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SUBSTANCES QUI AGISSENT SUR LEB TUBES NER

DE L’INNERVATION

ïrt]X Certaines substances, comme l’aconitine, suppriment la conductibilité des nerfs sensitifs; d’autres exercent une action spéciale sur les tubes nerveux moteurs, ce sont ; la strychnine, la lève c e Saint-Ignace, la noix vomique, qui ont la propriété d exagérer le excitabilité et de déterminer des secousses convulsives dans tous les muscles du corps. On a donné a ces agents le nom de tétaniques, parce que les convulsions qu’ils produisent sont identiques a celles du tétanos. Au contraire, d’autres substances dites paralysantes abolissent l’excitabilité motrice. Les muscles du corps se relâchent alo s et le sujet meurt asphyxié par l’immobilité des muscles de la respiration ITplus violent de ces poisons paralysants est le curare ou suc concentré du strvehnos toxifère dont les Indiens se servent pour empoisonner leurs flèches. La vératrine, alcaloïde extrait des graines de la cévadille et la nicotine, autre alcaloïde tire du tabac, font aussi perdre aux muscles leur contractilité; la mort survient alors par l’inaction du cœur, qui, nous le verrons, n’est qu un muscle creux. On se souvient que c’est à l’aide de la nicotine que le comte de Bocarme empoisonna son beau-frère Gustave Fougmes en 1831. Celte substance est si vénéneuse qu’un enfant mourut pour avoir fait des bulles de savon avec un tuyau de pipe qui avait déjà servi.

actes iniTEEEECTCEEs et MoiiAcx. — Les phénomènes psychiques émanant du système nerveux sont de deux ordres : les uns reièvent directement de l’intelligence, ce sont les idées ou facultés effectives ; les autres sont liés à des besoins organiques, tels que les sensations ou facultés affectives .

1° des facultés lffectives. — U intelligence ou entendement se subdivise en un grand nombre de facultés ell'eclives distinctes, parmi lesquelles les plus importantes sont la conception , l 'imagination, le jugement, le raisonnement, l'induction et la me moire. Toutes ces facultés sont tributaires de la volonté, qui sert a les diriger et à les coordonner entre elle;. Aussi, lorsque celte dernière se repose, comme dans le sommeil; s’aifaiblit, comme dans la vieillesse; ou s’annihile, comme dans l’aliénation mentale, l’harmonie des facultés est détruite et chacune devient indépendante : de là les conceptions

délirantes de l’esprit. .

Les sensations qui sont transmises au cerveau par 1 intermediaire des nerfs sensitifs et sensoriels déterminent, si toutefois l’attention est éveillée préalablement, une sorte de réaction morale qui constitue la perception. Les sensations perçues deviennent alors des idées , et celles-ci se transforment en pensées , dès que la volonté met en jeu les autres facultés, la conception, le jugement, etc. Descartes disait que • penser c’est sentir » et les philosophes de l’école de Condillac prétendaient avec autant de raison que rien n’existe dans notre intelli-

gencc qui ne nous ait été d abord apporté par les sens : Niliil est in intellectu quod non prias f lient in sensu ; ce qui revient à nier, avec Liebnitz, les idées innées. Les animaux perçoivent comme l’homme des idées, mais leur cerveau est incapable de changer celles-ci en pensées : ils ne peuvent donc avoir sur les corps qui les entourent que des notions concrètes.

de la mémoire. — La mémoire permet au cerveau de conserver, d’une manière durable, aussi bien les pensées intérieures que les impressions extérieures. On la considère comme le lien naturel de toutes les autres facultés, et c’est avec raison que les anciens donnèrent pour mère aux neuf Muses la déesse de la Mémoire, Mnémosyne. La mémoire parait donc être une propriété primordiale de la cellule nerveuse, et ne peut être localisée, ainsi que Gall l’a fait, dans les lobes antérieurs du cerveau. Ce phrénologiste pensait qu’il y avait une certaine relation entre le développement de la région antérieure des centres nerveux et celui des globes oculaires ; aussi affirmait-il que les yeux saillants étaient un signe de mémoire. Or nous verrons, dans l’étude de la vision, que la proéminence des yeux dépend simplement de l’écartement des parois de l’orbite et de l’ouverture des paupières.

L’attention, qui n’est qu’un mode d’exercice de la volonté, est la condition principale qui permet au cerveau de conserver le souvenir d’une impression perçue. Les enfants et les personnes distraites ont peu de mémoire ; de même chez les vieillards, la volonté et par suite l’attention s’atïaiblissent. On sait qu’il est plus facile de retenir une leçon apprise le soir avant de se mettre au lit que dans la journée : d’abord, l’esprit n’est pas distrait par les bruits du dehors; ensuite, jusqu’au lendemain matin aucune autre impression du monde cv.térieur ne vient ébranler les centres nerveux.

