‹ Le corps humainChapitre 52 sur 144 · I. — Oreille externe · texte numérisé non relu

I. — Oreille externe

L’oreille externe est la seule portion de l’appareil auditif qui soit accessible à la vue ; elle occupe les parties latérales de la tête. Elle se compose de Yauricule ou pavillon et d’un canal cartilagineux et osseux, le conduit auditif externe , qui aboutit à l’oreille moyenne.

1° OAVILUOX. UÉSÏOXS OU LOBULE OÆîVS LA SCROFULE.

— Les deux pavillons (fig. 182) sont si solidement fixés à la tête par leurs attaches qu’ils peuvent supporter le poids d’un homme.

Le squelette de chaque pavillon est constitué par une lame fibrocartilagineuse souple, élastique, disposée dans son ensemble en forme de cornet acoustique destiné à recueillir les vibrations sonores. Plus le

(O Elle a été aussi attribuée à Piron.

SENS DE l/OUIE.

pavillon est développé et plus il est apte à l’audition ; aussi, pour mieux entendre, augmente-t-on son étendue en plaçant la main en creux près de l’oreille.

Le pavillon a la forme d’un coquillage ; ses surfaces sont couvertes d’éminences et d’anfractuosités, dont chacune a reçu un nom particulier.

L 'hélix est le repli qui limite la circonférence du pavillon l 'anthélix est la saillie inscrite dans la courbe précédente, elle se conlond en bas avec l’éminence appelée antitragus et se termine en haut sous

l’ourlet de l’hélix par une bifurcation qui limite entre ses deux branches saillantes la cavité dite fosse naviculaire. Le tragus est l’éminence triangulaire située en avant du conduit auditif et qui présente à son sommet un bouquet de poils plus ou moins touffu. Enfin, au centre du pavillon, on rencontre la cavité de la conque , qui se continue avec le conduit auditif. Le lobule de l’oreille termine en bas le pavillon ; il est dépourvu de cartilage et formé d’un tissu cellulo-graisseux qui se laisse facilement percer pour y suspendre les anneaux. On sait qu’un préjugé très-répandu veut que l’irritation légère produite par les boucles d’oreilles empêche « les humeurs de se jeter sur les yeux ». Mais ces bijoux déterminent assez souvent une ulcération (fig. 183) qui augmente sans cesse, de haut en bas, jusqu’à complète division du lobule; et le travail ulcératif se reproduit à chaque nouveau percement des oreilles. C’est ainsi que des femmes ont des lobules tout déchiquetés avec plusieurs coupures des deux côtés. Le Dr Constantin Paul, qui a fait de cet accident une étude spéciale, a été conduit par

1, Hélix. — 2, Anthélix. — 3, Fossette de l’hélix. — 4, Fossette de l’anthélix. — S, Conque. — 6, Tragus. — 7, Antitragus. ~r 8, Lobule. — 9, Couduit auditif externe.

Fig. 182. — Pavillon de l’oreille

Fig. 183. — Lobule de l’oreille présentant une rupture complète, une cicatrice d’une ancienne ulcération et une coupure en voie de formation.

LE CO il PS HUMAIN.

ses nombreuses observations à conclure que toute personne, dont les cicatrices produites par le percement des oreilles n’ont pas un orifice simple, mais un orifice garni d’un bourrelet ou remplacé par une . section ou une cicatrice, est un sujet scrofuleux. On conçoit l’importance de ce nouveau signe de la scrofule, quand il s’agit de déterminer l’état de santé d’une femme, d’une nourrice par exemple.

