ESSAIS EXPÉRIMENTAUX ET DÉDUCTIONS CLINIQUES
Roger et Garnier ont reproduit le tubercule thyroïdien chez l’animal ; ils ont essayé également de reproduire la sclérose tuberculeuse de l'organe. Ils ont injecté dans les deux carotides d’un cobaye quatre gouttes de ceulture tuberculeuse : la mort est survenue en 27 jours. Il n’y avait pas de sclérose, mais des lésions parenchymateuses. Les vésicules ont disparu pour la plupart, et sont remplacées par des amas de cellules épithéliales à protaplasma gonflé et à noyau mal coloré. Certaines vésicules persistent encore, elles sont tapissées par un épithélium dont les cellules sont tuméfiées ; la matière colloïde subsiste par places, mais dans la plupart des vésicules, elle est refoulée par les cellules épithéliales prohférées et dis- : paraît. Chez un autre cobaye, ils ont injecté 6 gouttes de culture dans la carotide droite ; la mort est survenue en 35 jours. Les lésions sont plus intenses, le lobe droit du corps thyroïde a perdu toute disposition vésiculaire, le lobe gauche renferme encore quelques vésicules. Les cellules épithéliales ont disparu et sont remplacées par des leucocytes.
Dans une deuxième série d'expériences, ces auteurs ont injecté 8 cobayes sous la peau ou dans le péritoine. La mort est survenue chez ces animaux au bout d’un temps
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variant de 17 à 48 jours. Le corps thyroïde ne renfermait pas de granulations : 1l était très congestionné, et en état de suractivité glandulaire, il existe des traînées de matière colloïde entre les vésicules dans les lymphatiques intervésiculaires. Certaines vésicules sont en partie détruites, d’autres persistent encore, mais renferment des cellules épithéliales desquamées. Dans trois cas seulement, ils ont noté une certaine hyperplasie du tissu fibreux, et encore ces lésions sont localisées autour des vaisseaux, cependant dans deux cas,les bandes scléreuses s’enfonçaient dans le parenchyme découpant des îlots irréguliers. Ces travées s'arrêtent brusquement et se perdent dans le tissu thyroïdien en minces fibrilles,on ne trouve jamais d’ellipses m1 de cercles complets comme dans le corps thyroïde de l’homme tuberculeux. En somme il n’y a pas encore sclérose à proprement parler, mais une simple ébauche de sclérose.
Ils ont encore injecté dans les veines d’un lapin une dose massive de culture; la mort est survenue en cinq jours. Ils ont trouvé des vésicules petites, souvent disparues et remplacées par des:fibrilles anastomosées : au milieu de ces dernières, 1l persiste parfois quelques cellules épithéliales tuméfiées à noyau vésiculaire, 1l y a également quelques leucocytes mononucléaires. La matière colloïde manque souvent ; quand elle persiste, elle est grenue et poussiéreuse. Quelques vésicules sont visibles par places, mais leur épithélium est plus ou moins altéré. Les artères sont elles-mêmes atteintes, elles sont épaissies, et leur paroi externe est infiltrée de cellules rondes.
On voit que les auteurs n'ont pas pu, la plupart du
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temps, reproduire la sclérose thyroïdienne, sauf toutefois dans trois cas, où il y avait ébauche de sclérose. Nous avons à notre tour repris ces expériences, mais avant de parler des résultats que nous avons obtenus, 1l nous faut dire quelques mots de l’histologie du corps thyroïde du lapin normal.
Comme l'ont bien vu Roger et Garnier (1), la glande thyroïde du lapin adulte a beaucoup d’analogies avec la glande de l'enfant. On voit chaque lobe nettement séparé des lobes voisins ; chacun de ces lobes est subdivisé en lobules par de rares fibrilles conjonctives, ces lobules ont sur la coupe une forme ovalaire. Chaque lobule est consütué par des vésicules séparées les unes des autres par de fins tractus conjoncüfs. Les vésicules sont tapissées par un épithélium d’aspect variable les cellules sont aplaties si les vésicules sont dilatées par la matière colloïde, elles sont au contraire cubiques quand la vésicule est vide, Cette matière colloïde est d’ailleurs peu abondante et ne conslilue pas de grands lacs comme chez l'homme, la vésicule est toujours modérément distendue. Entre les vésicules on voit encore des amas cellulaires ; dans ces amas les cellules sont accolées les unes aux autres, il n’y pas interposition de matière colloïde.Renaut voit dans ces amas, des canaux pleins, vestiges de conduits excréteurs. Hürthle les considère comme des matériaux de réserve servant à la formation de nouveau tissu glandulaire, Roger et Garnier estiment que l’on a affaire là, soit à une coupe passant à la périphérie de la vésicule sans intéres-
(1) Rocer et Garnier, Recherches expérimentales sur les infections thyroïdiennes, Presse médicale, 9 août 1900.
