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Fig- 20. — Structure du cartilage.
A, Matière amorphe grenue. — B, Excavations du cartilage ou chondroplastes. — a , a, a . Cellules de cartilage renfermant des noyaux b, b\ b".
amortit leurs chocs. Cette substance, appelée vulgairement « le croquant», a reçu des anatomistes le nom de cartilage. Elle est constituée par une matière amorphe grenue, de couleur opaline, creusée de cavités microscopiques appelées chondroplastes {yô^ôq, cartilage; TuXaaxYjç, formateur), qui renfermen t chacune une ou plusieurs cellules de cartilage (fîg. 20).
Les cartilages articulaires étant dépourvus de nerfs sont insensibles; et il ne pouvait en être autrement, en raison des pressions continuelles qu’ils sont destinés à subir. En vieillissant, ces cartilages sont quelquefois envahis par l’ossification, et les surfaces articulaires présentent
l’aspect lisse et poli des billes d’ivoires; on dit alors qu’ils sont éburnês (de ebur, ivoire).
2°ligamemts. entorse et luxation. — Les ligaments sont des membranes fibreuses qui servent de liens entre les os. Ils affectent des formes variées : ils sont disposés en bandelette ou en capsule ; la première conformation se rencontre aux doigts (fig. 21)
Fig 21. — Ligaments des articulations phalangiennes, (D’après Fort).
et aux pieds (fig. 22) ; la deuxième, à la hanche et à l’épaule. Ces agents de contention offrent une grande résistance, mais ils sont dépourvus d’élasticité: c’est pourquoi ils ne reprennent pas leur conformation primitive lorsqu’ils ont été allongés par des maladies de longue durée, comme dans les épanchements articulaires chroniques. Dans ce cas, les fibres ligamenteuses ne peuvent plus limiter l’étendue des mouvements articulaires, et les membres affectés se meuvent en tous sens ; ils ont été comparés, pour ce motif, à ceux de polichinelle. C’est encore au défaut d’élasticité des ligaments que le genou doit, lorsqu’il est à demi fléchi, ses mouvements de latéralité, mouvements impossibles lorsque la jambe est dans l’extension ou dans la tlexion forcée, parce qu’alors les ligaments sont fortement tendus.
Par l’habitude, les ligaments acquièrent une grande souplesse comme chez les jongleurs et les clowns. 11 n’est pas rare de voir des bateleurs se renverser en arrière, prendre leur cou avec les pieds et donner à leur corps la forme d’un cerceau. L’Hippodrome nous a montré, dans ces dernières années, un acrobate d’une agilité extraordinaire que l’on avait surnommé «l’homme serpent » parce qu’il imitait les contorsions de ce reptile.
Lorsqu’une violence extérieure tiraille les ligaments et leur fait subir une distension considérable ou même les expose à une rupture, les surfaces articulaires se déplacent et donnent lieu, selon le degré du déplacement, à Y entorse ( intortus , tordu) ou à la luxation ( luxare , déboîter) (fig. 23).
Bien que les ligaments reçoivent des nerfs semblables à ceux de tous
DE LA LOCOMOTION
les autres organes, ils possèdent cependant une sensibilité toute spéciale : ils sont insensibles aux piqûres et aux incisions, tandis que leur distension et leur torsion provoquent des douleurs atroces, comme dans l’entorse et dans la plupart des affections articulaires. Le tiraillement des ligaments plantaires (fig. 22), et en particulier celui du ligament dit cal canéo-cuboïdien inférieur, qui concourt surtout à former la voûte du pied, est une des causes principales de la douleur que les individus affectés de pieds plats éprouvent dans la marche.
DE LA PRESSION ATMOSPHÉRI- QUE comme: moyen de contention «es articulations — En examinant avec soin l’articulation de l’épaule ou mieux celle de la hanche, on voit que leur capsule fibreuse est assez lâche pour permettre aux articulations un écartement de près de 2 centimètres. Or cette disposition rendrait la locomotion difficile et même impossible, si la nature ne s’était servie d’un autre agent pour maintenir en contact les surfaces articulaires. Ce puissant auxiliaire est la pression atmosphérique, ainsi que les frères Weber l’ont démontré par l’expérience suivante.
Ils disposèrent sur une table un cadavre avec les membres inférieurs pendants ; puis,
, , , ayant fait la section circulaire de toutes les
Fig. 22. — Ligaments de la plante " J . ,, . . . , . . ,
du pied. parties molles qui entourent 1 articulation de
la hanche (peau, muscles, etc.), ils furent très étonnés de voir que l’os de la cuisse restait suspendu dans la cavité articulaire. Ils eurent l’idée de pratiquer sur la paroi intérieure du bassin un petit trou qui s’ouvrait dans cette cavité. Dès que la communication de celle-ci avec l’air extérieur fut établie, la cuisse se dégagea hors de la cavité et tomba
aussitôt.
L’influence de la pression atmosphérique sur la locomotion se fait d’ailleurs sentir en temps ordinaire : un abaissement considérable de cette pression produit une fatigue plus ou moins grande, et c’est prendre l’effet pour la cause que de dire : c le temps est lourd ». De même, un homme qui gravit une haute montagne éprouve, à mesure que la pression atmosphérique diminue, une sensation de gêne particulière qui lui fait croire que ses membres sont plus « pesants ». Dans
ces deux cas, il faut suppléer à Faction de l’atmosphère sur les articulations par un effort musculaire soutenu : d’où la fatigue que l’on ' ressent.
