Cordes vocales. — 2, 2. Polypes du larynx
d’autres ont perfectionné ce procédé et ont donné leur nom aux laryngoscopes de leur invention.
Cet instrument est des plus simples : il se compose de deux miroirs, le miroir réflecteur et le miroir laryngien. Le premier projette sur l’autre, placé au fond de la gorge, un faisceau de lumière qui vient
DE LA PHONATION
d’une lampe voisine ; à son tour, le miroir laryngien éclaire, par réflexion, la cavité laryngienne et reçoit en même temps l’image renversée de celle-ci, qu’il transmet à l’œil de l’observateur.
structure ou LARYNX. — La structure du larynx présente : 1° un squelette cartilagineux formé de pièces mobiles et articulées entre elles ; 2° des muscles qui les font mouvoir ; 3° une membrane
muqueuse qui tapisse les parois de la cavité laryngienne et renferme dans son épaisseur des vaisseaux et des nerfs qui président à la nutrition et à l’innervation de ces différentes parties.
1° SQUELETTE LARYMGIEX. SOW OSSIFïCYTIOY. - C’est la
nature cartilagineuse des pièces mobiles de sa charpente qui permet au larynx de rester béant et qui laisse l’air de la respiration circuler librement dans sa cavité. Ces pièces sont au nombre de cinq : trois médianes, impaires et symétriques, et deux latérales. Les premières sont les cartilages thyroïde et cricoïde dominés par le fibro-cartilage l 'épiglotte ; les autres sont les deux cartilages aryténoïdes. On rencontre encore dans l’épaisseur des replis muqueux qui vont de l’épiglotte à ces derniers cartilages, les fibro-cartilages de Wrisberg qui ne sont pas constants.
A partir de quarante ans environ, les pièces du larynx commencent à s’ossifier et perdent alors leur élasticité : d’où « la voix cassée » des vieillards.
Les cartilages laryngiens sont sujets à diverses affections, telles que
les inflammations, les fractures et la nécrose ou mortification. Dans ce dernier cas, il n’est pas rare de voir des malades rejeter des fragments, parfois considérables, de cartilages nécrosés.
Chez un professeur atteint d’une affection cancéreuse du larynx, Billroth ne craignit pas de faire l’ablation complète de cet organe et
Fig. 172. — Miroir laryngien placé au fond de la gorge.
de le remplacer par un larynx artificiel en caoutchouc durci, qui permit à l’opéré de se faire entendre assez distinctement pour continuer à enseigner.
A. cartilage thyroïdë. pomme •— Le carti-
lage thyroïde (de ôupeôç, bouclier) doit son nom au rôle protecteur qu’il remplit vis-à-vis du larynx. Sa forme est à peu près celle de la couverture d’un livre à moitié ouvert, dont le dos représenterait la saillie médiane et anguleuse appelée « pomme d’Adam » (fig. 173).
A la face postérieure du cartilage, on remarque sur la ligne médiane une dépression plus ou moins profonde, qui constitue X angle rentrant . Cet angle correspond à la saillie de la face antérieure: il donne attache, en haut, à l’épiglotte et aux cordes vocales supérieures; au milieu, aux cordes vocales inférieures, et en bas, aux muscles thyro-aryténoïdiens compris dans l’épaisseur de ces dernières (pl. 1, fig. 2, E, 9).
DE LA PHONATION
Le bord supérieur du thyroïde a la configuration de deux S italiques horizontalement dirigés; il relie le larynx à l’os hyoïde par l’intermédiaire de la membrane fibreuse, dite thyro-hyoïdienne , qui s’étend de l’un à l’autre (pl. I, fig. 2, B, 2). Le bord inférieur du thyroïde est plus court, moins sinueux, et sert de point d’insertion au bord supérieur de la membrane crico-thyroidienne qui se fixe en même temps sur le cricoïde.