■ Les tissus qui entrent dans la constitution des lobules sont si élasstiques que ceux-ci peuvent subir un allongement considérable. Le docteur Ad. Nicolas rappelle dans l 'Hygiène pratique que les Troglodytes du Magellan et les Scythiens de Strabon avaient des oreilles allongées de telle sorte que l’une servait de matelas et l’autre de couverture. C’est aussi grâce à son élasticité que, dans certains cas, le lobule supporte impunément des poids relativement lourds. On a vu, dit le même auteur, des négresses porter des anneaux de douze centimètres et plus de diamètre. Chez les Mogols, la longueur ordinaire des pendants d’oreilles est d’un pied. Au Malabar on en voit qui pèsent jusqu’à 150 grammes et l’ouverture du lobule laisse passer le poing.

muscles du pavillon, leur i^utïlité. — De tous les êtres animés, l’hommeest le seul qui ne puisse facilement remuer les oreilles ; et cependant chaque pavillon est pourvu de trois muscles dont le développement contraste avec la faiblesse de leur action. L’empereur Justinien avait, parait-il, le privilège de faire mouvoir ses oreilles, et l’une des factions du cirque lui donna pour cette raison le surnom d’Ane.

Ces muscles, dits extrinsèques, parce qu’ils ont un point d’attache au dehors de l'oreille externe, sont Y auriculaire supérieur , Y auriculaire antérieur et Y auriculaire postérieur (pi. II, A, 1, 2, 3) ; ils ont pour fonction de diriger le pavillon, dont ils dépendent, dans le sens indiqué par leur nom.

D’autres muscles intrinsèques, les muscles Iraqiens , hêliciens et transverses , sont compris dans la charpente du pavillon et n’ont d’autre \ usage que d’augmenter ou de diminuer la profondeur des sinuosités de cet organe.

i ITERES OU PAVILLON. LEUR RAPPORT AVEC LA NÉVRAL-

gbe dentaire. — Les filets nerveux qui président à la sensibilité du pavillon viennent du nerf trijumeau. Ils ont la même origine que ceux qui se distribuent aux racines des dents : ce qui explique le succès obtenu par certains empiriques dans le traitement des névralgies dentaires. Ils cautérisent un point de l’auricule et mettent en pratique, à leur insu, un principe de thérapeutique, d’après lequel il faut traiter les affections d’une branche nerveuse en agissant sur l’un quelconque des rameaux qui émergent du même tronc.

usages ou pavillon. — La perte du pavillon n’entraîne pas

SENS DE L’OUIE

nécessairement celle de l’audition . Combien voyons-nous d’animaux, la taupe , par exemple , les oiseaux, etc., dont l’ouïe est d’une finesse extrême, bien qu’ils soient dépourvus de cet opercule ? Hennen parle dans ses écrits d’une oreille enlevée par un boulet de canon, sans que l’ouïe du patient se soit ressentie de cette mutilation.

Les replis du pavillon semblent cependant servir à diriger les ondes sonores vers le conduit auditif, puisqu’en comblant ces sinuosités avec delà cire, on diminue sensiblement l’acuité auditive.

Comme les paupières pour l’œil, le pavillon joue, vis-à-vis de l’appareil auditif, le rôle d’un organe protecteur. La touffe de poils dont est pourvu le tragus s’oppose à la pénétration de l’air ou des corps étrangers à l’intérieur de l’oreille.

Le pavillon sert encore et surtout d’ornement au visage ; à ce titre, il est du devoir du chirurgien d’intervenir chaque fois que cet organe présentera une difformité trop apparente . Un lobule d’une largeur exagérée sera rogné avec des ciseaux ; une perte de substance ancienne sera comblée par le procédé autoplastique, qui consiste à greffer sur une partie du corps une portion plus ou moins grande de peau prise dans une autre région ; une perle de substance récente, soit totale, soit partielle, sera facilement réparée par la simple juxtaposition des morceaux fraîchement séparés.

Les anciennes coutumes judiciaires infligeaient souvent l’ablation des oreilles comme une flétrissure indélébile.

