‹ Le corps humainChapitre 26 sur 144 · DES MOUVEMENTS A LA FOIS VOLONTAIRES EX IXVOLOX · texte numérisé non relu

DES MOUVEMENTS A LA FOIS VOLONTAIRES EX IXVOLOX

taires. — La division des mouvements en volontaires et involontaires est imparfaite, puisqu’il en est dans lesquels la volonté n’intervient pas toujours. Ainsi les mouvements du diaphragme sont volontaires dans l’elfort et involontaires dans la toux, l’éternument, etc. Les mouvements réflexes , que nous étudierons avec l’appareil de l’innervation, sont aussi des mouvements involontaires, bien qu’ils se passent dans les muscles de la vie animale.

Il est une autre variété de mouvements appelés automatiques^ tô[x<xtôç, spontané) qui s’exécutent sans que la volonté y participe : le vertige qui nous attire dans le vide, les mouvements inconscients communiqués aux tables, « tournantes » et aux baguettes de coudrier, dites « divinatoires », en sont des exemples curieux.

MODE DE PRODUCTION DES MOUVEMENTS VOLON- TAIRES. — La production des mouvements volontaires peut ordinairement se diviser en deux temps : dans le premier, le muscle se contracte et subit un raccourcissement dont le résultat est de rapprocher l’un de l’autre les deux os qui lui servent d’attache ; dans le second, le muscle se relâche et les leviers osseux reprennent leur position primitive.

Lorsque le rapprochement des extrémités d’un muscle atteint un certain degré, il est impossible de le contracter : c’est pourquoi l’on se dégage facilement de la main d’un homme robuste en lui fléchissant le poignet. Dans ce cas, les tendons des muscles fléchisseurs des doigts ont atteint leur limite de raccourcissement, et ils ne peuvent plus serrer efficacement un objet placé dans la main.

La direction du mouvement dépend, d’une part, de l’espèce d’articulation qui relie les pièces osseuses entre elles, et, de l’autre, de la situation du muscle contracté par rapport à ces os : de là les divers mouvements de flexion, d’extension, de rotation, de circumduction, d’adduction et d’abduction.

du phénomène de l’efeort. — Lorsque les muscles entrent en contraction, ils donnent aux mouvements du corps une force mécanique suffisante pour surmonter une résistance plus ou moins énergique, comme dans l’action de pousser, de tirer ou de soulever un fardeau; on dit que l’on fait effort.

Ce phénomène se compose de deux temps : pendant le premier, on fait une grande inspiration dans le but de dilater la cavité thoracique et de donner à ses parois assez de résistance pour servir de point fixe aux

muscles qui s'insèrent sur le tronc ou sur les segments adjacents ; le second temps est occupé par la contraction des muscles destinés aux mouvements de progression , de propulsion ou de traction que l’on se propose d’accomplir.

Pendant la durée du second temps, Pair inspiré s’échappe de la poitrine par le larynx préalablement rétréci ; la rapidité de sa sortie et le bruit qu’il produit à son passage dépendent de l’énergie des contractions musculaires. Le « ho-his » des marins et le cri du geindre expriment par leur cadence les deux temps de l’effort. L’accomplissement de ce phénomène expose aux hernies des viscères abdominaux, parce qu’ils sont repoussés par le diaphragme et peuvent s’échapper à travers les orifices naturels de l’abdomen. Cet accident s’observe fréquemment chez les enfants qu’on laisse crier dans leur berceau.

D’après la théorie que nous venons d’exposer, on voit que le concours de la plus grande partie des muscles de l’économie est nécessaire à l’accomplissement du phénomène de l’effort. Aussi est-il difficile, pendant qu’on exécute un mouvement qui exige la dépense d’une certaine force, de distraire de l’action commune une puissance musculaire quelconque, pour accomplir, dans le même temps, un autre mouvement. C’est pourquoi les chevaux ralentissent leur course et souvent s’arrêtent quand ils ont un besoin à satisfaire.

APPUCATIOX DES LEVIERS A L’ÉCONOMIE AVÏMALE.

— En mécanique, on désigne sous le nom de levier toute tige rigide fixée dans un point de son étendue et destinée à mouvoir un corps pesant. Le point fixe sur lequel le levier repose s’appelle^omZ d'appui; la force qui fait mouvoir le levier est la puissance , et le poids à sou-

Fig. 123. — Levier du premier genre.

lever représente la résistance. On appelle bras de levier de la puissance (AP, fig. 123, 124, 125), la distance qui sépare le point d’appui A du point d’application de la puissance P, et bras de levier de la résistance AR la distance qui sépare le point d’appui du point d’application de la résistance R. On distingue trois genres de leviers, d’après la position du point d’appui par rapport à la puissance et à la résistance.

Dans le premier genre (fig. 123), le point d’appui A est placé entre

la puissance P et la résistance R, comme dans les balances et les ciseaux. Le bras de puissance AP peut être égal, plus grand ou plus petit que le bras de résistance AR.