Aristote comparait la mémoire au cachet qu’on imprime sur la cire avec un anneau : « Les entants et les personnes trop vives, dit-il, ont peu de mémoire parce qu’ils sont dans un grand mouvement, comme si le cachet était appliqué sur une eau courante. Chez les vieillards et les gens trop lents, la dureté même de la partie qui reçoit l’impression empêche que l’image n’y laisse la moindre trace. »

DÉsoROHEs de la mémoihe. - La mémoire, comme toutes les facultés, intellectuelles, se perfectionne par l’exercice et s’alfaiblit sous l’intluence des maladies et avec les progrès de l’age. Caton, cependant, apprit le grec dans sa vieillesse. « Parl’elîet de la maladie ou de la vieillesse, écrit M. Ribot, des hommes célèbres ne reconnaissent pas leurs œuvres les plus personnelles. A la lin de sa vie, Linné prenait plaisir à lire ses propres ouvrages, et quand il était lancé dans cette lecture* oubliant qu’il en était l’auteur, il s’écriait : Que c’est beau! que je voudrais avoir écrit cela ! — On raconte un lait analogue au

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sujet de Newton et de la découverte du calcul différentiel. — Walter Scott vieillissant était sujet à ces sortes d’oublis. On récita un jour devant lui un poème qui lui plut ; il demanda le nom de l’auteur ; c’était un chant de son Pirate. Ballantyne, qui lui a servi de secrétaire et a écrit sa vie, expose avec les détails les plus précis, comment Ivanhoë lui fut en grande partie dicté pendant une maladie aiguë. Le livre était achevé et imprimé avant que l’auteur pût quitter le lit. Il n’en avait gardé aucun souvenir, sauf de l’idée-mère du roman, qui était antérieure à sa maladie. »

La mémoire peut être exaltée, déprimée comme dans Y amnésie (a privatif; mémoire), ou subir une obnubilation partielle. Ces

déviations fonctionnelles, dont nous allons citer plusieurs exemples, se manifestent surtout, dans les affections cérébrales et les névroses. Ainsi Michéa rapporte le cas d’un jeune boucher, interné à Bicêtre, qui, pendan.; un accès de manie, récitait des passages de la tragédie de Phèdre , qu’il n’avait vu représenter qu’une seule fois ; l’accès terminé, il ne se rappelait plus aucun vers. Yan Swieten a publié l’observation d une ouvrière qui, dans un accès de fièvre, devint poète. Il parait que le Tasse était plus inspiré dans un accès de folie que dans les intervalles lucides. Une blessure à la tête donna à Clément YI, homme d’un esprit très borné, une mémoire prodigieuse. De même chez le Père Mabillon, l’intelligence se développa, paraît-il, à la suite d’une chute qui nécessita l’application du trépan.

L’amnésie est caractérisée par la perte de la mémoire des mots, celle de leur valeur, ou par l’impossibilité de les associer entre eux. Cuvier rapporte, dans ses Leçons, l’histoire d’un amnésique qui avait perdu la mémoire des substantifs, et qui écrivait tous les mots correctement à l’exception des noms communs, qu’il laissait en blanc. Trousseau cite le fait d’un jurisconsulte qui traitait toutes les questions avec lucidité, et ne pouvait demander à sa femme son chapeau. — Donnemoi mon... s... matin, mon... tu sais bien (il porte la main sur sa tête). — Tu veux ton chapeau ? — lié oui, mon chapeau. Un individu observé par Chailly perdit, pendant une partie de tric-trac, la mémoire de tous les substantifs à l’exception de deux : sonnet et six-cinq qui sont des termes de ce jeu et qu’il répondait à toutes les questions.

Il est des amnésiques qui, ne trouvant pas les substantifs, se servent de périphrases. Bergmann cite l’observation d’un domestique qui nommait des ciseaux, ce avec quoi on coupe ; la fenêtre, ce par quoi on voit, etc. D’autres amnésiques possédant deux langues peuvent oublier l’une d’elles. M. Proust raconte le fait d’une Italienne, habitant la France, qui devint incapable de parler sa langue natale et ne put s exprimer qu’en français* Lordat rapporte l’histoire du curé de Saint-

Gullem-le-Désert, qui ne pouvait plus parler en français et s’exprimait facilement en languedocien.

Quelquefois l’amnésie n’atteint que certaines lettres. Ainsi Winslow a observé un homme qui, après un accès fébrile intense, perdit la connaissance de la lettre F.