Le docteur AmédéeJoux, à l’exemple de Lavater, attribue àla forme du pavillon une signification physiognomonique quelque peu fantaisiste. La forme et la couleur de l’oreille, d’après ce spécialiste, coïncident avec la beauté et la noblesse, ou avec la laideur et la bassesse. Il y a des oreilles intelligentes, des oreilles stupides, des oreilles dont les formes sont pleines de distinction. Il y en a qui sont ignobles, insuffisantes ou bestiales. Une oreille blanche, souple, d’une forme harmonieuse et élégante, avec un lobule pur, d’une grandeur convenable, s’attachant heureusement à la tête qui la porte, ne peut appartenir à un être vulgaire ; si, au contraire, l’oreille est rouge, rude, épaisse, si son lobule est massif et injecté de sang, disproportionné, mal attaché, dites que celui qui la porte est disgracié de la nature et que ses penchants pourront être ignobles ou répréhensibles... a Nul des organes de l’homme, ajoute le même auteur, ne nous a paru transmettre avec autant de fidélité que l’oreille la ressemblance des pères aux enfants. »

Nous savons aussi qu’on a l’habitude de considérer de grandes oreilles comme le signe de la bêtise, par allusion à la prétendue stupidité de l’àne, « ce coursier aux longues oreilles. »

2° CO\D€lT AUDITIF E’XTBtWfcNE. - SES SINUOSITÉS. — Il commence au fond de la conque, en arrière du tragus, et se termine

à la membrane du tympan, qui établit la ligne de démarcation entre l’oreille externe et l’oreille moyenne. Ce canal est composé de deux parties juxtaposées : la partie profonde est osseuse et suit la direction du rocher ; la partie extérieure est fîbro-cartilagineuse et suit une direction inverse de la première ; si bien que, pour pratiquer l’exploration du conduit, on efface l’angle formé par ces deux parties, en tirant en haut et en arrière le pavillon de l’oreille. Il faut procéder de même si l’on veut utilement administrer une injection dans l’oreille.

L’extrémité profonde de la portion osseuse est taillée en bec de sifflet, de telle sorte que la paroi inférieure du conduit auditif est plus longue que la paroi supérieure ; aussi les chirurgiens recommandentils de suivre la paroi inférieure pour l’introduction des instruments destinés à extraire les corps étrangers de ce canal. L’observation de ce conseil garantit la membrane du tympan contre l’irritation et même

Fig. 18 5. — Moule du conduit auditif externe et de la face concave du pavillon de l’oreille.

\3 Anlhéüx. — 2, Conque. — 3, 4, Paroi inférieure du conduit auditif. — 5, Courbure supérieure du conduit auditif. — 6, 7, Moule de la face externe de la membrane du tympan.

contre la perforation que peut produire le contact de ces instruments.

Rectiligne chez l’enfant, le conduit auditif est contourné en pas de vis chez l’adulte (fig. 184). Sa partie moyenne est plus étroite que ses extrémités : aussi les corps étrangers qui ont franchi ce rétrécissement naturel ont-ils de la difficulté à le traverser de nouveau pour sortir. Les courbures du conduit auditif n’ont , selon nous , d’autre utilité que celle de mettre le tympan à l’abri de l’action du vent et des poussières de l’atmosphère.

Sa longueur est d’environ 3 centimètres et ses variations indivis duelles portent principalement sur la portion cartilagineuse.

Lorsque le maxillaire inférieur s’abaisse, l’extrémité supérieure de cet os subit un mouvement de bascule qui la porte en avant et élargit l’ouverture du conduit auditif ; ce qui facilite l’entrée des ondes sonores

dans ce conduit et donne l’explication du mouvement instinctif qui nous fait ouvrir la bouche pour mieux entendre.

La peau qui recouvre le pavillon s’amincit en pénétrant à l’intérieur du conduit auditif, dont elle tapissse les parois, puis se réfléchit sur la membrane du tympan, en formant un doigt de gant.