Dans le deuxième genre (fig. 124), le point d’appui A est aune extré-

F i0r. 124. — Levier du deuxième genre.

mité du levier, tandis que la puissance P est à l’autre, comme dans le casse-noisette, l’aviron et la brouette. Le bras de puissance AP est toujours plus grand que le bras de résistance AR.

Enfin, dans le troisième genre (fig. 125), le point d’appui A est encore situé à une extrémité du levier, mais la résistance R occupe l’autre extrémité, comme la pédale d’un piano et les pincettes des

Fig. 123. — Levier du troisième genre.

foyers. Le bras de puissance AP est toujours plus petit que le bras de la résistance AR.

Dans la mécanique animale, les os font l’office de leviers ; la puissance est représentée par les muscles, la résistance par le poids des parties à mouvoir, et les points d’appui correspondent le plus souvent aux articulations.

La tête se meut sur le cou par un levier du premier genre (fig. 126); le point d’appui est la colonne vertébrale ; la puissance réside dans les muscles de la nuque, et la résistance est représentée par le poids de la face.

C’est un levier du second genre qui nous élève sur la pointe du pied (fig. 127) : le point d’appui A est le sol, la puissance P est le tendon d’Achille, et la résistance R l’articulation du cou-de-pied, qui supporte tout le poids du corps. Ce levier nous permet de déployer une force plus grande que les leviers des autres genres, parce que son bras de

m le corps humain.

puissance AP est toujours plus long que son bras de résistance AR.

Enfin nous avons un exemple de levier du troisième genre dans la flexion de l’avant-bras sur le bras (fig. 128) : le point d’appui est à

l’articulation du coude A, la puissance est le muscle biceps P, et la résistance est le poids de la main R. Dans cette variété de levier, le bras de la puissance AP est toujours moins long que le bras de la résistance AR, c’est-à-dire que la force est sacrifiée à la vitesse. Le levier du troisième genre est de tous le plus répandu dans l’économie.

En le multipliant ainsi, la nature nous indique que les leviers osseux de l’homme et des animaux sont destinés à accomplir surtout des mouvements de vitesse et non de force.

D’autres causes, telles que l’obliquité des tendons sur les os, le passage des muscles devant plusieurs articulations et leur insertion au voisinage des surfaces articulaires concourent encore à augmenter la vitesse de nos mouvements au détriment de leur force.

DE LA LOCOMOTION

IL Des attitudes et des mouvements du corps humain.

1° attitudes ou sTATio\s. — Les attitudes ou stations du corps humain sont les diverses positions qu’il prend en restant immobile ; nous aurons donc successivement à examiner la station debout, la station sur les genoux , la station assise et la station couchée.

station debout. — Pour que le corps se maintienne en équilibre dans la position verticale, son centre de gravité, qui se trouve dans le voisinage de la deuxième vertèbre sacrée, doit, suivant les lois de la mécanique, passer par le plan dit de sustentation , limité par l’écartement des pieds. Plus cette surface est large, plus la station debout est assurée : c’est dans ce but que les marins marchent, sur le pont oscillant de leur navire, les jambes écartées. Ils conservent même sur terre cette habitude qui donne à leur démarche un balancement si caractéristique. L’attitude du soldat au port d’arme est plus fatigante que la station verticale ordinaire, parce que le contact des talons rend

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la base de sustentation triangulaire et, par suite, plus petite que lorsqu’elle était quadralitère. C’est pour le même motif que la station sur un seul pied est plus pénible que sur les deux pieds.

Si l’homme ajoute au poids de son corps celui d’un fardeau, il est obligé de s’incliner dans différents sens pour que son centre de gravité (C, fig. 129) passe toujours entre ses pieds : l’homme qui porte un fardeau sur le dos s’incline en avant ; si, au contraire, il le porte en l’appuyant sur le ventre, il s’incline en arrière, et, s’il le tient à la main, il se renverse du côté opposé en étendant le bras correspondant.

de manière à faire équilibre au poids additionnel. C’est pour la même raison que les hommes maigres tendent à se voûter, et que ceux qui sont obèses ou hydropiques prennent une attitude contraire. La direction du centre de gravité ne suffit pas pour maintenir le corps dans la station verticale : la contraction musculaire doit aussi concourir à immobiliser les articulations du tronc, et surtout celles des membres inférieurs (fig. 130).

Les muscles qui servent à maintenir en équilibre le corps sur sa base de sustentation, sont les muscles extenseurs du tronc et principalement ceux des membres inférieurs. C’est ainsi que les muscles du mollet empêchent la flexion du pied ; le triceps fémoral (2) s’oppose à celle du genou, et les fessiers, avec le concours des muscles spinaux et de ceux de la nuque (3, 4), interviennent à leur tour pour empêcher le bassin, la colonne vertébrale et la tête de fléchir en avant. Un homme qui perd connaissance ou qui est frappé d’apoplexie cérébrale s’affaisse sur lui-même par suite du relâchement de ces différents muscles.

