APPRÉCIATION DE LA GRANDEUR ET DE LA DISTANCE
des or jets. — Les rayons qui partent des extrémités opposées d’un objet éloigné et qui viennent converger au fond du globe oculaire limitent un angle dit angle visuel (fig. 293), dont le sommet correspond au centre optique. Plus l’objet s’éloigne et plus l’angle visuel devient aigu, plus aussi l’objet nous parait petit, bien qu’en réalité il n’ait pas changé de grandeur : les arbres situés à l’extrémité d’une avenue semblent moins élevés que ceux de la première rangée. De même, la lune sous-tendant un angle visuel plus ouvert nous paraît plus grande que les étoiles qui lui sont cependant de beaucoup supérieures en volume.
En présence de plusieurs objets à égale distance, l’œil de l’observateur appréciera donc la grandeur de chacun d’eux par le degré d’ouverture de l’angle qu’il sous-tendra. Si ces mêmes objets sont à des distances différentes, l’appréciation de leur grandeur et de leur distance ne pourra se faire que par comparaison avec des objets du voisinage, dont la grandeur nous sera familière. Pour juger des dimensions d’un navire, il faut apercevoir des hommes sur le pont. Si le soleil et la lune nous apparaissent au-dessus de l’horizon plus petits qu’à leur lever et à leur coucher, c’est qu’à ce point nous ne pouvons les comparer avec aucun objet voisin, dont la grandeur réelle nous soit connue. Ce qui prouve bien que l’habitude joue le rôle principal
dans ces sortes d’appréciation, c’est que l’aveugle-né à qui l’on rend la lumière voit tous les objets sur le même plan et prend leur grandeur apparente pour leur grandeur réelle.
Des illusions d’optique se produisent souvent dans l’appréciation de la grandeur et de la forme des objets; nous citerons entre autres : les tours carrées qui paraissent rondes et les corps cylindriques qui semblent plus grands qu’ils ne sont. Demandez à une personne de vous marquer sur un mur la hauteur d’un chapeau haute forme placé devant ses yeux ; elle se trompera toujours de trois ou quatre centimètres en trop. De même on croit à tort que la hauteur d’un chapeau est de beaucoup supérieure à sa plus grande largeur. C’est pour parer à une illusion du même genre que l’on donne aux colonnes plus d’évasement en leur milieu afin de les faire paraître égales dans toute leur longueur.
Les illusions de la fantasmagorie, comme celles de la ventriloquie dans le domaine des impressions acoustiques, sont dues à cette notion acquise qui nous fait croire qu’une image ou qu’un son, s’agrandissant sur place, est une image ou un son qui se rapproche.
images de saxsoisî. — Si l’on place la flamme d’une bougie en face d’un œil sain, on distingue trois images de la flamme : deux droites et me renversée (fig. 296). Cette dernière (k) est produite par la face postérieure concave du cristallin et les deux autres sont formées, l’une par la cornée (a), l’autre par la face antérieure convexe du cristallin (c).
Ces images furent découvertes par Purkinje ; mais Sanson leur a donné son nom parce que le premier il les a utilisées pour le diagnostic des maladies des milieux oculaires. Un défaut de courbure de la cornée v # sera révélé par la déformation de la pre-
mière image droite, et la présence de dépôts sur la capsule du cristallin empêchera la production des deux autres ; l’image renversée fera seule defaut si les opacités occupent la substance même du cristallin.
L examen attentif de ces images démontre que, dans l’accommodation de l’œil, l’image correspondante à la face antérieure du cristallin se déplace seule : ce qui indique que pendant cet acte la courbure de la cornée et celle de la face postérieure du cristallin ne sont pas modifiées, tandis que la face antérieure de cette lentille devient plus convexe.
troubles de la RÉFRACTioNi — Nous avons vu que l’œil normal ou emmétrope (de IpipisTpsç-, ayant la mesure exacte) est un
SENS DE LA VISION
appareil d’optique 'Construit de telle sorte, que dans la vision des objets éloignés les images de ceux-ci viennent se former avec netteté
sur la rétine (fig. 289) et que l’accommodation ne doit intervenir qu’à partir de 65 mètres environ.