Le thyroïde s’articule, par ses petites cornes , avec les facettes correspondantes du cricoïde, ce qui lui permet d’exécuter des mouvements de bascule en avant ou en arrière, dont l’effet est de tendre ou de relâcher les cordes vocales inférieures.
B. cartilage cricoïde . — Le cartilage cricoïde (de xptxoç, annëau) ressemble à une bague dont le chaton serait tourné en arrière;
Fig. 173. — Caililages du larynx d’après Beaunis et Bouchard.
L 2, Cartilage thyroïde. — 3. Grandes cornes.
— 4, Petites cornes. — 5, Cartilage cricoïde. — G, 6', Membrane cricothyroïdienne.
— 7, Trachée. — 8, Epiglotte.
Fig. 174.
1. 2, Cartilage cricoïde. — 3, 3, 6, Cartilages aryténoïdes. — 4, 4, Cartilages de Santorini. Ces divers cartilages sont vus par leur lare postérieure. (Figure tirée de ['Anatomie Ce M. Fort.)
il doit d’ailleurs son nom à la similitude de sa conformation avec 1 anneau d’ivoire que les Turcs portaient au pouce pour lancer les flèches. Uni solidement à la trachée, dont il peut être considéré comme le premier anneau, le cricoïde est fixe et sert de point d’appui aux
autres cartilages du larynx, qui tous sont mobiles : aussi est-il encore appelé le « cartilage fondamental » (fig. 174).
G. épiglotte, ses usages. — V épiglotte (de etc! sur ; yXornlç, glotte) est une lamelle libro-cartilagineuse qui s’applique, à la manière d’un couvercle, sur l’orifice supérieur de la cavité laryngienne (5, fig. 160) et qui, malgré son étymologie, n’a aucun rapport direct avec la glotte. Elle ressemble à une feuille de pourpier par sa forme ovalaire et à une feuille de millepertuis par les nombreuses ouvertures glandulaires qui criblent sa face postérieure. Son extrémité supérieure est libre et peut être aperçue au fond de la gorge, en déprimant fortement la base de la langue.
L’épiglotte adhère à la langue par un trousseau de fibres élastiques appelé ligament glosso-êpigloltique . Cette disposition anatomique n’est pas étrangère à l’asphyxie qui se produit quelquefois sous l’influence du chloroforme ; dans ce cas, en effet, la langue s’affaise sur l’épiglotte qui obture à son tour l’orifice laryngien. On remédie à cet accident en attirant la pointe de la langue en avant à l’aide de fortes pinces.
La principale fonction de l’épiglotte est d’empêcher l’introduction des matières alimentaires dans le tube laryngien au moment de la déglutition. Cependant Magendie a démontré qu’on pouvait priver un animal de cet opercule sans modifier sensiblement ce temps de la digestion : la base de la langue supplée alors à Eabsence de l’épiglotte en recouvrant plus ou moins exactement l’ouverture du larynx.
L'épiglotte semble aussi jouer un certain rôle dans la phonation; mais il n’est pas encore nettement défini par les physiologistes. Les uns en font l’agent principal de la voix tremblottante; d’autres l’assimilent aux soupapes mobiles des tuyaux d’orgue, dont l’action est d’enfler le son sans modifier le ton ; d’autres enfin pensent qu’elle s’abaisse dans la production des sons graves.
Ce fibro-cartilage est relié, d’un côté, au pharynx par le repli muqueux pharyngo-épigloltique , et, de l’autre, aux cartilages aryténoïdes par les replis muqueux aryténo-épiglotliques (< ae, fig. 164).
D. cartilages ARVTÉAoiDLs. — Les aryténoïdes (apùxoava, entonnoir) sont au nombre de deux : ces cartilages rappellent par leur forme les vases en entonnoir appelés autrefois becs d’aiguières et que les carafes ont remplacés de nos jours. Ce sont deux petites pyramides (fig. 174) triangulaires dont le sommet supporte les petits cartilages rizitormes de Santorini, et dont la base s’articule avec le cricoïde. Cette base est munie de deux saillies ou apophyses : une interne (5) qui se porte en dedans, et l’autre externe (6) qui se dirige en dehors. L’apophyse interne est encore appelée vocale , parce qu’elle reçoit l’extré-
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mité postérieure des cordes vocales inférieures; l’apophyse externe sert de point d’insertion aux muscles crico-aryténoïdiens postérieurs et crico-aryténoïdiens latéraux .