Le nerf pneumogastrique qui, entre autres fonctions préside à l’innervation des poumons, envoie dans la peau du conduit auditif quelques rameaux sensitifs. Cette disposition anatomique explique pourquoi l’introduction d’un corps étranger dans ce conduit provoque souvent, par action réflexe, de violents accès de toux.

ou cÉRtiiEK. — La peau du conduit auditif renferme, dans son épaisseur, un grand nombre de glandes spéciales qui sécrètent une matière grasse, épaisse, jaunâtre et amère, appelée cérumen , à cause de sa ressemblance avec la cire (en latin cerd). L’amertume et l’épaisseur du cérumen éloignent les insectes. Cette manière forme des amas qui acquièrent parfois une grande consistance et obstruent la lumière du conduit auditif. Chez les enfants, cette sécrétion est très-abondante et provoque souvent des accès de douleurs ou des inflammations qu’il serait facile de leur éviter en pratiquant de fréquentes injections auriculaires.

Les bouchons de cérumen, ainsi que le fait remarquer M. Tillaux, provoquent, non pas insensiblement mais brusquement, la perte de l’ouïe ; il explique ce fait par le déplacement du bouchon qui tombe sur la membrane du tympan et en suspend les vibrations.

VICES I>E CONFORMATION OU COINiOUET AUDITIF. — L’étroi"

tesse du conduit nuit essentiellement à l’audition ; elle facilite de plus la formation des bouchons cérumineux, alors même que la sécrétion

Fig. 185. — Cornet acoustique, Fig. 186. — Stéthoscope flexible.

est faible. On remédie à ce vice de conformation, soit en dilatant le conduit rétréci à l’aide de substances hygrométriques, comme le laminaria et l’éponge préparée, soit en faisant usage des cornets acoustiques (fig. 185) que l’on a appelés les « lunettes de l’oreille. »

Entre autres déviations de l’état normal, les auteurs citent la présence d’un conduit auditif double du même côté ; ils signalent encore

l’oblitération du conduit par une ou plusieurs cloisons membraneuses qu’un examen superficiel a pu faire prendre pour autant de membranes du tympan.

Cette disposition est normale chez les chiens nouveau-nés ; leur conduit auditif est oblitéré par une membrane qui se déchire au bout de quelques jours. Les paupières de ces animaux restent closes pendant le même temps ; aussi ne voient-ils et n’entendent-ils que plusieurs jours après leur naissance. Un préjugé fort répandu, fondé sur cette observation, est de croire que l’enfant ne voit ni n’entend quand il vient au monde; la vision et l’audition fonctionnent, mais l’enfant n’a que la conscience simple et non la conscience réfléchie de ses impressions : il voit sans regarder, il entend sans écouter.

USAGES OU CO.VIïUBT ATJIDÏTÏU. TUBES ACOUSTIQUES. STÉ-

thoscope. — Le conduit auditif, suivant Muller, a pour effet de renforcer les sons, et particulièrement le m* b et 1 esolt>, quand ils figurent comme harmoniques dans un son complexe. Cette propriété, particulière aux tuyaux sonores, se démontre par l’expérience suivante: on approche d’un corps vibrant un tube fait d’une matière non sonore et bouché à l’une de ses extrémités par une membrane recouverte de sable fin : alors, si le son pénètre par le canal, les grains de sable s’agitent plus vivement que s’il se porte directement sur la membrane.

Les expériences ingénieuses de Biot sur les canaux cylindriques sont des plus concluantes. Ce physicien, dit Ganot, a constaté que, dans un tuyau de conduite des eaux de Paris, long de 951 mètres, la voix perd si peu de son intensité, que, d’une extrémité à l’autre de ce tube, on peut entretenir une conversation à voix basse. Toutefois, l’affaiblissement du son devient sensible dans les tubes d’un grand diamètre ou dont les parois présentent des anfractuosités. C’est ce qu’on observe dans les souterrains et dans les longues galeries. Cette propriété qu’ont les tubes de porter au loin les sons a été utilisée d’abord en Angleterre. Des speaking tubes (tubes parlants) y ont été appliqués à transmettre les ordres dans les hôtels et dans les grands établissements. Ce sont des tubes en caoutchouc, d’un petit diamètre, passant d’une pièce à l’autre au travers des murs. Si l’on parle ct,t. d’une voix peu élevée à l’une des extrémités, on est entendu très-distinctement a 1 autre.