Mais tous les yeux ne sont pas dans ces conditions : ou l’œil est
trop court et les images se forment en arrière de la rétine (fig. 297) : on dit alors que l’œil est hypermétrope (6 rcép, au delà; pi*pov, mesure;
Fig. ayy. — ULil myope. — Le foyer principal tombe en avant de la reline.
œil) ; ou l’œil est trop long et les images se forment en avant de la rétine (fig. 299) ; on dit, dans ce cas, que l’œil est brachymétrope
Fig. 300. — Foyer F d’un œil myope ramené en F', sur la rétine, par un verre concave.
(gpa^ùç, court). Cette anomalie de construction a été désignée de tout temps sous le nom de myopie. Nous en verrons bientôt la cause.
Il n’est pas rare d’observer chez le même sujet un œil myope et
l’autre hypermétrope. Le chirurgien Laugier présentait cette particularité ; il se servait d’un œil pour opérer et de l’autre pour chasser. La Caille avait contracté l’habitude de lire et d’écrire avec un seul œil en se réservant l’autre pour les observations astronomiques.
Le même œil peut être hypermétrope dans un sens et myope dans l’autre, ce qui constitue Y astigmatisme (a privatif; (rcr^a, point).
1° hypermétropie. — Il ne faut pas confondre cette anomalie de la vision avec la presbytie. Cette dernière, en effet, ne se manifeste que chez les personnes âgées : elle dépend de la vieillesse du cristallin qui perd son élasticité et amène une diminution progressive de la faculté d’accommodation. C’est pourquoi, dans la presbytie, la vision de près se trouble peu à peu, tandis que la vision de loin, pour laquelle l’accommodation n’a pas à intervenir, reste normale.
L’hypermétropie est, au contraire, une affection congénitale; et comme l’image, même pour la vision des objets éloignés, tend à se faire en arrière de la rétine, le muscle de l’accommodation doit sans cesse intervenir pour augmenter la convergence du cristallin et ramener l’image sur la rétine. Plus l’objet se rapproche et plus l’effort musculaire est considérable; aussi les personnes atteintes de cette affection sont-elles dans l’impossibilité de travailler longtemps de près. Bien que congénitale, l’hypermétropie ne se manifeste en général que de vingt-cinq à trente ans, parce qu’à ce moment seulement l’agent essentiel de l’accommodation, le muscle ciliaire, commence à se fatiguer après quelques instants d’un exercice soutenu.
En résumé, le presbyte voit bien de loin et mal de près, tandis que l’hypermétrope voit bien de loin comme de près; mais sa vue se fatigue plus vite.
ASTHÉNOPIE ACCOMMODATIVE. LUNETTES DES HYPER- MÉTROPES. — On se sert de lunettes à verres convexes (fig. 298) pour corriger l’hypermétropie ainsi que l’affaiblissement de l’accom-
Fig. 301. — Besicles â la Franklin.
raodation ou asthénopie accommodative (dbOevyjç, faible; w<l>, œil), qui en est la conséquence.
D’après ce que nous venons de dire, on conçoit que les lunettes serviront surtout dans la vision des objets rapprochés.