Leur face antérieure donne attache, en haut, aux cordes vocales supérieures et en bas aux muscles thyro-aryténoïdiens contenus dans l’épaisseur des cordes vocales inferieures ; leur face postérieure reçoit dans sa concavité les insertions du muscle aryténoïdien (5, fig. 17o) ; enfin, leur face interne, qui est plane et de peu d’étendue, limite la partie que nous avons décrite sous le nom de glotte interaryténoïdienne ou glotte respiratoire.
2° MUSCLES I>U LARYxVX. LEURS FOXCTÏOXS. — CeS
muscles sont de deux ordres : les muscles extrinsèques et les muscles intrinsèques. Les premiers ne s’insèrent au larynx que par une de leurs extrémités et n’impriment à cet organe que les mouvements de totalité : tels sont les ster no-thyroïdiens (pl. II, E, 5), les thyro hyoïdiens et le constricteur inférieur du pharynx. Les autres muscles, les seuls que nous décrirons ici, appartiennent à l’organe vocal dans toute leur étendue.
Ces muscles prennent le nom des pièces cartilagineuses qui leur donnent insertion. Ils sont au nombre de onze : cinq pairs et un impair. Le muscle impair est Y aryténoïdien ; les muscles pairs sont : les crico-thyroïdiens, les crico-aryténoïdiens postérieurs , les thyro-ary~ ténoïdiens et les crico-thyroïdiens latéraux.
Les muscles intrinsèques du larynx agissent sur le cartilage thyroïde ou sur les aryténoïdes de manière à écarter ou à rapprocher l’une de l’autre les extrémités postérieures des cordes vocales inférieures, c’est-a-dire à élargir ou à rétrécir la glotte pour la production du son.
A l’époque de la puberté, les muscles laryngiens ne se développent pas aussi rapidement que les cartilages. Nous avons vu que cette inégalité de développement est la principale cause qui produit la mue de la voix.
Ces muscles sont soumis aux mêmes lois physiologiques que les autres muscles de l’économie, c’est-à-dire que leur force s’accroît par l’exercice et s’affaiblit sous l’influence de l’àge et des maladies. C’est en faisant des vocalises journalières que les chanteurs parviennent à fortifier et à étendre leur voix : de même, les pianistes, les danseurs et les acrobates ne doivent leur souplesse qu’à la gymnastique régulière de leurs muscles professionnels.
Les muscles du larynx sont, comme les autres, sujets aux maladies qui affectent le système musculaire, telles que l’inflammation, la dégénérescence graisseuse, les spasmes, les convulsions et les paralysies.
Les convulsions des muscles laryngiens se rencontrent dans le spasme,
de la glotte , la laryngite striduleuse ou faux croup et dans les névroses ; leur paralysie accompagne le croup, l’anévrysme de la crosse de l’aorte, etc.
Le délire des aboyeurs est caractérisé par un cri à peu près semblable au jappement du chien. Il s’observe chez les personnes affectées de
Fig. 175.
1, Epiglotte. — 2, 3, Thyroïde. — 4, 4, Muscles crico-arytéuoïdiens postérieurs. — 5,5, Muscle arylénoïdien. (Figure tirée de Y Anatomie de M. Fort.)
chorée ou danse de Saint- Guy et résulte des convulsions choréiques des muscles laryngiens. C’était aussi le spasme de ces muscles qui, au xvme siècle, déterminait les accès singuliers des convulsionnaires dites « aboyeuses » et « miauleuses » du cimetière de Saint-Médard.
