêmes de la vie, les branches de la mâchoire forment avec le corps de cet os un angle obtus qui, chez l’adulte, est presque droit (fig. 45).

& arcüdbs demtaires, demts. — Le bord libre de chaque mâchoire est creusé chez l’adulte de seize alvéoles ( alveus , loge) qui reçoivent les dents. Ces cavités tendent à disparaître dans la vieillesse .

Fig. 44. — Mâchoire du nouveau-né. Fig. 45. — Mâchoire de l’adulte. Fig. 46. — Mâchoire du vieillard.

les* dents tombent alors sans être gâtées, le bord alvéolaire s’use à son tour, le menton se rapproche du nez et donne à la physionomie un aspect rabougri.

Les dents sont de petits corps blancs, extrêmement durs, implantés solidement dans les alvéoles des arcades dentaires. Ces arcades sont disposées de telle façon que les dents de la partie profonde se correspondent comme les mors d’une pince, tandis que celles de la partie antérieure s’entre-croisent comme les branches d’une cisaille, parce que l’arcade dentaire supérieure empiète un peu sur l’inférieure. Lorsque les arcades dentaires s’inclinent en avant, les dents suivent la même inclinaison. Cette anomalie de direction, qui se rencontrait chez Démosthènes, s’appelle prognathisme (iup6, en avant; yvàôôç, mâchoire) ; elle est le trait caractéristique dans la physionomie des races inférieures de l’Afrique et de l’Australie.

nombre et divïsiov des dekts. — L’homme adulte a trentedeux dents : huit incisives (incidere, couper), placées sur le devant des mâchoires : quatre canines ( canis , chien), implantées sur les côtés, et vingt molaires (: mola, meule), situées en arrière. Parmi les molaires, la plus postérieure a reçu le nom de dent de sagesse , parce qu’elle vient la dernière : son éruption a lieu de vingt à trente ans. « La

TJ *

nature, dit le savant professeur Broca, n’a pas fait preuve de grande sagesse en autorisant ainsi, sur le tard, la sortie de cette dent qui, la plupart du temps ne sert absolument à rien, se développe déjà malade et se fait jour difficilement à travers les parois du maxillaire, froissant

Fig. 47. — » Dents du côté droit. L’écorce osseuse a été enlevée pour montrer les racines des den», et les nerfs qu’elles reçoivent. (Figure extraite de Y Anatomie descriptive de M. Fort.)

dans son évolution toutes les parties nobles et exerçant dans son voisinage une compression des plus fâcheuses. »

Les deux canines supérieures sont appelées dents de l’œil, bien que ces organes n’aient aucun rapport direct avec l’appareil de la vision.

L’enfant n’a que vingt dents; on les appelle dents de lait, de première dentition ou temporaires, parce qu’elles font leur apparition pendant l’allaitement, et qu’elles sont remplacées, à partir de sept ans, par les trente-deux dents permanentes de la seconde dentition.

Chez les diverses espèces animales, les dents offrent des variétés notables dans le nombre, la dimension, la forme et la composition.

DK LA LOCOMOTION.

Les dauphins n’ont pas moins de cent quatre-vingt-dix dents ; les sangsues ont trois mâchoires disposées entre elles comme les trois branches d’un triangle, et chaque mâchoire porte soixante dents. Ces annélides entament l’épiderme à l’aide de ces cent quatre-vingts denticules, et ce servent ensuite de leurs lèvres comme de ventouses : c’est à cause de cette triple mâchoire que la piqûre de sangsue laisse une cicatrice

Fig. 48. — Tète de vipère.

A, Glande à venin. — B, Conduit excréteur. — C, Dent venimeuse ou crochet. — D, Dents venimeuses de remplacement. — E, Muscle ptérygoïdien externe, renfermant la glande à venin. — P, Muscle temporal antérieur. — G, H, I, Muscle élévateur, abaisseur, rétracteur de la mâchoire inférieure K — J, Muscle ptérygoïdien interne. — L, Langue. . — M, Ouverture laryngée. — N. Bifurcation de la langue. — O, Glande lacrymale.

de forme triangulaire. Les incisives supérieures chez l’éléphant sont remplacées par des défenses en ivoire. Pour les animaux qui avalent sans mâcher, comme les reptiles et les poissons, les dents sont toutes semblables entre elles. Celles de la baleine sont remplacées par des appendices cornés et élastiques, appelés fanons , dont on se sert dans

Fig. 49. — Dents de la première dentition chez le nouveau-né. Elles sont encore enfoncées dans les os maxillaires.