Gomme exemple de perte temporaire de la mémoire, on peut citer le cas de ce président de tribunal qui, au milieu de l’audience, se levait sous l’influence du vertige épileptique et se retournait contre le mur de la salle pour satisfaire un besoin.

mémoires exceptionnelles. — La mémoire acquiert parfois un développement extraordinaire. Mithridate, au dire d’Aulu-Gelle, parlait vingt-deux langues ; Scipion l’Asiatique connaissait le nom de tous ses légionnaires ; Thémistocle répondit à une personne lui proposant un secret pour aider la mémoire : « J’aimerais mieux, dit-il, un secret pour oublier ce que je voudrais. » Sénèque raconte qu’il répétait deux mille mots détachés dans le même ordre qu’on les avait prononcés. Joseph Scaliger apprit en vingt et un jours VIliade et YOdyssée. Leibnitz, Maller, Pic de la Mirandole et le cardinal Mezzofanti sont célèbres par leur mémoire. Ce dernier parlait près de cinquante dialectes. On cite souvent Julienne Morella, née à Barcelonne en 1592, qui, à douze ans savait quatorze langues et vint à Lyon soutenir des thèses de logique et de mathématiques ; elle parcourait le monde savant, raconte de Salgues, en habit de cordelier, et allait délier les plus habiles docteurs in utroque. Elle se retira au monastère de Sainte-Pradèxe d’Avignon et y vécut jusqu’à l’àge de soixante-deux ans. Un autre enfant prodige non moins célèbre fut Henri Heinecken, dit Y enfant de Lubeck , né dans cette ville en 1791. 11 parla distinctement à dix mois; il savait à quinze mois, l’ancien et le nouveau Testaments ; à deux ans, il possédait l’histoire ancienne et la géographie ; à trois ans, il parlait le latin et le français. Il lit une harangue au roi de Danemark, à quatre ans. Henri, d’après Larousse, ne vivait que du lait de sa nourrice; il mourut dans sa cinquième année lorsqu’on voulut le sevrer, et, comme dernier trait de ce merveilleux phénomène, les contemporains rapportent qu’il excitait à la résignation sa famille pleurant à son chevet.

Mangiamele, berger sicilien, calculait de tête plus rapidement que les membres de l’Académie des sciences, faisant les mêmes opérations sur le papier. Qui n’a pas entendu parler du jeune Henri Mondeux, pâtre de Neuvy-le-Roy, près de Tours ? Cet enfant de quatorze ans calculait, avec des petits cailloux, la révolution de la terre et des astres autour du soleil, et, à Paris, le 16 octobre 1840, devant l’Académie des sciences, il sut résoudre en quelques instants tous les problèmes difficiles qui lui furent proposés. Depuis, en 1882, un autre

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calculateur prodige, âgé de onze ans, Jacques Inaucli établissait de mémoire le résultat des opérations numériques les plus compliquées.

2° des facultés AFFECTIVES, — Les facultés affectives comprennent les penchants ou passions et les sentiments : les premiers sont une sorte d’inclinations qui s’appellent instincts ; les sentiments sont quelque chose de plus. Ces facultés sont le produit d’excitations inconscientes qui se passent dans notre organisme. Elles ont le pouvoir de réagir sur la source même de leur agent incitateur, c’est-à-dire sur les fonctions de nutrition, soit en les exaltant, soit en les déprimant. Les facultés affectives du premier groupe constituent les passions actives, telles que la joie, l’amour, le courage, et celles du second groupe comprennent les passions passives, telles que la tristesse, le désespoir, la crainte.

Gomme les facultés affectives dérivent de besoins organiques, les auteurs anciens ont trouvé naturel de placer le siège des passions dans les principaux viscères du corps, et ont voulu assigner à chacun d’eux une passion déterminée. C’est ainsi qu’ils ont logé la gaieté dans la rate ( splene rident ), la sagesse dans le cœur {corde sapiunt ), la colère dans le fiel ( felle irrascuntur ), l’amour dans le foie ( jecore amant) (1), la vanité dans les poumons ( pulmone jactantur) ; mais le siège véritable des passions est le même que celui des facultés affectives, le cerveau.

Les passions existent chez tous les individus, mais elles se manifestent par des impulsions instinctives d’intensité variable. On sait combien les émotions et les désirs diffèrent d’une personne à l’autre. Il est même des natures assez apathiques pour être incapables de toute réaction affective. Diderot avait bien raison de comparer un homme sans passion à un instrument sans cordes.

ou sommeil. — Le sommeil est la suspension momentanée de l’activité physique et intellectuelle. « Le sommeil, dit Shakespeare, qui de l’écheveau emmêlé de nos maux fait une pelote de soie unie, le sommeil, douce mort de la vie de chaque jour, le bain après le dur travail, le baume des âmes blessées, le mets le plus nourrissant dans le repas de la vie. »

On connaît trois sortes de sommeil : 1° le sommeil naturel ou physiologique ; 2° le sommeil pathologique ou cataphora (xaià, en bas ; çspsiv, porter), et 3° le sommeil artificiel , produit par l’ingestion de substances soporifiques et anesthésiques.