LEGS ser la cavité, soit à une vésicule ayant vidé son contenu el revenue sur elle même.
Nous avons de notre côté examiné un certain nombre de corps thyroïdes de lapins normaux, et la disposition signalée par Roger et Garnier nous a semblé la plus habituelle. Toutefois dans un cas, nous avons constaté que le corps thyroïde étail en état d'hypersécrétion. Les cellules épithéliales étaient aplaties contre la paroi, la vésicule était distendue et la matière colloïde constituait des lacs analogues à ceux que l’on trouve dans la thyroïde humaine. Cet aspect spécial ,qui ne correspondait à aucun état pathologique apparent, nous a paru intéressant à signaler.
Nous arrivons maintenant au détail de nos expériences.
S 4. — Reproduction expérimentale des lésions constatées.
Nous avons pris 3 lapins normaux (1, 3, 4). Chacun de ces lapins reçut une injection de culture tuberculeuse
dans le péritoine.
Lapin 8. Poids: 1 k. 880. — Recoit le 27 mai 1908 une injection d'émulsion de culture tuberculeuse de l'Institut Pasteur (9 nov. 1907). A la suite de cette injection l'animal baisse de poids rapidement et meurt le 41 juin, c'est-à-dire au bout de 15 jours, pesant 1 k. 650.
A l'aulopsie, on trouve une péritonite généralisée avec exsudat liquide louche et sanguinolent très ahondant et dépôt fibrineux à la surface des organes abdominaux. Les poumons et les reins sont sains. La rate est petite. Le foie renferme un petit nodule que l’on examine au microscope. Ce petit nodule est constitué par de nombreuses fibres conjonctives, et renferme en outre quelques follicules
tuberculeux,
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En somme il y a eu infection suraiguë. Le corps thyroïde à l'examen est très congestionné, on voit de nombreux vaisseaux gorgés de sang. Il n’y a pas de réaction conjonctive sauf toutefois autour des artères. Il n’y a pas hypersécrétion, les vésicules renferment de la matière colloïde, mais sont moyennement dilatées : il n’y a pas de matière colloïde dans les espaces intervésiculaires. Les cellules épithéliales sont plus volumineuses que d’habitude, elles ont un protoplasma peu coloré, leur noyau prend bien le réactif. En résumé, dans ce cas d'infection suraiquë, nous trouvons des lésions portant sur l’épithélium, sans sclérose.
Lapin 4. Poids : 1 k. 780. — Recoit le 27 mai 1908 une injection de 1 centimètre cube de la même culture que le lapin 3. Il engraisse jusqu'au 45 juin, date où il atteint 1 k. 880, puis il s’amaigrit et meurt le 7 juillet au bout de 41 jours, pesant 1 k. 290.
À l’autopsie on trouve de la tuberculose péritonéale généralisée. Il existe des masses caséeuses à la face inférieure du diaphragme et à la surface du foie ; sur l'estomac et l'intestin on trouve de nombreuses granulations tuberculeuses. Les poumons et le cœur pa raissent normaux.
L'examen du corps thyroïde montre des lésions portant surtout sur les vésicules. Celles-ci en effet sont très modifiées, leur épithélium est mal coloré et par places les cellules se desquament et tombent dans la cavité. La matière colloïde est très altérée et remplacée par une matière grenue et prenant à peine le colorant. Il y: a peu de réaction conjonctive, sauf toutefois autour des vaisseaux dont la membrane externe est épaissie. En résumé, dans ce cas d'infection assez lente, il y a surtout des lésions épithéliales avec extrémement peu de réaction conjonctive.