1, Epine du nez. — 2, 4, Première grosse molaire. — 3, Première petite molaire.

l’industrie sous le nom de baleines. Les gallinacés n’ont pas de dents ; on connaît le sens de celte expression : a Quand les poules auront des dents » . Les dents de la vipère (fig. 48) sont creuses et marquées, en dessus, d’une fente d’où s’écoule le venin sécrété par une petite

glande située au-dessous de la mâchoire, et déposé dans de petits réservoirs à la base de chaque dent. Les chiens inoculent le virus de la rage contenu dans leur salive par l’intermédiaire de leurs dents pointues ; aussi M. Bourrel, vétérinaire, a-t-il proposé et appliqué, comme moyen préventif de cette terrible maladie, l’émoussement de ces dents.

DÉVELOPPEMENT ÎETT APPARITION DES »EIATT&. — LeS dents

apparaissent dans l’épaisseur des maxillaires sous forme de follicules ou germes dentaires qui, en se développant, se recouvrent peu à peu de leur écorce calcaire. A la naissance, toutes les dents de la première et de la seconde dentition sont formées (fîg. 49) ; mais celles de la première espèce ne percent que vers le septième mois, tandis que les

Fig. 50. — Evolution des dents chez un enfant de sept ans. (D’après M. Fort).

On voit les dix dents de lait et les dents de renouvellement 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 enfermées dans les maxillaires. La première grosse molaire, 5, dite deuil de sept ans, commence à faire son apparition.

autres ne commenceront à apparaître qu’à partir de sept ans (fîg. 50). A cet âge, les dents de lait ont leurs racines atrophiées et repoussées par les dents permanentes ; elles tombent sans provoquer de douleur.

accidents de la oEivriTioAj. — L’évolution dentaire produit ordinairement des accidents plus ou moins graves du côté du système nerveux, des bronches, de l’intestin et de la peau ; ils provoquent des cris de souffrance, l’agitation, les convulsions, la toux, les vomissements, la diarrhée et les éruptions cutanées, désignées sous le nom de feux de dents . Les selles sont verdâtres et contiennent de nombreux

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Fig. 51. — Figure schématique de la structure des dents. Coupe d’nne grosse molaire supérieure.

1, Cuticule. — 2, Email grossi 15 fois. — 3, Cément grossi 15 fois. — 4, Canalicules dentaires cl leurs anastomoses, grossis 350 fois. — 5, Canaux portant les vaisseaux et les nerfs à la pulpe dentaire, grossis 8 fois, comme la totalité de la dent. — 6, Vaisseaux et nerfs pénétrant dans les racines. — 6', Nerfs dentaires grossis 6 fois. — 7, Pulpe et réseau capillaire. — 8, Cellules de la dentine, cellules de l’ivoire grossies 50 fois environ. — 9, Espace# iüterglobulaires grossis 20 fois environ. (Figure extraite du Traité d’histologie de M. Fort).

grumeaux de caséine coagulée provenant du lait non digéré et que les' nourrices prennent pour des germes de dents. La fréquence des troubles digestifs, sous l’influence de la pousse des dents, explique le préjugé ( qui attribue au travail dentaire les inflammations intestinales étrangères à ce phénomène et veut, à tort, que l’on respecte tous les flux de ventre chez les jeunes enfants. Ceux qui échappent aux dangers imminents d’une dentition laborieuse éprouvent toujours, par la persistance ou la trop grande intensité des accidents qu’elle occasionne, un affaiblissement et un amaigrissement considérables qui justifient le dicton populaire « bel enfant jusqu’aux dents. »