Le muscle aryténoïdien (5, fig. 175) est situé à la partie postérieure
Fjg. 176.
a , Cartilage thyroïde. — b} b. Cartilage cricoïde. — f, f , Muscles crico-thyroïdiens.
de l’organe vocal et se compose de deux ordres de fibres : les unes transversales occupent la couche profonde; les autres obliques, disposées en sautoir, se prolongent dans l’épaisseur des replis aryténo-épiglottiques pour former les muscles de même nom (pl. I, fig. 2, G, 3).
Le muscle aryténoïdien concourt au rapprochement des cartilages aryténoïdes et par suite rétrécit la glotte.
DE LA PHONATION
Les muscles crico-thyroïdiens (/*, fig. 176), par le mouvement de bascule en avant qu’ils iont exécuter au cartilage thyroïde, déterminent la tension des cordes vocales et sont ainsi constricteurs de la glotte. La section des nerfs laryngés externes qui innervent ces muscles paralyse ces derniers et donne à la voix une raucité qui disparaît, dès que l’on supplée à Faction de ces muscles en faisant basculer le cartilage thyroïde à l’aide des doigts.
Lorsqu’on presse ce cartilage d’avant en arrière, on neutralise Faction des muscles crico-thyroïdiens, les cordes vocales sont alors détendues et les sons émis deviennent plus graves que ceux de la voix normale. Il est facile de faire cette expérience sur soi-même.
D’après le professeur Gavarret, c’est au cartilage cricoïde que les muscles crico-thyroïdiens feraient exécuter un mouvement de bascule, en vertu duquel ce cartilage s’élèverait en avant, tandis que sa partie postérieure, rejetée en arrière, entraînerait les cartilages aryténoïdes et exercerait, de la sorte, une traction longitudinale sur les cordes vocales.
Les muscles crico-aryténoïdiens postérieurs (4, fig. 175) agissent sur les cartilages aryténoïdes en imprimant à leur apophyse vocale un mouvement de rotation en haut et en dehors, qui contribue à dilater la glotte. Ces muscles sont animés par les nerfs laryngés inférieurs
Fig. 177. — Action du crico-aryténoïdien postérieur. (D’après Fort).
1, 1, Muscle crico-aryténoïdien postérieur. — 2, Apophyse .antérieure des aryténoïdes lorsque le muscle crico-aryténoïdien est au repos. — 3, Position des mêmes apophyses pendant la contraction du muscle ; (l’intervalle qui les sépare est augmeuté). — 4, 4, Point central autour duquel semble pivoter le cartilage pendant l'action de ce muscle.
ou récurrents et leur paralysie détermine une asphyxie plus ou moins rapide, suivant l’àge du sujet. Les jeunes animaux succombent plus vite, parce qu’ils n’ont pas de glotte postérieure respiratoire ou interaryténoïdienne.
C’est le physiologiste Legallois qui, le premier, a fait cette remarque en voulant rendre aphone un jeune chien qui le fatiguait par ses aboiements incessants : il sectionna les nerfs récurrents et l’animal mourut aussitôt asphyxié. Longet répéta cette expérience sur des chiens plus âgés, qui, tout en devenant aphones, continuèrent à vivre pendant quelques jours.
Les muscles thyro-aryténoïdiens (pl. I, fig. 2, G 5, E 9) sont contenus dans l’épaisseur des cordes vocales inférieures et agissent directement sur celles-ci dans la constriction de la glotte. Ils concourent surtout à la production des sons de poitrine les plus élevés, par la pression latérale qu’ils exercent sur les rubans vocaux.
Les muscles crico - aryténoïdiens latéraux (G, 6), comme les précédents, rétrécissent la glotte, mais par un mécanisme différent : ils impriment aux apophyses vocales des aryténoïdes un mouvement de rotation en dedans, qui les rapproche l’un de l’autre (fig. 178).
En résumé, tous les muscles du larynx sont disposés par paires, excepté Yaryténoidien ; tous ont une insertion à 1 aryténoïde, excepté
Fig. 178. — Action du crico-arylénoïdien latéral.