La communication secrète que Denys le Tyran avait fait ménager entre son palais et les carrières de Syracuse, connues dans l’antiquité sous le nom d 'oreille de Denys , était une sorte de canal acoustique

SENS DE L’OÜIE.

qui permettait au tyran d’épier les moindres paroles de ses victimes.

Le stéthoscope (œtvjôoç, poitrine ; cxôtuéq), je considère) (fig. 186, 187) est un instrument construit d’après les lois de la conductibilité des tuyaux cylindriques. Ainsi que son nom l’indique, cet instrument sert aux médecins pour l’auscultation des bruits respiratoires ou cardiaques. Il est formé d’un cylindre de bois ou de métal, percé, dans toute sa longueur, d’un canal présentant la forme d’un entonnoir. Le médecin applique sur la poitrine l’extrémité évasée de ce tube, pendant que son oreille, placée à l’autre extrémité, reconnaît les altérations des organes explorés.

CORPS ÉTRANGERS OU CONDUIT AUDITIF. — Outre le C,é~

rumen qui peut former des bouchons d’une dureté comparable à celle de la pierre, on rencontre dans le conduit auditif des corps étrangers de nature très-variée, tels que des perles, des graines de céréales, des noyaux de fruits ou des insectes.

Certains conscrits, espérant donner le change au Conseil de révision, se sont introduit dans le conduit auditif des substances destinées à simuler un écoulement de l’oreille, par exemple du miel, du lard, du fromage, etc.

Le séjour des corps étrangers peut parfois se prolonger plusieurs années sans inconvénient ; d’autres fois, ils occasionnent des désordres nerveux et inflammatoires d’une extrême gravité. Sabatier prétend qu’une simple boulette de papier, introduite dans le conduit auditif, perfora la membrane du tympan et pénétra dans l’oreille moyenne, en provoquant une inflammation très-intense qui se propagea aux enveloppes du cerveau et détermina la mort.

Nous ne saurions trop engager les personnes qui auraient un corps étranger dans l’oreille à en confier l’extraction à un homme de l’art et à ne faire, avant son intervention, que des tentatives d’une innocuité parfaite, telle que l’injection d’eau de savon tiède, en ayant soin de tenir la tête inclinée du côté affecté. On fera bien aussi de s’appliquer un caillou sur le pavillon et de le frapper d’un autre caillou en inclinant la tête : l’ébranlement produit par ce choc peut quelquefois aider au dégagement du corps étranger. C’est ainsi que les nageurs se débarrassent de l’eau qui les incommode.

Bérard fit sortir le ver de la mouche carnassière en disposant, au fond de la conque, un morceau de viande en putréfaction. Quelques praticiens prétendent avoir attiré le forficule ou perce-oreille au dehors du conduit auditif, en lui présentant du lait. Le mieux, croyons-nous, si des insectes se sont introduits dans le conduit auditif, est d’y verser quelques gouttes d’huile.

IL — Oreille moyenne.

sa forme et som role. — Comparée justement à une caisse île tambour dont les deux faces seraient déprimées, cette cavité présente, comme cet instrument de musique, deux parois et une circonférence. Nous aurons donc à étudier : une paroi externe , dite tym panique , parce qu’elle est, en grande partie, formée par le tympan ; une paroi interne , dite labyrinthique , parce qu’elle sert de limite au labyrinthe ; enfin une circonférence et une cavité.