amomalies de la dentition.- Quelques privilégiés viennent au monde avec des dents (1) ; on cite entre autres : le consul Cnéius Papirius Carbon; Marcus Annius Curius, surnommé Dentatus, le vainqueur de Pyrrhus; Robert le Diable; Louis XÏY ; Mazarin; Mirabeau ; Richard YI, roi d’Angleterre et, de nos jours, le docteur Broca. Les anciens prédisaient de grandes destinés aux enfants mâles qui naissaient avec des dents et les noms illustres que nous venons de citer semblent donner quelque créance à ce préjugé. Par contre, la même anomalie était regardée comme un mauvais présage pour le sexe féminin. Ainsi « Yaléria, fille de Dioclétien, femme de l’empereur Galère Maximien, étant née avec des dents, dit Pline, les aruspices annoncèrent qu’elle causerait la ruine de la ville où on la transporterait, et cette prédiction, ajoute-t-il, s’accomplit. » Mais, comme le fait observer M. Yignes, Pline néglige de nous dire quelle est la ville qui a eu cette malechance. Cependant la fin tragique de cette impératrice, qui fut décapitée à Thessalonique par les ordres de son propre fils, vérifie en partie le pronostic fâcheux des augures.

La précocité de l’éruption dentaire rend souvent difficile d’élever les enfants au sein. C’est ainsi que les morsures de Louis XIY forcèrent de changer plusieurs fois de nourrice. Dionis attribue à tort ce fait au grand appétit du jeune prince.

L’éruption des dents est quelquefois tardive ; Magitot a vu des dents permanentes attendre cinquante, soixante etmême soixante-douze ans pour faire leur apparition ; Toirac a trouvé sur la mâchoire d’une femme morte à cent trois ans une dent de sagesse qui allait sortir ; enfin, Borel parle d’une femme qui vécut jusqu’à soixante ans, sans avoir eu de dents ; mais ce cas ne doit être accepté qu’avec réserve.

Certains auteurs ont cru à la possibilité d’une troisième dentition : le médecin anglais Graves a cité deux vieillards, un homme et une femme, qui eurent une nouvelle dentition, le premier à cent dix-sept ans et l’autre à cent dix ans ; Bacon parle de la comtesse Desmont

(i) Il en est même qui naissent avec leurs vingt premières dents.

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dont les dents se renouvelèrent à cent quatre ans, et, plus récemment, le Publiciste a rapporté le cas d’une femme de Sampigny (Meuse) qui éprouva, à l’âge de 53 ans, des douleurs dues à l’éruption de trois molaires, deux canines et une incisive.

Il n’est pas rare de rencontrer. des dents surnuméraires , qu’il faut d’ailleurs extraire à cause des inconvénients qu’elles produisent.

conformation des rexts. — - On distingue dans chaque dent une partie libre, la couronne ; une partie cachée dans l’alvéole, la racine ; et une partie étranglée intermédiaire aux deux autres, le collet. Les caractères de ces diverses parties varient suivant les groupes de dents ; ils se modifient selon le' rôle que ces organes ont à remplir dans l’acte delà mastication.

1° couroxxe. —La couronne des incisives, qui coupent, est taillée en biseau ; celle des canines, qui déchirent, est pointue ; et celle des molaires, qui broient, est surmontée de plusieurs tubercules ou cuspides ( cuspis , pointe).

On a cité des cas exceptionnels où toutes les couronnes des dents de chaque arcade étaient soudées entre elles et ne formaient, pour ainsi dire, à chaque mâchoire qu’une seule et même couronne. Plutarque rapporte l’exemple de Pyrrhus, roi d’Épire, et Pline celui du fils de Prusias, roi de Bithynie ; mais on ne doit accorder à ces faits que peu de confiance.

La couronne des dents, chez les individus atteints d’épilepsie, offre une usure caractéristique qui permet de reconnaître la simulation assez fréquente de cette maladie. De même, chez les fumeurs, la couronne des dents qui tiennent le tuyau de leur pipe présente une échancrure spéciale.

2e racines. — Le nombre des racines et la profondeur de leur implantation est en rapport avec la résistance qu’elles ont à supporter. Les incisives, les canines et les deux premières molaires, dites petites molaires, ont une racine unique ; les trois dernières molaires, dites grosses molaires , ont des racines multiples. La dernière cependant, c’est-à-dire la dent de sagesse, présente, en général, une seule racine.

Il arrive souvent que les pointes de deux racines d’une même dent se recourbent l’une vers l’autre en embrassant une partie de la mâchoire : on dit alors que la dent est barrée, et, pour en faire l’extraction, il faut fracturer les racines ou le maxillaire.

structure res dexts s 1° ivoire. — Les dents sont formées d’une substance dure, de couleur légèrement jaunâtre, appelée dentine ou ivoire. Vue au microscope, cette substance apparaît criblée, comme le tissu osseux, d’unequantité innombrable de canalicules qui s’anas-

tomosent entre eux et se dirigent du centre à la périphérie (4, fig. SI). Ils servent à nourrir et à reproduire l’ivoire.