1, 1, Ce muscle porte l'apophyse externe de l'aryténoïde dans le sens de la flèche. — 2, Position des cordes vocales au repos. — 3, Leur position pendant la contraction des muscles. — 4, Point autour duquel l’aryténoïde pivote.
les crico-thyroïdiens ; tous sont animés par le nerf récurrent, excepté les crico-thyroïdiens ; tous, enfin , sont constricteurs de la glotte, excepté les crico-aryténoïdiens 'postérieurs.
3° MEMBRANE IftïUQUEUSE OU LARYNX. OEDÈME OE LA
glotte. — L’intérieur du larynx est tapissé d’une membrane muqueuse qui se continue en haut avec celle de la bouche et du pharynx, en bas avec celle de la trachée ; seule, la surface extérieure de l’organe vocal est dépourvue d’enveloppe muqueuse. Cette membrane, de couleur rosée, présente une faible épaisseur dans toute l’étendue de la cavité laryngienne et, au niveau de la glotte, elle devient si mince, que l’on aperçoit, par transparence, l’aspect nacré des cordes vocales inférieures.
La muqueuse laryngienne est recouverte, sur toute son étendue, de nombreux prolongements filiformes appelés cils vibratiles, parce qu’ils sont animés de mouvements continus. Ges filaments microscopiques ont pour but de tamisef l’air de la respiration. Les poussières atmosphériques retenues de la sorte sont ensuite expulsées avec les mucosités bronchiques et donnent aux crachats, surtout à ceux du matin, une teinte gris foncé dont bien des personnes s’inquiètent à tort.
DE LA PHONATION
En passant des bords de l’épiglotte sur les cartilages aryténoïdes, la muqueuse laryngienne s’adosse à elle-même pour former les replis dits aryténo-cpiglottiques (pl. I, fig. 2, G), qui renferment dans leur épaisseur une couche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire trèslàche. C’est dans les mailles de cette trame extensible que se fait Pinfiltration séro-purulente qui constitue la laryngite œdémateuse (oîoetv, se gonfler). On donne plus généralement à cette affection le nom d’ œdème de la glotte ; mais cette dénomination est impropre, puisque les parois de la glotte ne sont jamais atteintes. Cette maladie est trèscommune en Angleterre, où les enfants ont la mauvaise habitude de boire à même la théière et se brûlent souvent le gosier.
La muqueuse du larynx renferme dans sa couche profonde ou derme : 1° des glandes , qui sécrètent un liquide particulier destiné à humecter l’intérieur de cet organe ; 2° des nerfs , qui président à sa sensibilité et à sa motricité ; 3° des vaisseaux , qui sont préposés à sa nutrition.
A. glaîvdes ou larynx. — Ces glandes remplissent un rôle important dans la phonation ; la sécrétion de leur liquide entretient la muqueuse laryngienne dans un état suffisant d’humidité. Aussi les cordes vocales cessent- t-elles de fonctionner lorsque la sécrétion est arrêtée, soit par une inflammation intense, soit par une émotion vive, soit encore par une absorption considérable de poussière. Le « chat » qui se produit tout-à-coup dans la voix des chanteurs tient souvent à cette seule cause. Les orateurs remédient à l’insuffisance de la sécrétion laryngienne avec le verre d’eau traditionnel. Certains virtuoses ont des habitudes différentes : la Patti boit de l’eau de Seltz et la Nilson de la bière, Marie Cabel mange des poires , Mme Ugalde des pruneaux , M1Ie Krauss ne prend que du bouillon froid, le baryton Faure du raisin de Fontainebleau. Néron, qui avait des prétentions d’artiste, prenait matin et soir un verre d’eau de poireau pour conserver la fraîcheur de sa voix.
Un diabétique, chez lequel toutes les sécrétions sont diminuées aux dépens de l’excrétion urinaire, manquant par conséquent de salive et de mucus laryngé, ne pourra jamais faire un bon chanteur.