1° sommeil ordinaire. — Le sommeil est au cerveau ce que le repos est aux muscles. L’homme ne peut se soustraire à loi de

(1) Anacréon a dit : « L’amour tendit son arc et me frappa au milieu du foie. »

périodicité, qui veut que tout organe, après avoir été en activité, suspende son action et se repose pendant un laps de temps proportionnel à la durée du travail. Si la fatigue est trop grande, les fonctions de l’organe surmené sont troublées, et il peut en résulter des maladies : c’est ainsi que les muscles sont pris de courbature et que le cerveau est exposé à l’inflammation. Aussi la fièvre cérébrale est-elle fréquente chez les enfants intelligents dont on charge trop la mémoire. Casimir Delavigne l’a dit :

Quand ils ont trop d’esprit, les enfants vivent peu.

Pour empêcher, suivant une expression proverbiale, la lame d’user le fourreau , on fera donc bien de méditer cette pensée de Plutarque : « Distribuée avec modération, l’eau nourrit les plantes; prodiguée avec excès, elle les étouffe. Il en est de même de l’esprit : un travail mesuré contribue à son accroissement ; il est abattu par l’excès du travail. »

Le sommeil est un besoin aussi impérieux que la faim et la soif. Il n’est pas étonnant que l’on ait fait de la privation du sommeil un moyen de supplice. Les Romains infligèrent cette cruelle torture à Persée, dernier roi de Macédoine, et les Carthaginois privèrent Régulus de ses paupières pour l’empêcher de dormir. De même dans les Dragonnades, « le supplice qui agissait le plus à la longue, écrit Michelet, c’était la privation de sommeil. Ce moyen des dompteurs de lions est terrible aussi contre l’homme. »

OttJ MOMENT FAVORABLE ALIJ SOMMEIL. — Quel mOrCCllt

faut-il choisir pour le sommeil? Un proverbe allemand a dit : Une heure de sommeil avant minuit en vaut deux du matin. Hufeland a ajouté : « L’homme ne jouit jamais de son existence avec autant de pureté et de perfection que par une belle matinée, celui qui ne profite pas de ce beau moment perd la jeunesse et la vie. » En effet le sommeil de la nuit repose mieux que celui du jour. Aussi a-t-on renoncé dans l’armée à l’idée de substituer les étapes de nuit à celles du jour, au moment des chaleurs excessives, parce qu’on a remarqué que la marche nocturne augmentait la fatigue et était plus lente. C’est avec raison que Bacon disait que les nuits passées abrègent les jours. Le peintre Girodet, qui travaillait la nuit portant sur sa tête un immense chapeau garni de bougies, usa sa vie par ce régime. De même l’astronome Lacaille, qui passait les nuits à observer le ciel, la tête ajustée sur une fourche pour résister à la fatigue, mourut épuisé à l’àge de quarante-neuf ans.

de la position pendant iLE soimmeil. En parlant des diverses attitudes du corps, nous avons dit pourquoi il était préfé-

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râble de se coucher sur le côté droit. Un médecin de Magdebourg, qui mourut à cent neuf ans, attribuait sa longévité à son habitude de dormir la tête au nord et les pieds au sud. Il croyait cette position plus favorable à la direction des courants magnétiques qui, d’après lui, augmentent l’énergie du principe vital. Cet original a fait des adeptes après sa mort.

M. Delaunay a étudié l’influence du décubitus sur le sommeil et il est arrivé à cette conclusion curieuse que les rêves sont sensoriels si l’on est couché sur le dos, intelligents si l’on repose sur le côté gauche, absurdes dans la position opposée. Ces résultats tendent à prouver qu’en faisant varier la circulation et la nutrition des différentes parties du cerveau, on provoque le fonctionnement des parties correspondantes de l’organe.

durée ou sommeil. — Il est impossible de déterminer, d’une manière générale, le temps qu’il faut consacrer au sommeil. Cette durée varie nécessairement suivant de nombreuses circonstances et d’un individu à l’autre. Lacepède dormait quatre heures par jour et le chanoine Santeuil quatorze sur vingt-quatre. L’école de Salerne accorde huit heures de repos, sans distinction d’àge, ni de sexe :

Lever à six, manger à dix,

Manger à six, coucher à dix,

Font vivre l’homme dix fois dix.

