MODE DE DÉVELOPPEMENT DU LARYKX SELON LES
ages. mue de la voix. — L’organisation du larynx subit, avec l’âge, des modifications inhérentes aux besoins et aux exigences de notre être. A trois ans, le larynx n’est pas plus développé quà la naissance, et son volume varie peu jusqu’à l’âge de douze ou treize ans. Durant cette première période de la vie, le diapason de la voix ne s’est pas sensiblement modifié ; mais, à partir de l’époque de la puberté, l’organe de la phonation s’accroît subitement, et la voix de soprano de l’enfant se transforme en voix de ténor ou de basse , selon les dispositions individuelles : on dit alors que la voie mue (de mutare , changer).
Les physiologistes expliquent la tonalité singulière et désagréable que prend la voix à cette période, par l’inégalité de développement des muscles et des cartilages laryngiens. Ceux-ci se développent plus rapidement que ceux-là. De sorte que le jeu des premiers perd cette synergie d’action qui assure à la voix un timbre uniforme.
Après la puberté, l’accroissement du larynx continue jusqu’à vingtcinq ans; mais à partir de cet âge h forme et le volume de cet organe
ne se modifient plus sensiblement. Dans la vieillesse, les cartilages s’ossifient, les muscles deviennent graisseux, la voix s’affaiblit et tremblote.
»e iiA glotte. — - La cavité du larynx est plus étroite que ne semble l’indiquer sa configuration extérieure. Conique à sa partie supérieure, elle est cylindrique à sa partie inférieure et rétrécie en son milieu, comme on le voit sur la figure 162. L’étranglement qui sépare les deux extrémités de l’organe vocal s’appelle la glotte (yXoiaara, langue); c’est un espace limité par la saillie de deux rubans ligamenteux qui ont reçu le nom impropre de cordes vocales inférieures, par opposition à deux autres rubans moins saillants situés plus haut et nommés cordes vocales supérieures .
Les cordes vocales supérieures et inférieures de chaque côté circonscrivent entre elles un orifice ovalaire qui donne accès dans une excavation, appelée ventricule du larynx (3, fig. 162). Cette cavité présente
Fig. 163 — Coupe horizontale du larynx. — 1, Thyroïde. — 2, Aryténoïdes limitant la glotte respiratoire. — b, Glotte vocale limitée par les cordes vocales inférieures, doublées des muscles thyro-aryténoïdiens. — S, Muscle aryténoïdien limitant la glotte en arrière. — 6, Pharynx.
une profondeur remarquable chez l’âne et le singe hurleur; elle semble donc servir à renforcer les sons.
La glotte a deux parties : l’une antérieure, de forme triangulaire, est dite glotte inter-ligamenteuse (3, fig. 163), parce qu’elle répond au bord libre des cordes vocales inférieures ; l’autre postérieure, de forme quadrilatère, correspond aux cartilages aryténoïdes , et est appelée glotte inter-arytènoïdienne (2). L’existence de cette dernière est contestée par quelques auteurs.
La glotte inter-ligamenteuse sert spécialement à l’émission des sons;
DE LA PHONATION
de là son nom de « glotte vocale », tandis que la glotte inter-aryténoïdienne qui livre passage à l’air de la respiration a été appelée « glotte respiratoire » .
1° glotte vocaïæ. — La glotte vocale peut s’agrandir ou se rétrécir, selon les modifications que subit la voix ; sa largeur moyenne,
Fig. 164. — Glotte ouverte pendaut la respiration. — (je, Repli glosso-épiglollique. — u , /, Surface supérieure de l’épiglotte. — v. Ventricule. — ae , Repli ari-épiglottique. — c, \Y, Cartilage de Wrisberg. — cS, Cartilage de Santorini. — com. Commissure aryténoïdienne. — vc. Corde vocale. — vb, Bande ventriculaire. — pv, Procès vocal. — cr, Cartilage cricoïdc. — t, Anneaux de la trachée.
Fig. 165. — Glotte fermée pendant le chant. — fi, Fosse innommée. — hf, Fosse hyoïde. — ch. Corne de l’os hyoïde. — c W, Cartilage Wrisberg. — rS, Cartilage Santorini. — a, Cartilage aryténoïde. — com, Commissure aryténoïdienne. — p, v, Processus vocal.
qui à l’état de repos est de 6 millimètres, peut se dilater jusqu’à 14 millimètres, ou se contracter au point de disparaître tout à fait (fïg. 164 et 166).