3e KYSTES SYYO VIAUX.TïJMEïJR BLAMCHB,
— Les synoviales sont des membranes séreuses, lisses et résistantes, qui tapissent les parois internes des ligaments articulaires. A la suite d’un violent effort, une portion de la synoviale peut s’engager par les éraillures des fibres ligamenteuses et former une ou plusieurs petites
Pig. 23. — Luxalion du fémur en arrière, ou iliaque.
1, Cavité colyloïde abandonnée par la tête du fémur. — 2, Tête du fémur placée dans la fosse iliaque externe 3. — 4, Corps du fémur.
Pig. 24. — Kystes synoviaux du poignet.
1, 2. Ligaments articulaires. — 3, 3, Eraillures qui laissent passer une hernie de la synoviale.
hernies appelées kystes synoviaux ou ganglions. Cette affection s’observe surtout au dos du poignet (fig. 23) ; elle est très-commune dans les ateliers, et les ouvriers ont coutume de la faire disparaître en l’écrasant avec un marteau ; ils disent alors qu’ils « dénouent le nerf » .
Les membranes synoviales renferment de nombreux vaisseaux et quelques filets nerveux. La richesse de leur réseau vasculaire explique la fréquence de leur inflammation, c’est-à-dire des synovites. L’affection appelée tumeur blanche (fig. 25), à cause du gonflement et de la couleur que présente la jointure malade, est à son début le plus souvent localisée dans la synoviale ; les cartilages et les os ne s'altèrent que consécutivement. Le rhumatisme articulaire est aussi caractérisé par l’inflammation aiguë ou chronique de ces mêmes membranes.
La fonction des séreuses articulaires est de sécréter un liquide inco-
DE LA LOCOMOTION
lore, filant, légèrement jaunâtre, auquel son analogie avec le blanc d’œuf cru, a fait donner le nom de synovie (? uv, avec ; wov, œuf). Ce liquide agit à la façon de l’huile dans les rouages d’une machine ; il sert donc à faciliter le glissement des surfaces articulaires les unes sur les autres. C’est pourquoi lorsqu’il vient à manquer, ainsi qu’on l’observe dans Yarthrite sèche , il se produit au niveau des
Fig. 25.
Fig. 25. — Tumeur blanche du genou.
— \, Genou. — 2, Jambe.
Fig. 26. — Coupe d’nn genou affecté d’hydarthrose. — 1, Liquide épanché
Fig. 26.
dans la cavité articulaire. — 2, 3, 4, Bourses séreuses. — 5, Le liquide de l’hydarthrose refoule en avant la rotule et le muscle triceps.
jointures des craquements particuliers. Si, au contraire, à la suite d’une contusion ou d’une vive irritation, la synovie est sécrétée en grande quantité, elle s’accumule dans l’articulation (fig. 26), distend la synoviale et détermine Yhydarthrose (uàwp, eau ; àpOpov, l’articution).
mouvements autîculaires. — Les mouvements des di arthroses sont au nombre de sept ; il suffit de les énumérer pour en comprendre le jeu : 1° flexion ; 2° extension ; 3° adduction ( ducere , conduire ; ad, vers, sous-entendu le corps) ; 4° abduction ( ducere , conduire ; ab , loin de) : 5° circumduction ( circum , autour) ; 6° rotation ( rotare , tourner) ; 7° glissement. Les articulations munies de capsules fibreuses ont des mouvements plus étendus que les autres : ainsi, le coude n’a que les mouvements de flexion et d’extension ; tandis que la hanche et l’épaule les présentent tous les sept. Cette grande mobi-
lité est surtout favorisée par la laxité de la capsule fibreuse qui permet, comme nous l’avons vu, un certain degré d’écartement des surfaces articulaires ; de là aussi les fréquentes luxations des jointures enveloppées d’une capsule.
amkyloses. — La diminution ou la perte absolue des mouvements articulaires constitue Y ankylosé (à yxiiXtoanç, courbure). Cette
Fig. 27. — Appareil pour détruire les roideurs articulaires de l’épaule.
affection est tantôt déterminée par l’àge ; tantôt par des attitudes professionnelles, comme on l’observe sur la colonne vertébrale des cultivateurs ; tantôt elle dépend de ce qu’on a appelé la diathèse phosphatique : ainsi sur le squelette de Séraphin, conservé au musée Dupuytren, toutes les articulations sont ankylosées ; tantôt enfin, elle se manifeste à la suite d’une immobilité prolongée des articulations. C’est pour parer à cet inconvénient que, pendant le traitement
d’une fracture, on fait de temps en temps exécuter des mouvements aux jointures du membre malade. Pour rompre les adhérences des grandes articulations, on se sert de divers appareils à levier que le malade fait mouvoir lui-même (fi g. 27).
pseudarthrose. — On appelle pseudarthroses (<ku§Yjç faux ; apOpôv, articulation) les fausses articulations qui se forment au niveau d’une fracture, soit sous l’intluence de la débilité du sujet, soit encore chez les malades indociles qui ne supportent point l’appareil et qui se servent trop tôt de leur membre blessé. Cette affection se rencontre surtout au bras et à la cuisse. On y remédie à l’aide de mécaniques munies d’une plaque destinée à comprimer la pseudarthrose mobile. M. Mathieu est parvenu à consolider les fausses articulations de l’humérus en se servant d’un appareil en cuir moulé garni de bandelettes d’acier.