MOUVEMENTS DE PROGRESSION. — DE LA MARCHE
— La marche est le mode de progression le plus ordinaire à l’homme pour se transporter d’un point de l’espace dans un autre. Elle résulte
d’une série de déplacements successifs appelés pas. Les nombreux changements de position qu’effectuent le tronc et les membres inférieurs pour exécuter un pas peuvent se réduire à deux temps principaux. Dans le premier temps, le corps s’appuie sur les deux membres inférieurs, et, dans le second, il ne repose plus que sur l’un des deux, comme on le
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voit sur la figure 131. A chaque pas nouveau, la jambe qui supportait le corps dans le second temps devient mobile à son tour, et se porte en avant par un mouvement d’oscillation que l’on a justement comparé au balancier d’une pendule. Pendant la marche, le corps se porte aliernativement à droite et à gauche sur l’une et l’autre jambe, de sorte qu’il avance par une série de mouvements de projection oblique qui se succèdent plus ou moins rapidement. 11 en résulte un balancement particulier qui est d’autant plus accentué que l’écartement des pieds ou celui des hanches est plus considérable. Telle est la cause du dandinement des marins, dont nous avons parlé plus haut, et du balancement qui caractérise la démarche de la femme. Ces oscillations du corps sont très-accusées chez les habitants des Landes qui traversent sur des échasses leurs plaines sablonneuses.
Les bras ne restent pas inactifs dans la marche, et ils concourent à la faciliter en exécutant, à la façon d’un balancier, des oscillations inverses à celles des membres inférieurs : c’est à dire que, lorsqu’une jambe se meut d’arrière en avant, le bras du côté correspondant oscille d’avant en arrière. Aussi se fatigue-t-on plus vite en marchant les mains dans les poches que les bras balants. C’est surtout dans la course que les bras sont des auxiliaires utiles à la locomotion, et les menottes que l’on met aux prisonniers n’ont d’autre but que de les empêcher de fuir. Un coureur amputé de l’avant-lnas gauche par Dupuytren fut obligé, pour maintenir son équilibre, de porter un bras artificiel.
L’intégrité de la vue est une condition indispensable pour assurer la direction de la marche. Lorsqu’un aveugle, ou un homme à qui on a bandé les yeux, est placé au milieu d’un espace carré, comme le tapis vert de Versailles, on remarque qu’il n’en sort que par un de ses angles, et que c’est le plus souvent du côté gauche que la déviation a lieu. Cette particularité peut être attribuée à la prédominance du côté droit dont l’impulsion serait aussi plus forte. C’est pour une raison semblable que des boiteux, placés dans les mêmes conditions, se dirigent toujours du côté de leur membre raccourci.
La marche est moins fatigante que la station debout, parce que dans cette dernière attitude les puissances musculaires sont constamment en jeu, tandis qu’en marchant la contraction des muscles alterne avec un relâchement ou un repos de ces organes.
vitesse DE LA marche. — Il résulte des expériences des frères Weber que la vitesse de la marche est, en moyenne, chez un adulte, d’une lieije et demie par heure dans la marche ordinaire, et qu’elle peut atteindre deux lieues et demie si la marche est précipitée. Mais la loi de mécanique, qui veut que l’on gagne en vitesse ce que l’on perd en force, s’oppose à ce que cette dernière vitesse soit longtemps sou-
tenue ; et le dicton bien connu : « Plus on se hâte, moins on avance, » ainsi que le proverbe italien :
Cbe va piano, va sano Clie va sauo, vu lonlano,
se trouvent l’un et l’autre justifiés par l’expérience. Les montagnards des Alpes qui sont, entre tous les marcheurs, réputés comme les meilleurs, connaissent bien la vérité de ce principe, et l’un d'eux répondait avec raison à un touriste qui lui demandait combien il I allai t de temps pour aller de la vallée de Campan au pic du Midi : « Quatre heures en allant doucement, et six en allant vite. »
Par l’exercice, la vitesse de la marche peut s’accroître dans des proportions considérables, comme le prouvent les exemples que nous
allons citer : ...
En 1786, le guide Jacques Balmat gravit le premier la cime du mont Blanc en passant quatre jours et quatre nuits sans dormir ni prendre aucun repos. Un de ses (ils, Édouard Balmat, partit de Paris pour rejoindre son régiment à Gènes et arriva le cinquième jourà Chamonix, après avoir parcouru 546 kilomètres. Le capitaine Barclay s’engagea, en 1809, à parcourir 1,000 milles (1) en 1,000 heures; il partit le 1er juin à minuit et termina ses 1,000 milles le 12 juillet à trois heures de l’après-midi : il gagnait un pari de 75,000 francs ; Londres lui fit une réception triomphale. Mais le marcheur le plus habile que l’on connaisse jusqu’à ce jour est l’Américain Weston, qui fit vers 1878 les inarches suivantes : 440 kilomètres en 75 heures consécutives ; 640 kilomètres en six jours; il s’était engagé à faire 840 kilomètres en six jours, mais un rhume l’arrêta lorsqu’il n’avait parcouru que 720 kilomètres.
oe la marche siiR ex sol ixcuxe. La marche sur un sol ascendant est plus pénible que sur un sol uni : outre la fatigue de la marche ordinaire, les membres inférieurs doivent soulever le corps à chaque pas, suivant une ligne ascensionnelle parallèle au plan incliné. Dans ce mode de progression, ce sont surtout les extenseurs de la cuisse qui agissent le plus activement; aussi se plaint-on surtout des genoux lorsqu’on monte des escaliers. On peut rendre cette ascension moins fatigante en l’elfectuant à reculons.