Les glandes du larynx ont été divisées, d’après leur siège, en épfc glottiques, ventriculaires et aryténoïdiennes. Ces dernières sont contenues dans les replis aryténo-épiglottiques, au-devant des cartilages aryténoïdes ; elles affectent la disposition d’un L, dont la branche verticale longe les cartilages aryténoïdes et la branche horizontale suit la direction des cordes vocales supérieures. On rencontre souvent, logé au milieu de ce groupe de glandules, le cartilage cunéiforme de Wrisberg, qui parfois est réduit à l’état de grains cartilagineux.
B. nerfs laryngés. LEUR action. — Les nerfs du larynx
sont le laryngé supérieur et le laryngé inférieur . Le premier donne la sensibilité à la partie sus-glottique (pl. I, fig. 2, E 3) de la muqueuse laryngienne et aussi à la partie sous-glottique de cette membrane (E 5) par un rameau spécial qui s’en détache et que l’on appelle nerf laryngé externe.
Bien que ce dernier nerf émane du précédent, la sensibilité de la région qu’il innerve est cependant moins exquise que celle de la partie à laquelle se distribue le nerf laryngé supérieur : aussi, la présence d’un corps étranger dans la portion sus-glottique est-elle très-pénible, tandis qu’elle est supportable dans la portion sous-glottique. Le nerf
Fig. 179. — Nerfs laryngés inférieurs ou fée-, irrents.
1, Trachée. — 2, Œsophage. — 3, Crosse de l’aorte. — 4, Tronc brachio-céphalique. — 5, Artère carotide primitive gauche. — 6, Artère sous-clavière gauche. — 8, Nerfs pneumogastriques. — 9, 10, Nerfs récurrents.
laryngé externe se distribue de plus au muscle crico-thyroïdien et préside à ses contractions. Nous avons vu plus haut que la section de ce nerf détermine la paralysie du muscle qu’il anime et donne à la voix une raucité caractéristique.
Le nerf laryngé inférieur (9, 10, fig. 179) a encore été appelé nerf récurrent (de recurrere , revenir sur ses pas), parce qu’il semble remonter vers Eorigine du tronc nerveux pneumogastrique, qui lui a donné naissance. Avant de se rendre au larynx, le nerf récurrent du côté gauehe (8) passe sous la crosse de l’aorte (3) en décrivant une courbe à concavité supérieure ; ce rapport explique la compression possible de ce nerf dans les cas d’anévrysmes de cette artère et par suite les troubles de la voix qui en résultent. Le nerf récurrent envoie des filets à tous les muscles du larynx, excepté au crico-thyroïdien : de là son importance dans la production de la voix ; de là aussi Y aphonie (a, privatif ; çwvVj, voix), qui résulte de la section des deux nerfs laryngés inférieurs, ainsi que Galien le démontra publiquement sur des porcs. On sait, d’après ce que nous avons déjà dit, que les physiologistes Legallois et Longet ont établi par l’expérience que la section de ces nerfs était encore une cause d’asphyxie par suite de la paralysie des
DE LA PHONATION
muscles dilatateurs de la glotte, les crico-aryténoïdiens (fig. 177).
postérieurs
| ARTICLE II
mécanisme de la production de la voix. — La voix est le son que font entendre les animaux supérieurs pourvus d’un larynx ; par elle, ils manifestent leurs besoins et se mettent en relations avec tous les êtres doués du sens de l’ouïe. La production de la voix est due à un simple phénomène respiratoire qui se passe, pendant le temps de 1 expiration, au niveau de la glotte. Les sons produits au moment de 1 inspiration ne peuvent déterminer que des bruits anormaux qui n’ont aucun rapport avec la voix proprement dite : telles sont les reprises sifflantes des quintes de coqueluche, et les inspirations bruyantes du hoquet.