L’oreille moyenne ou caisse du tympan est située dans l’épaisseur du rocher ; elle est séparée de l’oreille externe par la cloison membraneuse tympanique et de l’oreille interne par la cloison osseuse labyrinthique. L’air remplit cette cavité, en se renouvelant pendant la respiration et pendant la déglutition.

Elle est destinée à augmenter l’intensité des vibrations sonores recueillies par l’oreille externe et à les transmettre à l’oreille interne. Cette transmission du son a lieu principalement par la chaîne des osselets et, accessoirement, par l’air qui remplit la caisse, ainsi que par les parois osseuses de cette cavité.

1° PAROI EXTERNE OU TYMPANIQUE. TYMPAN. — Cette

paroi est formée par une cloison membraneuse translucide, mince et résistante, que l’on appelle le tympan (xu^Tuavov, tambour). Cette membrane, qui sépare l’oreille moyenne de l’oreille externe, est d’une couleur gris perle ; elle est de forme circulaire et s’emboîte dans la rainure d’un cadre osseux dit cercle tympanal, comme un verre de montre dans son cadre métallique.

La membrane du tympan a la forme d’un entonnoir dont le bec ferait saillie à l’intérieur delà cavité de la caisse ; elle renferme dans son épaisseur le manche du marteau, petit osselet destiné à graduer la tension de cette membrane, et la corde du tympan qui se dirige vers la langue pour présider à la sécrétion de la salive. D’après le docteur Prompt, c’est à la situation de ce filet nerveux dans l’épaisseur du tympan et à l’excitation continuelle que cette membrane vibrante lui communique, qu’il faut attribuer la continuité delà sécrétion salivaire. La conséquence de cette sécrétion continue serait, d’après ce même auteur, de provoquer de fréquents mouvements de déglutition, pendant lesquels l’air de la caisse du tympan se renouvelle par la trompe d’Eustache, ainsi que nous l’exposerons plus loin.

Par suite de la disposition en biseau de l’extrémité profonde du Conduit auditif, la membrane du tympan, qui s’y adapte, présente, dans

SENS DE L’OUIE

sa direction, une obliquité de haut en bas et de dehors en dedans. Cette obliquité agrandit sa surface et lui permet d'être impressionnée par une plus forte quantité d’ondes sonores. La perfection de l’ouïe doit aussi augmenter avec cette obliquité. On a donc tort de dire que les bons musiciens ont le tympan vertical. Chez l’adulte, l’inclinaison du tympan est à peu près de 45 degrés ; à la naissance, le conduit auditif osseux fait défaut et le tympan est à fleur de tête dans la position horizontale.

usages ou tympai. — Tout en servant de cloison protectrice aux organes de l’ouïe, le tympan a pour rôle principal d’entrer en vibration sous l’influence des ondes sonores venues du dehors, et de communiquer ces ondulations à la chaîne des osselets par l’intermédiaire du marteau, dont le manche fait pour ainsi dire corps avec cette membrane.

La forme en entonnoir du tympan a pour conséquence d’empêcher sa tension d’être uniforme et par suite d’échapper aux inconvénients qu’il présenterait pour l’ouïe, si, comme toute membrane régulièrement tendue, il possédait un ton propre et ne devait résonner que lorsque ce même son serait produit dans le milieu ambiant.

La faible épaisseur du tympan est une condition indispensable à la régularité de son fonctionnement : s’il devient trop épais, il ne peut plus vibrer et l’acuité auditive diminue ; dans ce cas, on rétablit l’accès direct des ondes sonores dans la caisse par la perforation du tympan.