L’ivoire est recouvert, au niveau de la couronne, d’une couche de matière vitrée de couleur blanche, dite émail , et, au niveau de la racine, d’une couche de substance calcaire et opaque, appelée cément.

2° cémewt . — La structure du cément est analogue à celle des os; elle n'en diffère que par l’absence de canaux de Ilavers (fig. 15). Chez

Fig. 52. — Anastomoses des canaücules dentaires de la racine d’une dent.

On voit les canalicoles i et les branches anastomotiques 2 à un grossissement de 350 diamètres.

l’homme, la couche de cément ne recouvre que la racine des dents, tandis que chez les ruminants et les pachydermes elle enveloppe totalement l’organe dentaire.

3° émail-couleur des dents. — L’Émail est d’une telle dureté qu’il fait feu sous le briquet ; il est constitué par des fibres translucides et prismatiques (fig. 53), juxtaposées les unes aux autres et dirigées transversalement à la façon des canalicules dentaires. Leurs

Fig. 53. — Fibres de l’email vues a un gros- Fig. 5i. — Extrémités des fibres de l’émail sissement de 350 diamètres. vues à la surface des dents. (Gross. 350

diamètres.)

extrémités forment à la surface des dents une sorte de mosaïque, comme on le voit sur la figure 54. L’émail est recouvert d’une membrane protectrice qui lui adhère solidement et que l’on nomme cuticule (cutis, peau). Cette membrane disparaît chez l’adulte.

C’est l’émail qui donne la couleur blanche aux dents. Quand la couche d’émail est usée ou détruite, l’ivoire apparaît avec sa teinte jaune et les dents s’altèrentrapidement en prenant une couleur noirâtre.

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Elles ont la même coloration chez ceux qui fument beaucoup, surtout la pipe à tuyau court, et chez les personnes qui font usage de préparations ferrugineuses ; dans ce dernier cas, le tannin combiné aux aliments, fruits, végétaux, etc., s’unit aux sels de fer et colore les dents en brun.

4° iîîjlbe. carie deivtaire. — Les dents ont, dans toute leur étendue, une cavité qui renferme une substance rouge pulpeuse analogue au bulbe des poils et appelée, pour cette raison, bulbe dentaire . Avec l’âge, cette cavité tend à disparaître, et les parties molles qu’elle contient sont remplacées par des dépôts d’ivoire de nouvelle formation: la dent meurt alors d’inanition et tombe sans être gâtée.

Les parties dures des dents peuvent subir un ramollissement lent et progressif, qui constitue la carie dentaire. L’acidité de la salive, l’hérédité, l’action de certaines substances, comme le vinaigre, sont les principales causes de cette affection. Le sucre, par sa transformation en acide lactique, peut aussi produire la carie. C’est donc avec raison que l’opinion publique accuse le sucre « de faire tomber les dents. » Ceux qui nient cette action s’appuient sur l’exemple du duc de Beaufort qui, pendant quarante années, prit chaque jour plus d’une livre de sucre et mourut à l’âge de soixante-dix-huit ans avec toutes ses dents en bon état. Je connais aussi un vieillard de quatre-vingt huit ans qui a une fort belle dentition et fait une grande consommation de sucre. Mais ces cas sont exceptionnels et les dentistes sont tous d’accord sur ce point. Le Dr Constantin Paul a remarqué la fréquence de la carie dentaire chez les confiseurs et les ouvriers qui travaillent le sucre.

La carie débute par un point de l’émail, attaque la partie correspondante de l’ivoire, et, si elle détruit toute son épaisseur, le bulbe dentaire est mis à nu et provoque, sous l’influence des agents extérieurs, les douleurs violentes appelées « rages de dents » . Le seul moyen efficace de remédier à cette maladie est d’obturer la cavité dentaire avec un ciment spécial, après avoir préalablement détruit le bulbe dentaire à l’aide d’un caustique énergique.