Il est vrai qu’un autre précepte de la même École dit, sans plus de raison :

Six heures de sommeil, c’est la bonne mesure Pour l’homme vieux ou jeune ; au paresseux l’usure D’une heure encor s’accorde avec peine ; jamais,

La mollesse de moi n’obtient plus longs délais.

Le sommeil doit être d’autant plus long que l’individu est plus jeune. Ainsi le nourrisson ne fait que dormir et téter; l’enfant consacre la moitié de sa vie au repos ; l’adulte ne dort que le tiers de son existence, et le vieillard dort peu. De là le dicton bien connu : « Jeunesse qui veille, vieillesse qui dort, signes de mort. »

Pour le jeune homme, huit heures suffisent, et, pour la jeune fille, on n’accordera pas plus de dix heures. Les règles de l’hygiène veulent qu’on se couche de bonne heure et qu’on se lève de même. Saint François de Sales disait : « Le lever tôt conserve la santé et la sainteté.» Un vieux proverbe dit de même : Tôt levé , tôt couché fait Vhomme sain, riche et sage.

l’imsomote. — Le sommeil peut être suspendu ou prolongé pendant un temps plus ou moins long : le premier de ces deux états

se nomme Yagrypnie (a privatif ; ütuvoç, sommeil) ou insomnie, et le second le cataphora qui constitue le sommeil morbide, dont nous parlerons bientôt.

U insomnie est un symptôme commun à un grand nombre de maladies; un aphorisme grec ne dit-il pas : Le sommeil est le remède de tous les maux, sHl dort il guérira. En dehors des cas de maladie, l’action de certaines substances comme le thé et le café, une mobilité nerveuse excessive et les préoccupations de toutes sortes sont les causes les plus fréquentes de l'insomnie. Cependant Bossuet raconte dans l’oraison funèbre du prince de Condé que « le matin de Rocroi il fallut réveiller de son sommeil cet autre Alexandre. » Turenne se reposait aussi, sous les remparts ennemis, couché sur un affût de canon et Napoléon dormait profondément au milieu du champ de bataille d’Austerlitz.

On combat l’insomnie des maladies fébriles ou douloureuses par les substances narcotiques ; celle qui est due aux névroses se traite par le bromure de potassium, le laurier cerise, etc., il faut en outre avoir recours aux moyens hygiéniques, tels qu’un exercice modéré et l’éloignement de toute cause d’excitation intellectuelle. Quant aux insomnies morales, on se rappellera, comme l’a dit mon savant confrère Decaisne, que le calme de l’esprit et du cœur, le contentement de soi, le témoignage d’une bonne conscience sont le meilleur des oreillers et donnent ce qu’on appelle « le sommeil du juste » .

causes ou sommeil. — Les physiologistes sont divisés sur la cause du sommeil ; les uns l’attribuent à l’anémie, d’autres, à la congestion du cerveau. Ce qui est certa in, c’est que les personnes lymphatiques comme celles d’un tempérament apoplectique ont une grande propension au sommeil.

Le sommeil ne tient pas à un excès ou à un défaut dans l’irrigation vasculaire de la cellule cérébrale ; il est dû probablement à d’autres causes que nous ignorons encore.

Pendant le sommeil les fonctions de relation sont suspendues, mais les fonctions dénutrition ne sont que ralenties. Ce ralentissement, qui tient au repos des organes de relation, permet à l’économie de faire une dépense moins considérable de matériaux nutritifs que dans l’état de veille ; de là, sans doute, le dicton : Qui dort dîne. On a proposé d’endormir les animaux pendant les longues traversées pour éviter l’encombrement d’un trop grand transport de fourrages.

INFLUENCE OU SOMMEIL SUR. LES FONCTIONS OE NUTRI- TION et oe relation. — Les fonctions de nutrition s’accomplissent régulièrement pendant le sommeil : aussi n’y a-t-il aucun inconvénient à faire après le repas le kiéf, comme en Orient, la méridienne , comme en France, ou la siesta , comme en Espagne et en Italie ; mais il ne faut pas trop prolonger ce repos du jour. Nous savons que les

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animaux s’endorment souvent après avoir pris leur nourriture, et que leur digestion n’en est pas troublée pour cela. C’est afin de lutter contre cetie tendance naturelle au sommeil que l’on a placé les récréations aussitôt après les repas. Pour la même raison, il est difficile de se livrer à un travail intellectuel sérieux en sortant de table.

Le ralentissement des fonctions de nutrition détermine un abaissement de la température du corps : d’où il résulte qu’il faut se couvrir mieux la nuit que le jour.