L’étendue de la glotte, c’est-à-dire son diamètre antéro-postérieur, diffère peu de la longueur des cordes vocales, qui varie, d’après M. Sappey, entre 10 et 24 millimètres chez l’homme, entre 16 et 18 millimètres chez la femme. Cruveilhier fait observer qu’il est facile de concevoir, d’après ces dimensions, comment un louis d’or a pu traverser la glotte en présentant sa circonférence, et descendre jusque dans la trachée. La plupart des consultants appelés repoussaient l’idée de la présence de ce corps étranger dans les voies aériennes, parce que, disaient-ils, la glotte ne pouvait pas en permettre le passage. Le malade mourut au bout d’un an : on trouva le louis d’or au fond de la trachée.
2° glotte respiratoire. — La glotte respiratoire pour les auteurs qui l’admettent, reste toujours béante et sert d’ouverture d’échappement à l’air de l’expiration pendant la constriction de la glotte vocale. M. Gavarret assure cependant que cet espace intercartilagineux est toujours fermé pendant l’émission de la voix.
Quoi qu’il en soit, l’art de « ménager son vent » , si important dans la pratique du chant, consiste précisément à ne perdre, par l’ouverture glottique, qu’une faible quantité de l’air emmagasiné dans la poitrine. Garcia et d’autres professeurs de chant, pour habituer les élèves à
économiser l’air expiré, leur conseillent de chanter devant une bougie allumée et de s’efforcer, par la lenteur de l’expiration, à ne pas en taire vaciller la flamme.
On arrive à ce résultat en s’habituant à prendre ses aspirations avant que l’air soit entièrement expiré et en ayant bien soin de les placer devant les voyelles a, e, o . pour lesquelles la bouche est naturellement ouverte. De cette façon on évite la fatigue et en même temps la production de ces aspirations bruyantes et désagréables qu on appelle des « hoquets ». Tout chanteur et tout comédien qui ne sait pas respirer se fatigue et, selon la juste remarque de Talma, ne sera jamais qu un
artiste médiocre. ,
s>u croup EX DE la. trachéotomie. — L etroitesse de la
glotte constitue le principal danger des maladies du larynx et du croup en particulier.
Le croup, monstre hideux, épervier des ténèbres,
comme l’appelle Victor Hugo, est une maladie caractérisée anatomiquement par le développement de fausses membranes qui tapissent touie la cavité du larynx. Lorsque ces membranes envahissent les bronches, elles obstruent ces canaux , empêchent la pénétration de 1 air dans les
Fig. 466. — Moules des tubes bronchiques expectorés dans le croup.
DE LA PHONATION
que pour permettre à l’air de pénétrer librement dans les poumons, on pratique au-dessous de l’obstacle, par conséquent au niveau des premiers anneaux de la trachée (fig. 167), une incision par laquelle on introduit une canule en argent, du modèle de celles qui sont représentées
sur la figure 168 : telle est l’opération de la trachéotomie (tpa/eTa, trachée; ucp/rç, section). La respiration se fait alors librement par la plaie trachéale. Nous avons vu, dans une fête des environs de Paris, un flûtiste qui avait subi cette opération et jouait de son instrument par l’ouverture encore béante de la trachée.
Le baron Richerand cite un chirurgien autrichien, qui put sauver la vie à un soldat condamné â être pendu, en lui pratiquant la trachéotomie, la veille de l’exécution.
La trachéotomie permet, dans les bonnes séries, de sauver un enfant sur quatre ; tandis que le croup, abandonné à lui-même, se termine habituellement par la mort. Le croup atteint tous les âges, et l’on sait que Washington en est mort à 68 ans ; mais il se produit surtout chez les enfants de 2 à 7 ans. Les garçons y sont plus prédisposés que les filles.
L’inventeur de la trachéotomie est Bretonneau et sa première guérison fut celle de mademoiselle de Puységur, en 1825.
EXAMEN de la cavité larvkgieme. laryngoscope.
— L’examen de la cavité laryngienne étant impossible à l’œil nu, on fait usage d’un instrument appelé laryngoscope (fig 171). A l’aide de ce précieux moyen d’investigation, on aperçoit l’intérieur du larynx dans tous ses détails, jusqu’aux cordes vocales inférieures (fig. 172).
Fig. 167. — Opération de la trachéotomie.
Cet instrument permet d’extraire dhs tumeurs implantées sur les parois de ces régions profondes, tel qu’un polype des cordes vocales intérieures (fig. 170). Gnrcia, le frère des célèbres artistes Malibran et
E> Canule à trachéotomie de M. Richet. Elle permet à l’air expiré de passer dans le larynx par le tube supérieur \ et d’v produire des sons. — B et C, Double canule ordinaire. — D, Soupape qui M’adapte à l’orifice extérieur de la la canule : elle s’ouvre au moment de 1 inspiration et se ferme pendant l’expiration.
Viardot, eut, le premier, l’idée défaire l’observation directe de la glotte de l’homme vivant à l’aide d’un petit miroir qu’il introduisait dans l’arrière— gorge. Depuis, Gzermak, Krisbaber (fig* 1^1)? Man e
Fig. IG'J. FiS- 170