Tous les physiologistes s’accordent à reconnaître que la production de la voix s’opère au niveau de la glotte. On ie démontre par l’expérience suivante : on dispose un larynx humain sur une soufflerie que l’on fait jouer, et aussitôt un son semblable à la voix humaine se fait entendre ; mais si l’on vient à pratiquer une ouverture au-dessous de la glotte, l’air s’échappe par les lèvres de cette incision et a ucun son ne peut plus être émis, tandis qu’il se reproduit de nouveau si l’orifice artificiel est pratiqué au-dessus de la glotte. C'est pour ce motif que les personnes opérées du croup, qui portent une canule dans la trachée, ne peuvent parler à voix haute.
Deux éléments sont indispensables à la production de la voix: d’abord la tension des cordes vocales inférieures, ensuite la pression du courant d’air expiré. Les cordes vocales supérieures ne jouent qu’un rôle tout à fait secondaire dans la phonation ; aussi manquent-elles chez un grand nombre d’animaux. ,
caractères de la voix. - La puissance de la voix sera d autant plus grande que le thorax et le larynx seront plus développés. C est pourquoi les femelles des animaux, dont le larynx est plus petit que celui des mâles, ont la voix plus aiguë, à l’exception cependant de la vache, dont le mugissement est plus grave que celui du taureau.
Ce qui montre bien l’influence qu’exerce la capacité de la poitrine sur la voix, c’est la difficulté que l’on éprouve à chanter après le repas, alors que l’estomac refoule le diaphragme et rétrécit d’autant la cavité thoracique. On sait que les artistes lyriques déjeunent et soupent plus copieusement qu’ils ne dînent. La Malibran, cependant, avait 1 habitude de prendre son repas avant d’entrer en scène.
On a en outre remarqué que les qualités de la voix étaient subordonnées à l’état de la force élastique de l’air atmosphérique. C’est sans doute pour cette raison que les chanteurs ont la voix plus aiguë en été qu’en hiver et que les instruments de musique font plus de bruit le soir que dans la journée.
j Les variétés du timbre de la voix sont aussi nombreuses que les individus et, de plus, elles sont si différentes entre elles qu’il suffit souvent d’entendre parler une personne pour la reconnaître. C’est ainsi qu’Isaac reconnut Jacob après avoir été trompé en le touchant.
11 est facile de déguiser le son de la voix en modifiant le jeu de l’appareil vocal. Certaines personnes atteignent même une grande perfection dans l’art d’imiter la voix des autres. Ce don d’imitation n’est pas seulement l’apanage de l’espèce humaine ; il se rencontre encore chez divers oiseaux : ainsi, le grand motteux du Cap doit son nom « d’imitateur » à la faculté qu’il possède de contrefaire tous les sons qu’il entend.
Les individus qui sont habitués à vivre au milieu du bruit, tels que les marins et les voyageurs en général, ont le diapason vocal plus élevé; les sourds ont aussi une voix très-lorte : ce qui a donné lieu au proverbe « crier comme un sourd » .
DKS RAPPORTS DE LA VOIX AVEC LE MORAL. — D’après le
docteur Colombat, la voix d’un individu peut apprendre beaucoup de choses sur son tempérament, sur son caractère, sur ses qualités mo^ raies et sur les dispositions de son esprit. Il est certain que la situation de famé influe d’une manière assez marquée sur l’organe de la voix, qm diffère toujours suivant les circonstances. On doit donc penser avec Grétry, que si l’homme peut se cacher dans ses discours, il n’a pas encore appris à se cacher dans ses intonations. Lavater a dit avec raison que la voix et le visage s’associaient le plus souvent. Le « parle afin que je te voie » de Platon, suppose encore des rapports entre la voix et le moral.
On raconte, dit A. Le Pileur, que Grétry s’amusait à noter aussi exactement que possible le « bonjour monsieur » des gens qui lui faisaient visite ; ces deux mots peuvent, en effet, exprimer par leur intonation les sentiments les plus opposés, malgré l’identité constante du sens littéral. Le comédien Baron émouvait jusqu’aux larmes son auditoire en récitant les vers de la chanson :
Si le roi m’avait donné Paris sa grand’ville.