Les fonctions de relation sont donc suspendues pendant le sommeil, bien que les incitations du dehors viennent ébranler encore la cellule nerveuse ; mais celle-ci n’a plus la faculté de percevoir et ne peut donner lieu à aucune réaction motrice ni psychique, parce que la volonté et l’attention font défaut. On sait que la lecture éloigne le sommeil si elle est attrayante, tandis quelle l’appelle dès qu’elle ne tient plus l’attention en éveil.

L’ouïe est le sens qui s’endort et qui meurt le dernier.

Les excitants de l’ouïe et de la vue peuvent, par l’habitude, devenir favorables et même nécessaires au sommeil : on endort les enfants avec des chansons et le balancement cadencé du berceau ; le meunier se réveille si le tic-tac de son moulin s’arrête, et certains malades cessent de dormir dès que leur veilleuse s’éteint.

des rêves. — Pendant le sommeil les facultés, telles que l’imagination, la mémoire, le jugement et même la volonté, sont encore susceptibles d’activité : de là la production des rêves. Ceux-ci ont, le plus souvent, un rapport direct avec les impressions qui nous ont plus ou moins frappés à l’état de veille; l’abbé Delille en fait la remarque dans ce passage :

Ainsi, dans le sommeil, l’âme préoccupée

Obéit aux objets dont elle fut frappée ;

Ainsi la nuit du jour retrace le tableau ;

Ainsi de nos pensers nos rêves sont l’écho.

Le plus grand nombre de nos rêves doivent donc se composer de souvenirs, d’impressions habituelles, d’espérances, de craintes, ou de pressentiments. C’est ce qui explique les prétendus rêves prophétiques et fatidiques comme celui de Calpurnie, la femme de César, qui vit en rêve la statue de son époux ensanglantée, la veille même de son assassinat.

Plusieurs exemples célèbres prouvent que toutes les facultés ne sont pas au repos pendant le sommeil et que, plus d’une fois, le rêve a favorisé la production d’œuvres remarquables. Franklin racontait à Cabanis qu’il trouvait souvent au milieu de ses rêves la solution des difficultés politiques. Voltaire refit complètement le premier chant de

la Henriade en suivant les idées que lui avait suggérées un songe. Ce fut aussi en rêvant que le poète Coleridge composa son magnifique fragment de Kubla khan. On a prétendu que la Divine comédie avait été inspirée à Dante par un rêve. Galien raconte qu’il dut sa vocation de médecin à un songe dans lequel Apollon lui ordonna de se livrer à l’étude de la médecine. Maignant et Condorcet trouvaient pendant leur sommeil la solution de problèmes très compliqués. C’est de même en rêvant que Cardan a composé un de ses ouvrages ; que Condillac a souvent trouvé ses inspirations les plus élevées, et que La Fontaine composa la fable des Deux pigeons.

Les cauchemars prouvent l’activité de la volonté au moment du sommeil : on sait que, sous l’influence de ces rêves pénibles, on veut fuir certains dangers et que l’on est dans l’impossibité de le faire.

Pendant l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, la perception des impressions extérieures est continuée, quoique affaiblie ; mais, par contre, la conception est plus forte : de là les hallucinations et les visions qui ont poussé plusieurs individus à commettre des crimes.

somnambulisme; et magnétisme. — Le somnambule (somnium , songe ; ambulare, se promener), parle, marche en dormant, n’entend pas ce qu’on lui dit et ne voit pas ce qu’on lui montre. Il faut le secouer fortement pour le réveiller, et il ne conserve à son réveil aucun souvenir de ses actions. Cet état est fréquent dans le jeune âge ; mais il cesse à l’approche de la puberté et, passé cette époque, on doit se tenir en garde contre les histoires de somnambules, bien qu’il en existe quelques cas authentiques dans les annales de la science.

Muller a rapporté l’exemple d’un jeune cordier qui, endormi, continuait à filer sa corde. On cite un élève du séminaire de Bordeaux qui se levait chaque nuit pour écrire et composer des sermons. Diogène Laërce nous apprend que le philosophe Théon se promenait en dormant. Galien raconte qu’étant la nuit sur un chemin, il lui arriva de s’endormir tout en continuant à marcher ; il ne fut réveillé que par le choc d’une pierre contre laquelle il heurta. Félix Plater assure qu’en jouant du luth après souper il lui arrivait souvent de s’endormir sans cesser de jouer.

Le somnambulisme provoqué ou magnétisme animal est le sommeil que l’on obtient à l’aide de regards, de passes et de frottements légers, en déterminant un état cérébral analogue à l’extase chez les personnes prédisposées par leur tempérament et leur conviction. Le comte de Saint-Germain, qui s’est appelé tour à tour Gagliostro et Joseph Balsamo, endormait les dames d’honneur de la cour du roi Louis XV en leur offrant des bonbons ou des Heurs.

