DEGRÉ DE MYOPIE EXEMPTANT I>U SERVICE MILITAIRE
En habituant l’œil à s’adapter à courte distance avec des verres biconcaves, de jeunes conscrits cherchent souvent à se rendre myopes pour se faire exempter du service militaire; mais ils peuvent difficilement atteindre le degré voulu, et n’arrivent à d’autre résultat que celui d’affaiblir leur vue. Pour être libéré du service actif , il faudra pouvoir lire sans verre à une distance très rapprochée du nez, ou à 35 centimètres avec des verres biconcaves n° 6 ou 7 et distinguer avec des verres biconcaves n° 4 les objets éloignés, ou lire avec ces mêmes verres à une distance minimum de 5 mètres de gros caractères d’imprimerie (le n° 20 de l’échelle typographique). L’exemption du service actif résulte donc d’une myopie notable et constatée égale à un quart . Le mvope est déclaré admissible au service auxiliaire, quand sa myopie, sans atteindre le degré qui motive l’exemption, est cependant assez pro- 1 noncée pour nécessiter le port de lunettes dans le service : celle de un cinquième à un quart, par exemple.
SENS DE LA VISION
RAPPORT DE LA MYOPIE AVEC L’INTELLIGEACE. — D’après
Réveil lé-Parise, qui lui même était myope, il y a cent probabilités contre une qu’un myope n’est pas un sot ; et il fait remarquer que les quatre grands hommes du dix-huitième siècle étaient atteints de myopie. Nous pourrions ajouter à cette liste les noms d’Homère, de Milton, de Delille, de Frédéric et de Napoléon, sans pour cela donner raison à Réveillé-Parise. Car s’il est vrai que les travaux intellectuels conduisent quelquefois, par la fatigue oculaire, à la myopie acquise, il faut bien reconnaître que cette affection dépend, ordinairement, d’un allongement congénital du globe de l’œil qui n’a, par conséquent, aucun rapport avec les facultés effectives.
3° astigmatisme. — L’astigmatisme (a privatif ; point)
est encore un trouble de la réfraction caractérisé, le plus souvent, par l’asymétrie de courbure des différents méridiens de la cornée ; l’altération la plus fréquente porte sur le méridien vertical. Cet astigmatisme peut être myope ou hypermétrope suivant le degré de courbure du méridien défectueux.
L’œil affecté d’astigmatisme, qui fixe sur un tableau deux rangées de lignes dirigées les unes verticalement, les autres horizontalement, ne
Fig. 302.
voit distinctement que l’une ou l’autre rangée; s’il regarde une figure semblable à celle qui suit (fig. 302), il ne verra pas nettement toute les lignes.
On corrige cette anomalie de la vision par l’emploi de verres cylindriques concaves ou convexes, selon la variété d’astigmatisme.
L’œil normal est légèrement astigmate, car non-seulement les diffé-
rentes parties d’un méridien de la cornée ne sont pas régulières ( astigmatisme irrégulier) mais encore les courbures des divers méridiens de la même surface sont inégales ( astigmatisme régulier). Si l’astigmatisme n’est pas trop accusé, il est compati^e avec une bonne vision ; au delà il demande l’emploi de lunettes.
Dans l’astigmatisme régulier normal le méridien vertical a une plus grande courbure que le méridien horizontal. Par exemple lorsqu’on approche des yeux une croix dessinée sur un papier, la ligne verticale disparaît tandis que la ligne horizontale est très-visible. C’est sans doute à cette anomalie de construction qu’est dû un phénomène resté inexpliqué jusqu’à ce jour, et que les ingénieurs observent chaque fois qu’en mer ils veulent lever le plan d’une côte avec ses nombreuses irrégularités. Ils remarquent que les lignes horizontales sont en rapport avec leur étendue réelle alors que les distances angulaires verticales sont représentées sur une échelle double.
imperfections de L’oi^iL. — Les imperfections de l’œil sont nombreuses ; mais elles ne nuisent en rien à la netteté de la vision, parce qu’à côté de chacune la nature a placé un correctif. On peut donc dire avec le professeur Béclard que « l’œil est le plus merveilleux appareil d’optique que nous puissions imaginer ». Et M. Helhmoltz, dans son Optique physiologique , a été un peu loin en avançant que « si un opticien essayait de livrer un instrument entaché des défauts que l’œil présente, on serait parfaitement autorisé à refuser son ouvrage, en accompagnant ce refus des expressions les plus dures » .
Les plus importantes de ces imperfections sont : 1° Y aberration de sphéricité ; 2° Y aberration de réfrangibilité ; 3° le dé faut de transparence des milieux de Vœil; 4° la sensibilité obtuse de la plus grande partie de la rétine ; 5° la réflexion des rayons lumineux à Vintérieur de Vœil.
1° aberration de si*nÉRiciTÉ. — Cette imperfection du globe oculaire fait que tous les rayons lumineux ne viennent pas former leur foyer sur la rétine en un seul point. Elle est due aux courbures irrégulières de la cornée et aussi à ce que les courbures du cristallin ne sont pas exactement centrées avec celles de la cornée.
L’aberration de sphéricité est corrigée par la courbure ellipsoïde de la cornée, par le jeu de l’iris et par la réfringence des couches du cristallin, plus grande à la circonférence qu’au centre ; les dispositions particulières de ces organes ont pour but d’agir sur les rayons les plus éloignés de l’axe, soit pour leur faire subir une déviation moindre, soit, comme l’iris, pour intercepter les rayons extrêmes.
2° aberration de réfrangirilité. — L’aberration de réfrangibilité tient à ce que les rayons lumineux sont inégalement
SENS DE LA VISION
réfrangibles. Elle est en partie corrigée par la différence de densitité des couches du cristallin et par le muscle de l’accommodation. Gomme les rayons rouges sont moins réfringents que les rayons violets, il s’ensuit que l’œil accommode plus fortement pour les premiers et qu’un pain à cacheter rouge paraît plus rapproché qu’un autre violet fixé sur la même feuille de papier. La fatigue que l’œil éprouve, par suite des efforts renouvelés d’accommodation qu’il est obligé de faire pour regarder des objets diversement colorés, explique pourquoi des dessins rouges, sur fond bleu, paraissent s’agiter.