Des jeunes gens, pour se faire exempter du service militaire, imitent la carie. Voici d’après le Dr E. Boisseau, le procédé qu’ils emploient : après avoir limé une petite portion de chacune des dents incisives, ils touchent l’extrémité limée avec un pinceau imbibé d’une dissolution peu concentrée d’acetate de plomb, qui se transforme en sulfure de plomb, dont la couleur noire rappelle celle de la carie.

5° AERFS et vaisseaux dentaires, réimplaatatioa »es dents. — Le sommet de chaque racine est percé d’un orifice par lequel passent les nerfs et les vaisseaux qui vont se ramifier dans le bulbe dentaire, pour présider à la nutrition et à l’innervation des dents. C’est la rupture de ces filaments qui produit, d’une part, l’hémorrhagie

et, de l’autre, la douleur, au moment de l’extraction des dents. Cette douleur est si vive que l’avulsion des dents a été autrefois employée comme un moyen de torture : Louis XI a fait subir ce supplice aux enfants du duc de Nemours, et, en Pologne, on arrachait les dents à ceux qui étaient convaincus d’avoir mangé des viandes en carême.

Grâce à leur sensibilité, les dents évitent les plus petits corps étrangers, qui, mélangés aux aliments, pourraient user ou briser ces organes. L’action du sucre, du tabac, des substances acidulées sur les nerfs de la pulpe dentaire détermine cette sensation particulière qui constitue l’agacement des dents. Ce désagrément peut être neutralisé par un autre acide; ainsi en mâchant de l’oseille on fait disparaître l’agacement provenant de l’usage des fruits acerbes.

A l’état normal, la membrane fibro-vasculaire, dite périoste alvéolodentaire, qui tapisse les parois alvéolaires, maintient les racines des dents en position et empêche la compression des nerfs au fond des alvéoles pendant les mouvements de mastication. Mais, lorsque F inflammation s’empare de cette membrane, les dents sont alors ébranlées, les nerfs comprimés, et il en résulte une douleur atroce qui empêche de se servir d’une dent malade.

Les filets nerveux des dents (fig. 47) sont des rameaux d’un nerf appelé trijumeau, qui se distribue au cuir chevelu, à la peau et aux muqueuses de la face : aussi son endolorissement s’irradie-t-il à toute la sphère de distribution de ce nerf.

Les vaisseaux qui pénètrent par l’extrémité des racines des dents ne doivent pas être les seuls agents de nutrition de ces organes, et il est probable qu’il faut compter parmi ces agents la membrane alvéolodentaire, puisqu’on peut réimplanter des dents saines ou malades extraites de leurs alvéoles, soit par maladresse, soit pour les traiter. On a même effectué avec succès la transplantation des dents d’un individu à un autre. Les dentistes ont été conduits à ce résultat par les expériences des physiologistes qui ont greffé des dents humaines, munies de leur bulbe, dans la crête d’un coq et ont vu ces dents continuer à s’accroître. M. Philippeaux a inséré une incisive de cochon d’Inde dans la crête d.’un gallinacé avec le même succès.

usages des dents. — Le principal usage des dents est de couper, broyer et déchirer les substances alimentaires; aussi leur configuration varie-t-elle suivant le genre d’aliments dont les animaux se nourrissent. Les carnivores ont des dents tranchantes et pointues ; les herbivores ont, au contraire, des dents à surface plate et large.

D’une mauvaise dentition résulte toujours une mastication incomplète des aliments et, par suite, des troubles digestifs qui altèrent la santé. C’est pourquoi la perte ou la carie de plusieurs dents entraîne

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l’exemption du service militaire. De là les mutilations volontaires des dents chez certains conscrits.

Les dents servent encore à la modulation de la voix, l’articulation des sons, la prononciation des consonnes dentales et sifflantes, des

Fig. 55. — Profil du même individu avec et sans dentier.

B et des S par exemple. Elle concourent aussi, pour une grande part, à l’ornement de la physionomie (fig. 55) et l’on sait que les personnes qui ont de jolies dents ont le rire facile.

Ces divers attributs des dents expliquent l’utilité et la vogue des dents artificielles.

Les Tonquinois et les habitants des îles Mariannes considèrent les dents noires comme un ornement ; aussi s’empressent-ils de se les noircir avec des herbes spéciales. En Chine, quelques mandarins recouvrent leurs dents de lames d’or ou d’argent. Cette coutume existait, sans doute, chez les Romains, car Pline prétend avoir vu des hommes ayant des dents formés de ces métaux.

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