Les effets certains, bien que variables, du magnétisme animal sont l’insensibilité, la catalepsie (xaxa Xay.6avetv, surprendre) et le somnam-

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bulisme. Ce sont les phénomènes que produit le Dr Charcot sur les malades de la Salpêtrière. Quant au sommeil lucide, à la seconde vue des médiums et à la transposition des sens qui permettent de prédire l’avenir, de rappeler le passé, de voir sans le secours des yeux, et de sentir des odeurs par le creux de l’estomac, nous pensons, avec le professeur Béclard, que dans ces prétendues merveilles, ce qu’il y a de plus surprenant, c’est la crédulité humaine.

| Les médiums plongés dans le sommeil magnétique, ne répondent aux questions qui leur sont adressées que dans la mesure de leurs propres connaissances ; ils ne peuvent dire que ce qu’ils savent et pas autre chose. Figuier, à ce sujet, raconte dans Connais-toi toi-même une anecdote typique. Dans un cercle de médiums, on avait besoin de connaître la date de la septième croisade. On trouva tout simple d’évoquer saint Louis pour lui demander cette date. On se recueille donc ; on évoque l’esprit duToi mort en Terre-Sainte, et on lui demande la date de son embarquement à Aigues-Mortes. Mais saint Louis répond, par l’organe du médium : « Je ne la connais pas 1 »

— Il est bien extraordinaire, dit l’évocateur, que vous ne connaissiez point cette date l C’est vous qui vous êtes embarqué à Aigues- Mortes.

— Pardon, pardon, dit le spectre, il y a erreur 1 Je suis, moi, saint Louis de Gonzague. On avait appelé saint Louis, je suis venu; mais le roi Louis IX était sorti !

Les paroles que l’on obtient d’un sujet plongé dans le sommeil magnétique rappellent les réponses vagues et ambiguës des sibylles et des pythies de l’ancien temps; elles peuvent être interprétées, comme l’étaient ces dernières, de mille manières différentes, suivant l’intérêt et le désir du consultant. Mais la plupart des somnambules, dites extra-lucides, qui ont la spécialité de donner des consultations sans savoir un mot de médecine, ne prennent même pas la peine de se faire endormir ; elles simulent le sommeil magnétique, soit après avoir respiré une substance odorante contenue dans un flacon, soit après le simulacre de quelques passes d’un compère chargé d’écrire l’ordonnance; puis, par des questions plus ou moins habiles, elles obtiennent de la personne qui vient consulter, et à son insu, tous les renseignements suffisants pour faire croire au don de seconde vue. Si, au contraire, vous prenez le soin de les dérouter en leur fournissant des indications contradictoires, vous mettrez bien vite leur prétendue lucidité en défaut. Ce moyen nous a réussi dans une circonstance toute récente : un de nos clients, père d’une fille atteinte d’albuminurie, nous pria de l’accompagner chez une somnambule dont il avait entendu dire le plus grand bien. Nous avons dérouté si bien « la voyante » par nos réponses, que celle-ci conclut à une maladie de la « grosse

bronche? » et du « gros boyau? », sans parler des reins qui seuls étaient affectés. Elle fut si bien trompée par nos questions, qu’elle termina la séance en recommandant tout particulièrement de remonter le moral de la malade pour laquelle elle avait été consultée ; or il s’agissait d’une enfant de quinze mois !

2° sommeil artificiel. — Le sommeil artificiel peut être produit par les pratiques du magnétisme animal, comme nous venons de le dire ; par Y hypnotisme , ou par l’ingestion de substances dites soporifiques et anesthésiques.

soporifiques. — Les substances soporifiques sont l’opium et ses préparations : la morphine, la codéine et la narcotine ; le hachisch et la belladone. On sait que l'opium est le suc épaissi de plusieurs espèces de pavots, et notamment de celle désignée sous le nom de papaver somniferum. Les habitants du Céleste-Empire le fument dans des pipes spéciales. L’Angleterre a ses buveurs d’opium comme l’Irlande ses buveurs d’éther. En France et dans d’autres nations, il existe des morphomanes des deux sexes qui recherchent l’ivresse produite par des injections sous-cutanées de sels de morphine.