Les hypermétropes qui ont besoin de deux paires de lunettes, l’une pour voir de loin, l’autre pour voir de près, peuvent se servir des
SENS DE LA VISION
bésicles que Benjamin Franklin avait imaginées pour son usage personnel (fig. 301). « J’avais, dit cet illustre philosophe, deux paires de lunettes que je changeais suivant l’occasion, parce qu’en voyageant, tantôt je lisais et tantôt je regardais le pays. Trouvant ce changement ennuyeux et ne pouvant presque jamais le faire assez promptement, je fis couper les verres et réunir dans la même monture une moitié de chacun des deux comme ci-dessus. Par ce moyen, comme je porte constamment mes lunettes, je n’ai qu’à lever ou baisser les yeux selon que je veux voir de loin ou de près. Je trouve cela d’autant plus commode depuis mon séjour en France, que les verres qui me conviennent le mieux à table pour voir ce que je mange ne peuvent me servir pour voir les figures des personnes qui me parlent de l’autre côté de la table, car lorsque l’oreille n’est pas bien accoutumée aux sons d’une langue, le mouvement de la physionomie de celui qui parle aide à comprendre ; ainsi je comprends mieux le français grâce à mes lunettes. »
2° myopie. — La myopie est le contraire de l’hypermétropie ; la vision du myope est confuse et même impossible de loin, tandis qu’elle est très nette de près; ce qui explique la finesse de l’écriture des myopes. L’œil du myope étant très long, il est nécessaire que les objets soient très rapprochés pour que leurs images tombent sur la rétine ; d’où l’attitude si connue des myopes pendant la lecture. Le punctum remotum , ou point le plus éloigné de la vision, n’est donc plus à l’infini comme pour l’œil normal, mais bien à quelques mètres et souvent moins ; le punctum proximum , ou point le plus rapproché de la la vision, n’est au contraire distant de l’œil que de quelques centimètres. En vieillissant, l’œil myope a une tendance à devenir presbyte, mais la modification que cet état apporte dans la vision consiste seulement à éloigner de quelques centimètres le punctum proximum : la vision du myope ne s’améliore donc pas d’une manière sensible avec l’âge, ainsi qu’on le croit généralement.
Quelquefois la myopie est progressive et peut déterminer des complications fâcheuses, telles que le décollement de la rétine. Cette variété de myopie est grave surtout chez la femme ; ce qui vient sans doute de ce qu’en général la femme n’ose pas porter de lunettes. ,
A8TÊNOPIE MUSCULAIRE DE L’OEIL MYOPE, Le myOpe,
ne pouvant voir nettement que de très près, est obligé de maintenir les axes optiques dans un degré de convergence tel qu’il en résulte une fatigue des muscles droits internes, appelée asthénopie musculaire. Que les yeux cessent de fixer, les muscles droits internes, fatigués, se détendent, et les muscles antagonistes, les droits externes , attirent la pupille de leur côté en déterminant la loucherie ou strabisme externe.
DILATATION PUPILLAIRE DE L*ŒIL MYOPE. — Presque
toujours la pupille du myope est dans un état permanent de dilatation. Cette disposition est fâcheuse car elle laisse pénétrer dans l’œil une trop grande quantité de rayons lumineux qui troublent la netteté de la vision par la production des cercles de diffusion. C’est pour remédier à cet inconvénient que les personnes atteintes de ce vice de conformation clignent continuellement les yeux : d’où leur nom de myopes ([/.tktv, cligner). On comprend maintenant pourquoi le myope voit plus distinctement les objets qu’il regarde à travers le trou d’une épingle fait à une carte: il diminue ainsi l’intensité et le nombre des rayons lumineux. C’est dans le même but que les dames myopes instillent dans chaque œil, avant d’aller en soirée, une goutte de collyre à l’ésérine, qui jouit, comme nous savons, de la propriété de rétrécir la pupille.
lunettes des myopes. — Au contraire de l’hypermétrope, qui ne fait usage de ses lunettes que pour la vision de près, le myope ne doit se servir de ses lunettes que pour voir de loin.
L’usage des lunettes a aussi ses inconvénients, parce que les objets paraissent d’autant plus grands qu’ils sont plus rapprochés, et que le myope recherche volontiers cet agrandissement qu’il n’obtient qu’au détriment de la vision. Aussi ne doit-on pas laisser travailler un myope à une distance moindre de 14 ou 15 pouces, et jamais la tête baissée, afin d’éviter la congestion des membranes oculaires.
On remédie à la myopie par l’emploi de verres divergents ou biconcaves (fig. 300) est l’on dit qu’une myopie est 1/4, 1/10, etc., si elle est neutralisée par un verre concave de 4 ou 10 pouces de foyer.