Lorsque la marche a lieu sur un sol descendant , les contractions musculaires tendent surtout à empêcher la chute du tronc en avant : d’oii la contraction énergique des muscles spinaux et, par suite, la fatigue de la région des reins.
®u SAUT. - L# saut diffère de la marche en ce que, à un moment
(i) Le mille anglais mesure 4, 609 mètres
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donné, le corps se détache entièrement du sol et est projeté plus ou moins loin, en avant ou en arrière, par la détente subite des membres inférieurs et du rachis, préalablement fléchis l’un sur l’autre. Le saut est d’autant plus grand que les membres inférieurs sont plus longs : voilà pourquoi tous les animaux sauteurs, comme le lièvre, les sauterelles, etc., ont le train postérieur plus développé que l'antérieur. Le mouvement d’impulsion dans le sens du déplacement est augmenté par le balancement des bras ; et il peut êlre encore plus considérable si le saut est précédé d’un temps de course préalable, c’est-à-dire si l’on « prend son élan ». Les tremplins agissent à la façon d’un ressort et augmentent aussi l’étendue du saut.
de la course. — La course est un genre de progression qui se compose d’une suite de sauts rapides. Elle exige des contractions plus nombreuses et plus fortes que la marche, lien résulte une rapidité plus grande de la circulation et par suite un afflux plus considérable de sang dans les poumons : d’où l’essoufflement et l’anhélation qui accompagnent la course, et qui peuvent aller jusqu’à déterminer l’asphyxie, soit par lassitude des mouvements respiratoires, soit par engorgement sanguin des capillaires pulmonaires. Plutarque raconte, dans la vie d’Aristide, qu’Euchidas, chargé par les généraux grecs d’aller, avant la bataille de Platée, chercher le feu sacré à Delphes, expira quelques moments après son retour. On connaît l’histoire de ce soldat qui courut à Athènes pour y porter la nouvelle de la victoire de Marathon, et qui, arrivant sur la place publique, n’eut que la force de s’écrier : « Réjouissez-vous, nous sommes vainqueurs! » et rendit aussitôt le dernier soupir. Le même fait s’est reproduit plus tard en Suisse, lors de la bataille de Morat : un jeune Fribourgeois, qui venait de prendre part au combat, tomba mort sur la place publique de sa ville natale en apportant la nouvelle de la victoire. Et comme il tenait à la main une branche de tilleul, on planta à l’endroit où il succomba un arbre de même essence qui est encore aujourd’hui une des curiosités de Fribourg. C’est d’une façon semblable que moururent les frères argiens Biton et Cléobis, qui avaient traîné le char de leur mère Cydippe, prêtresse de Junon, jusqu’au seuil du temple.
L’accélération de ia circulation, pendant la course, détermine en outre une congestion de la rate qui se traduit par un gonflement de cet organe et donne lieu à un point de côté gauche plus ou moins violent : les bons coureurs semblent ne pas ressentir cet inconvénieift; voila pourquoi l’on dit d'eux qu’ils courent comme des dératés.
Pour empêcher la sécheresse du gosier provenant des mouvements respiratoires trop répétés, les coureurs ont l’habitude de tenir dans la bouche un corps étranger, comme un caillou, qui activé la sécrétion de la salive. On sait que les Indiens supportent des fatigues considé-
fables en mâchant des feuilles sèches d’Érytroxylon coca qui, non seulement provoque une salivation abondante, mais sert d’aliment d’épargne en suspendant les phénomènes de dénutrition. Nous avons vu que, dans la c >urse, les bras suivent les mouvements des jambes et s’agitent d’avant en arrière à la façon de véritables ailes, suivant 1 expression d’Athénée. Mais cette mobilité des membres supérieurs empêche les muscles respirateurs qui s’y attachent d’avoir un point d’appui assez fixe pour se contracter énergiquement ; aussi court--on mieux quand les bras sont lléchis et ramassés sur la poitrine. C’est pour le même motif que les bras pendants et immobiles facilitent la course, ainsi qu’ Aristote en avait déjà fait la remarque.
vi n ssii oe la counsE. — Le maximum de vitesse que l’homme puisse atteindre dans la course serait, suivant les frères Weber, de près de huit lieues par heure, en supposant — ce qui est impossible — que la course soit soutenue sans fatigue excessive. Dans le gymnase du colonel espagnol Amoros,qui le premier introduisit vers 1814 la gymnastique en France, le maximum de vitesse atteint était de 14,340 mètres environ par heure, c’est-à-dire un peu plus de trois lieues et demie.