Le hachisch, qui signifie herbe en arabe, est une préparation narcotique dont le chanvre indien constitue la base ; il est, comme l’opium, fort en usage dans l’Orient et produit une sorte d’ivresse exhilarante analogue à l’ivresse alcoolique. Les Scythes, d’après Hérodote, s’enivraient en aspirant la fumée de graines de chanvre qu’ils jetaient sur des pierres rougies au feu.

anesthésiques. — Les substances anesthésiques pénètrent dans le sang par les voies digestives, comme l’hydrate de chloral ; ou bien par les voies respiratoires, comme l’éther, le chloroforme et le gaz protoxyde d’azote, appelé encore « gaz hilariant », parce qu’il détermine une ivresse gaie et passagère. Ces substances agissent sur la sensibilité générale, de telle sorte qu’il est permis de faire les plus grandes opérations sans provoquer de douleur. Nous parlerons bientôt de leur action sur le système nerveux.

HYPNOTISME. TABLES TOURNANTES. feAGUETTE IM VI-

natoire — V hypnotisme (üiuvôç, sommeil) a quelque rapport avec le magnétisme animal. C’est un procédé découvert en 1842 par Braid,. à l’aide duquel on provoque le sommeil somnambulique. Cet état est obtenu par la fixité du regard sutâun corps brillant placé à 30 centimètres environ au-devant de la racine du nez. Après un certain temps, variable suivant les individus, on détermine une insensibilité générale de la peau qui a permis à Cloquet, en 1829, d’employer ce procédé anesthésique dans les opérations chirurgicales. Il est probable que Fhypnotisme est, comme le magnétisme animal, la conséquence d’une

DE L’INNERVATION

fatigue cérébrale. On sait qu’il est facile de produire l’hypnotisme sur les poules, en leur tenant le bec à l’extrémité d’une raie blanche tracée sur le parquet ou en plantant un couteau devant elles. C’est aussi par une sorte d’hypnotisme que les fakirs de l’Inde et que les moines du mont Athos arrivent à l’insensibilité, en se regardant le nombril ou le bout du nez.

Le phénomène des tables tournantes peut être également expliqué par un effet de l’hypnotisme. Un sujet à imagination vive, dont la contention d’esprit est excessive, donne la première impulsion ; puis les autres personnes, entraînées par cet ébranlement, poussent inconsciemment la table.

La même explication peut servir à faire comprendre comment la fameuse baguette divinatoire de coudrier favorisait la découverte des sources cachées. Arrivé dans un endroit où la végétation faisait présumer à l’opérateur l’existence d’une source, son imagination croyait voir tourner la baguette et le mouvement attendu se produisait aussitôt. Il va sans dire que si l’expérience ne réussissait pas, ce n’était jamais la faute à la baguette.

3° sommeil pathologique, catalepsie — Certains états maladifs et surtout les affections nerveuses peuvent prolonger le sommeil au delà des limites ordinaires. Blondet a cité en 1862, dans un mémoire sur la Maladie du sommeil , le cas d’une jeune femme qui s’était endormie le jour de Pâques et ne s’était réveillée que l’année suivante à la même époque. On connaît l’histoire du dormeur de la Charité qui, en 1754, sommeillait la moitié de l’année. Il n’est pas rare d’observer des sommeils qui durent plusieurs jours.

Cette prolongation du sommeil constitue la léthargie (Xvjôyj, oubli; ocpyia, paresse). Le malade plongé dans cet état parle quand on le réveille, puis retombe dans son assoupissement. Ce sommeil est analogue à celui des animaux hibernants qui dorment plusieurs mois de l’année.

Le coma est un degré de plus que la léthargie ; il est le plus souvent causé par une congestion du cerveau. Le dernier degré du coma se nomme le carus (xapoç, assoupissement profond). Dans cet état, le malade est insensible aux plus forts irritants; il n’entend pas et ne se réveille pas : c’est une mort apparente, qui a été prise quelquefois pour une mort réelle et qui a déterminé de terribles erreurs. En suivant le conseil que nous donnons à l’étude de la vision, à propos de la tache scléroticale, on évitera un enterrement précipité.

La catalepsie (xaxaX^tç, surprise) et Yextase (sx, hors; ciaa'.ç, station) ne sont pas, à proprement parler, un sommeil. Dans la première, il y a suspension complète des facultés intellectuelles ; dans la seconde, l’attention est si fortement absorbée par une idée fixe que

les impressions du dehors ne sont plus perçues et ne déterminent aucune réaction : d’où la suspension des mouvements volontaires.

Le cataleptique sent, voit, entend, mais ne peut faire mouvoir ses membres qui restent dans la position où les a surpris l’attaque. C’est ainsi que l’on donne aux membres les attitudes les plus bizarres et les plus pénibles, qu’ils conservent dans une immobilité soutenue. On présente souvent comme cataleptique, dans les fêtes publiques, un sujet qui se tient couché horizontalement dans le vide, le coude appuyé sur un support vertical. Ce n’est qu’une supercherie obtenue à l’aide de deux tiges rigides, maintenues à angle droit par un mécanisme ingénieux.

ARTICLE II

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