La station verticale ne peut se prolonger longtemps sans fatigue, parce qu’elle exige la contraction active, simultanée et continue des groupes musculaires que nous venons de signaler. C’est pourquoi l’on réserve toutes les heures un quart d’heure de repos aux modèles qui posent dans les ateliers. On peut rendre la station r.g. wu. - ....g, JL verticale moins fatigante en prenant la position montrant l’action des mus- ^ite iianc]U;e dans laquelle le tronc se porte alcorps dans la rectitude, ternativement sur 1 une ou 1 autre jambe. L est i. Muscles du mollet. -2,iri- l’attitude que les sculpteurs donnent le plus fessiers?-— ' 4T"m usciesC de communément à leurs statues, la colonne vertébrale et de La station verticale est naturelle et exclusive à la nuque. Les flèches in- „ . . . , , ., ,.c L

diquent la direction de l’ac- 1 homme j elle lui sert de trait distinctif entre tion musculaire tous les animaux> et, ainsi que l’a dit Ovide (1):

« Dieu a donné à l’homme un visage élevé, il lui a ordonné de regarder le ciel et de diriger les yeux vers les astres. » station assise. — Dans cette attitude, le corps repose sur les deux ischions du bassin et tend à tomber en arrière, parce que ces

Os homini sublime dédit, eœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidéra tollere vultus.

DL LA LOCOMOTION

deux points d’appui sont situés en avant du centre de gravité. De là l’utilité des dossiers pour soulager le tronc. On peut encore s’asseoir en tenant le corps fléchi, tandis que les pieds reposent sur le sol : dans ce cas, le centre de gravité tombe dans la base de sustentation qui est plus étendue en avant. C’est la position que l’on prend naturellement sur un siège dépourvu de dossier.

Dans l’attitude accroupie des tailleurs et des Orientaux, le corps repose sur les ischions et sur le bord externe des pieds ; cette position est plus supportable que la station assise, parce que la base de sustentation présente une surface plus considérable.

statiox sur, ues gexoux. — Dans cette position, le centre de gravité tombe entre les rotules qui, à elles seules, supportent le poids du tronc. Cette attitude est d’autant plus pénible à supporter que la base de sustentation est très-limitée, et que, d’autre part, les téguments sont douloureusement pressés entre le sol et les os du genou. La fatigue de cette position peut être diminuée, soit en penchant le corps sur un appui antérieur, comme les prie-Dieu, soit encore en se reposant sur les talons : on déplace ainsi le centre de gravité, et l’on en répartit la charge sur la base de sustentation tout entière.

La station sur les genoux est celle qui expose le plus aux hernies, par suite de l’impulsion en bas communiquée aux viscères abdominaux ; et cependant c’est une punition que l’on inflige souvent aux enfants.

Nous avons déjà dit que chez les religieuses, les couvreurs et les parqueteurs qui sont souvent à genoux, on observe au-devant de la rotule un gonflement plus ou moins accentué, dû à l’hyaropisie ou hygroma de la bourse séreuse située en avant de cet os (10, fig. 7).

station couchée. — Les attitudes que nous venons d’étudier exigent la participation active du système musculaire, tandis que la station couchée est une attitude essentiellement passive, dans laquelle le corps est abandonné à son propre poids. Cette position est la moins fatigante de toutes, à cause du relâchement des muscles et de l’étendue de la base de sustentation. Si le plan sur lequel repose le corps offre une certaine résistance, les points les plus saillants, tels que les trochanters des fémurs, les talons et le sacrum, peuvent s’escorier et donner lieu à la production d 'eschares (ea^apa, croûte), ainsi qu’on l’observe si souvent dans les maladies de longue durée. Si, au contraire, ce plan est souple, comme les matelas d’eau, d’air ou de plume, les points de contact sont beaucoup plus nombreux, le poids du corps se répartit sur une surface très-étendue, et l’on n’observe plus les inconvénients que nous venons de signaler.

On peut se coucher sur le dos, sur le ventre ou sur l’un des deux Côtés. La première position, dite décubit s dorsal , est la plus favorable

à la respiration; aussi est-elle ordinaire à l’enfance, à la vieillesse, aux asthmatiques et aux malades atteints de lièvres adynamiques. Lorsque ces derniers commencent à se reposer sur le côté, on peut présager une guérison prochaine. Le sommeil qui a lieu dans le décubitus dorsal est souvent troublé par des songes pénibles. C’est aussi dans cette attitude que le ronflement est le plus commun.

Le repos sur le ventre est incommode et ne peut être prolongé longtemps sans fatigue. Cependant on dit que Cujas avait l’habitude de prendre cette position pour travailler. Descartes et Leibnitz pratiquaient aussi « la méditation horizontale » . Le décubitus abdominal est favorable dans certaines maladies; il calme, par exemple, les douleurs des affections du tube digestif.

Le repos sur le côté droit est le plus salutaire et le plus naturel des décubitus, parce qu’il s’oppose à la compression de l’estomac par le foie et qu’il favorise le passage des aliments dans l’intestin.

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