La course était en grand honneur chez les anciens (1), et c’est par cet exercice que l’on commençait les Jeux Olympiques.
Parmi les plus célèbres coureurs de l’antiquité, nous citerons Ladas, dont l’agilité et la légèreté étaient telles que ses pieds, raconte le géographe Caïus Solius, ne laissaient aucune trace sur lesable ; le chevrier Polymnestor attrappait un lièvre à la course; le pitre Maximus dépassait en courant, l’empereur Septime, lancé au galop de son cheval; Tibère-Néron qui, allant voir son frère Drusus en Allemagne, lit avec une suite de trois chars, plus de 53 lieues en un jour; Antistius de Lacédémone et Philonides, coureurs d’Alexandre, se rendaient, dit Pline avec son exagération habituelle, d’Élis à Syracuse en neuf heures : la distance d’une ville à l’autre était de 43 lieues 1
Dans les temps modernes nous signalerons, d’après Peignot, un Bohémien nommé Focke, coureur de la duchesse de Weimar : il fit, en 17u7, 76 lieues de suite en quarante-deux heures et ne prit d’autre repos que le temps de remettre les dépêches à Garlsbad ; un valet de chambre de M. d’Éligny, ancien intendant d’Auch et de Pau, expédié de Bayonne à Paris, fit le trajet (223 lieues) en quarante-deux heures; au printemps de i 878, à la suite d’un pari, M. Léon Chenu, dit Gladiateurt a mis trois heures cinquante-huit minutes pour aller de Notre-Dame au chateau de Versailles et revenir au point de départ : la distance à franchir est de 44 kilomètres; et dernièrement M. Bar-
(1) Ils donnaient le nom d 'hêmérodromes (faipz, jour ; cpsp.0), courir) aux coureurs de profession.
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gosi, coureur au Skating-Théàtre de Paris, parcourut en une heure 16,120 mètres : il déliait chevaux et vélocipèdes.
i>e ivatatioïv. — La nage n’est autre chose qu’une série de sauts horizontaux que le corps exécute dans Peau. L’homme pourrait nager à la façon des animaux, c’est-à-dire en marchant; mais il en éprouverait trop de fatigue, et il préfère imiter le mode de progression de la grenouille. L’impulsion qui pousse le corps en avant résulte des mouvements méthodiques des membres supérieurs et inférieurs.
On nage habituellement étendu sur le ventre, mais on peut modifier cet exercice de plusieurs manières : tantôt en se plaçant sur le dos, et l’on fait alors la planche ; tantôt en se portant alternativement sur l’un et l’autre côté : c’est ce qu’on appelle faire la coupe. La première position convient le mieux pour elfectuer un long trajet ; la seconde est moins péni de, mais ne permet pas d’aller plus vite que le gré du courant, à moins toutefois que les bras fassent l’office de rames; la dernière enlin est le mode de natation le plus rapide, mais aussi le plus fatigant. Abandonné à lui-même et sans mouvement, l’homme ne pourrait se soutenir à la surface de l’eau, parce que, d’après le principe d’Archimède, un corps ne peut surnager si son poids est supérieur à celui du volume d’eau déplacé. Or, à volume égal, le poids spéciiique du corps humain est un peu supérieur à celui de l’eau. Si, après une longue immersion, les cadavres flottent sur l’eau, cela tient à la présence des gaz qui se sont développés sous l'influence de la putréfaction, et qui ont augmenté le volume du corps en le boursouflant de toutes parts, sans changer sensiblement son poids. Les criminels qui attachent une pierre au cou de leur victime n’ignorent pas cette particularité.
La natation est un genre de locomotion qui permet aux habiles nageurs de traverser des espaces considérables. Lord Bvron, malgré son pie l-bot, répéta l’exploit de Léandre pour en démontrer la possibilité : il traversa PHellespont à la nage, de Sestos à Abydos ; la largeur de ce détroit est d’environ 1,500 mètres. Un amateur plus intrépide a fait d'une traite à la nage le trajet du pont de la Concorde à celui d’Asnières en cinq heures et demie : or, la distance entre ces deux ponts est de 25,000 mètres.
L’homme peut encore se soutenir sur l’eau à l’aide de différents artifices : ainsi Franklin traversait sur le dos plusieurs milles d’éten lue en tenant la corde d’un cerf volant ; grâce à un appareil de son invention, le capitaine Boyton fît la traversée du Pas de Calais entre Douvres et Boulogne. Quelques mois après, il était surpassé par un autre capitaine américain, M. Webb, et un Anglais, M. Cavill, qui traversèrent à la nage le même détroit. Ce dernier mit douze heures pour franchir la distance qui sépare le cap Gris-Nez du phare Soulh-Foreland.