DES PRÏACIPALES THEORIES DE LA VOIX. — Si les physiü“
îogistes sont d’accord pour considérer la glotte comme le siège unique de la formation des sons vocaux,, il n’en est plus de même lorsqu’il
DE LA PHONATION. 227
s agit de déterminer la cause efficiente de ce phénomène : les uns attribuent cette importante fonction à l’air ; les autres pensent que ce rôle est exclusivement dévolu aux cordes vocales inférieures. Les partisans de cette dernière hypothèse s’appuient principalement sur une preuve pathologique de grande valeur, à savoir qu’une lésion*, même légère, de la muqueuse des rubans vocaux suffit pour altérer la pureté de la voix.
; Gepen dant le physiologiste Helmholtz semble avoir démontré, à l’aide
du microscope à vibrations , que les sons complexes de la voix sont dus aux vibrations de l’air et que les sons simples sont produits par les vibrations des cordes vocales.
Mais les physiologistes sont entièrement divisés lorsqu’il s’agit de déterminer à quel ordre d’instrument on doit rapporter l’organe vocal: en effet, Galien le comparait à la flûte; Magendie, au hautbois; Despinay, au trombone ; Diday, au cor de chasse ; Savart, à l’appeau des oiseleurs ; Malgaigne, au petit instrument nommé « pratique » dont on se sert pour imiter la voix de polichinelle ; Biot, au tuyau d’orgue; et Ferrein, àl’épinette ou clavecin.
Ce dernier comparait les lèvres de la glotte aux cordes d’un violon ; aussi leur a-t-il donné le nom de cordes vocales , qu’elles ont conservé depuis. « Le courant d air était l’archet ; l’effort de la poitrine et des poumons était la main qui conduit l’archet ; les cartilages thyroïdes, les points d’appui ; les aryténoïdiens, les chevilles ; et les muscles qui s’y insèrent étaient les puissances destinées à tendre ou à relâcher les cordes. »
De nos jours on s’accorde à assimiler l’appareil vocal aux instruments à anche : les poumons représenteraient «le soufflet » de ces instruments; la trachée et les bronches « le porte-vent » ; les cordes vocales « les anches membraneuses » ; enfin le pharynx, la bouche et le nez « le tuyau de renforcement » .
Quoi qu il en soit, le larynx est un instrument sui generis , le plus ancien, le plus simple et le plus parfait qui existe ; il n’y a donc pas à lui chercher un analogue dans les instruments que nous connaissons. On a remarqué que le violoncelle est, de tous les instruments de musique, celui qui se rapproche le plus de la voix humaine.
modifications physiologiques ex pathologiques
HE la voix. - Le passage de l’air dans l’appareil vocal donne encore heu à la production de bruits particuliers, qui sont provoqués par des excitations physiques ou morales, tels que le ronflement, l’expectoration, l’éternument, le moucher, le hoquet, le rire le soupir, le sanglot et le bâillement.
La voix peut subir des altérations plus ou moins profondes sous l influence de divers états maladifs : elle est faible dans les convales-
cences ; enrouée et même éteinte dans les inflammations delà muqueuse laryngée, dans le choléra, etc ; enfin, elle peut disparaître complètement à la suite d’une simple impression du froid, d’une émotion vive, d’une congestion ou d’une paralysie de l’appareil vocal. L’extinction de voix ou aphonie , ne doit pas être confondue avec le mutisme (de mutus , muet) ; la première de ces affections est la privation de la voix avec conservation de la parole, tandis que la seconde permet l’émission des sons, mais rend impossible leur articulation.
Il nous reste à étudier les modifications physiologiques que la voix éprouve lorsqu’elle est cadencée , inarticulée et articulée : dans le premier cas, elle produit le chant ; dans le second, le cri , et dans le dernier, la parole .