Les alternatives de tension et de relâchement du tympan dépendent des petits muscles des osselets de l’ouïe. On sait par expérience que plus une membrane est tendue, moins elle est susceptible d’entrer en vibration : c’est pourquoi nous contractons instinctivement ces petits muscles, lorsque nous nous préparons à entendre un bruit intense. Quand ils sont atteints de paralysie, ils ne peuvent plus tendre la membrane tympanique : celle-ci se relâche, et le moindre bruit, la faisant vibrer trop fortement, détermine dans l’oreille des douleurs insupportables.

de ua déchirure ou tympaiv. — La déchirure de la membrane du tympan n’entraîne pas la perte de l’ouïe ; beaucoup de personnes, qui ont eu le tympan perforé par une otite dans leur enfance, ne s’en doutent même pas. Gheseldon a proposé de perforer cette membrane pour la cure de certaines surdités.

Cependant, à la suite de cette lésion, on observe parfois de la dureté de l’ouïe, qui disparaît par l’application d’un tympan artificiel fixé an fond du conduit auditif; Toynbee a imaginé cet appareil, après avoir remarqué qu’un petit morceau d’ouate porté sur le tympan, en grande partie détruit, améliorait sensiblement l’ouïe.

Les perforations accidentelles de celte membrane ne sont pas rares (fig. 188) : elles s’observent en particulier chez les femmes qui se nettoient l’oreille avec leur aiguille à tricoter ; cette habitude de se a curer les oreilles » avec un corps étranger a souvent provoqué des accidents très-graves. Toynbec cite le cas d’une demoiselle de vingt-quatre

Fig. 188. — Déchirures de la membrane du tympau.

ans qui succomba à la suite d’une inflammation de l’oreille moyenne déterminée par cette imprudence. La perforation du tympan se rencontre encore : chez les artilleurs et les sonneurs, dont le tympan est trop vivement impressionné par les vibrations que produisent la décharge des canons ouïe branle des cloches : chez les baigneurs qui se jettent à l’eau d’une trop grande hauteur, mais surtout chez les enfants qui reçoivent des soufflets trop violents. On cite encore des cas de rupture provoquée par un éternument trop fort.

vaisseaux et xERFs ou MVRixGiTE. — La mem-

brane du tympan est très-sensible ; elle doit cette propriété au nerf • auriculo-temporal du trijumeau et au nerf auriculaire du pneumogastrique qui lui envoient quelques filets. La présence de ces nerfs explique les troubles sympathiques qui résultent d'une excitation trop intense de cette membrane : un son trop aigu produit le grincement de dents, et une injection forcée dans l’oreille peut quelquefois déterminer une syncope.

Les vaisseaux qui rampent entre les divers feuillets du tympan sont très-nombreux ; aussi la blessure de cette membrane est-elle souvent suivie d’une hémorrhagie dont l’abondance fait croire a une fracture du rocher.

La richesse vasculaire du tympan explique encore la fréquence de son inflammation ou myringite. Cette affection s’observe souvent à la suite d’un refroidissement produit soit par un courant d’air, soit par

SENS DE L'OUÏE

des bains froids : il sera donc prudent de ne s’exposer au grand vent et de n’entrer dans l’eau de rivière ou de mer, que l’oreille protégée par un bourdonnet de coton.

La situation profonde du tympan rend son exploration difficile: on

Fig. 189. — Membrane du tympan vue avec un speJuLm auris (oreille gauche).

1, Manche du marteau. — 2, Saillie qui correspond à l’apophyse externe du marteau. — 3, Ombilic du tympan. — A, Triangle lumineux situé sur la partie antéro-inférieure du tympan.

a recours à divers instruments dits spéculum auris , qui en facilitent l’examen. Le spéculum étant disposé dans le conduit auditif, on se sert d’un miroir concave pour refléter les rayons du jour au fond de ce canal : on aperçoit alors la membrane du tympan avec son reflet lumi -

Fig. 190. — Spéculum auris de Toynbee.

neux , sa dépression centrale ou ombilic, formée par l’extrémité inférieure du manche du marteau, et la saillie déterminée par l’apophyse grêle ou externe de cet osselet (fig. 189). On se sert plus généralement du spéculum de Toynbee (fig. 190) et du miroir concave de Trœltsch qui a 12 centimètres de fôyer.

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