‹ Le Corps Thyroïde des TuberculeuxChapitre 19 sur 31 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

tion tuberculeuse. Dans le premier cas, où nous avons eu une évolution suraiguë, nous avons trouvé de rares lésions histologiques portant sur l'épithélium. Dans le second où l’évolution avait été plus lente, les lésions sont plus accusées, elles portent encore surtout sur le parenchyme glandulaire et sur la sécrétion de la substance colloïde qui a presque complètement disparu {1) ; mais là encore, sauf au voisinage des vaisseaux, il y a peu de réaction conjonctive. Au contraire le dernier lapin a survécu plus de 4 mois, il a eu une tuberculose à marche beaucoup plus lente, et chez lui nous trouvons une réaction conjonctive très nette.

Ces résultats, comme nous le voyons, concordent absolument avec l'hypothèse que nous avons émise, à savoir : que l'intensité de la sclérose est fonction de la durée de l’évolution tuberculeuse. C’est d’ailleurs ce qu’avaient vu avant nous Roger et Garnier et ce que nous avaient montré les résultats histologiques et cliniques rapportés plus haut.

S 2. — Action des altérations expérimentales du corps thyroïde sur l'évolution ‘de la tubercalose du lapin.

Nous avons également cherché à savoir quelle pouvait être l'influence de la sécrétion thyroïdienne sur l’évoluüon dela tuberculose. Pour cela nous avons pris trois lapins normaux. L'un d'eux fut gardé comme témoin et sur les deux autres nous avons pratiqué la thyroïdectomie. Les

(1) [1 y a une analogie frappante entre cette coupe et la coupe du corps thyroïde n° 9 (tuberculose héréditaire).

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trois animaux reçurent dans le péritoine une injection de 1 centimètre cube d’émulsion de culture de tuberculose humaine le 19 juin 1908.

Lapin 6. Poids: 2 k. 085. — Thyroïdectomie le 12 juin. et le 19, injection intrapéritonéale de la culture. Il pèse à ce moment 2k.155. Il maigrit très rapidement et meurt d'infection aiguë le 12 juillet. Il a survécu 22 jours. Il pèse alors 1 k. 525.

A l'autopsie : il y a un liquide un peu louche dans le péritoine et quelques noyaux à la surface du foie.

Lapin 5. — Il est injecté le 19 juin après avoir subi la thyroïdectomie le 12 juin. Lors de la thyroïdectomie il pesait 2 k. 1927. Au moment de l’injection, il a un peu maigri et ne pèse plus que 1 k. 975. Ce lapin recoit deux fois par semaine, à partir du 20 juin jusqu'au 29 juillet, une injection de 1/2 centimètre cube d'extrait de glande thyroïde (1). Il maigrit jusqu'au 15 juillet, époque à laquelle il ne pèse plus que 1 k. 650, puis il reprend progressivement, et le 26 octobre, date à laquelle il est tué, il pèse 3 k. 180.

A l’aulopsie on ne retrouve pas le point d’inoculation, pas de ganglions dans les aines. Il n’y a rien dans le mésentère. Le foie paraîit modifié à la surface, il est parsemé de points blancs ; une petite granulation à la surface du foie est examinée au point de vue du bacille, l'examen est négatif. La coupe du foie montre un organe sclérosé et gras. Les reins et les surrénales sont normaux. Le poumon droit présente, à la face postérieure de son lobe supérieur, des granulations saillantes, jaunâtres, indurées à la palpation, réunies en amas de là grosseur d’un grain de chèncvis. Le poumon gauche présente à la base de son lobe inférieur, sur la face diaphragmatique, une masse dure de la grosseur d’une lentille, cette masse est irré-

‘gulière. Un peu au-dessus se trouve une granulation saillante, jau-

{4) Cet extrait de glande thyroïde nous a été obligeamment fourni par M. Hazciow.

LETRPE

nâtre, de la grosseur d’un grain de chènevis, dure au toucher. Dans le lobe supérieur, il y a une zone d'atélectasie. Au microscope on voit que ces noyaux pulmonaires sont de nature tuberculeuse. En résumé, on a affaire à une tuberculose caséeuse du poumon.

Lapin 1. — Ce lapin nous a servi de témoin pour l’expérience précédente ; c’est un animal normal injecté le même jour avec la même culture que les deux précédents (1). Il a été tué le 26 octobre comme le lapin 5. Il présentait de rares localisations tuberculeuses sur les organes abdominaux, mais les poumons étaient indemnes (Voir son observation, page 71).

Il nous semble donc que l’action du corps thyroïde dans la défense de l'organisme contre la tuberculose n'est pas négligeable. En effet, alors que, vis-à-vis d’une même culture, le lapin 6 thyroïdectomisé et abandonné à lui-même résistait à peine 22 jours ; au contraire, le lapin 5 thyroiïdectomisé et traité par l’extrait de corps thyroïde a résisté partiellement à l'infection ; quant au lapin témoin il a résisté également, et ses lésions tuberculeuses étaient beaucoup moins avancées que chez le lapin 5 dont le traitement par le suc thyroïdien était interrompu depuis un certain temps. Toutefois le temps ne nous a pas permis de continuer ces recherches, aussi donnons-nous ces résultats comme des résultats isolés, et sur lesquels 1il n’est pas encore possible de se fixer une conviction absolue ; cependant c’est là une indication précieuse dans le sens de laquelle d’ailleurs nous avons l'intention de continuer plus tard ces recherches.

(1) Voir son observation au point de vue des lésions histologiques de son corps thyroïde, p. 74,

S& — Action des altérations pathologiques de la glande thyroïde sur l'évolution de la tuberculose humaine. Mécanisme de cette action. Déductions thérapeutiques.

On peut se demander toutefois dès maintenant, devant ces résultats, sile corps thyroïde et surtout l’iode du corps thyroïde n’ont pas une certaine influence bienfaisante contre l’évolution tuberculeuse. Ceci s'explique d’ailleurs par les travaux de M. Labbé et Lortat-Jacob que nous avons signalés plus haut, et on peut comprendre que cette sécrétion iodée agisse à la façon de l’iode en activant la phagocytose. Cette action du suc thyroïdien a d’ailleurs déjà été mise en évidence par d’autres auteurs. Gh. Vinay (1) signale l'association fréquente du goître parenchymateux avec la tuberculose, or on sait que dans ces cas de goître, la sécrétion thyroïdienne est souvent diminuée et même parfois supprimée. Hamburger (2 }sur 100 goftreux trouve 19 tuberculeux pulmonaires, 5 pleurétiques et 3 laryngites chroniques probablement bacillaires, ce qui donne une moyenne de 27 p. 100, chiffre qui ne nous paraît d’ailleurs pas très considérable, et quine comprend probablement que les cas de tuberculose manifeste. Cette relation du goître avec la tuberculose a été également signalée par Cassan (3) ainsi que par Betz (4).

(4) Cm. Vinay, La tuberculose chez les thyroïdiens. Zyon médical, 3 mai 1908.

(2) HAMBURGER, Contribution à la question des rapports entre le goître et la tuberculose. Praktische Heilkunde, 1859.

(3) Cassan, Goître héréditaire et dans un rapport singulier avec la tuberculose. Arch. de médecine, 1827, p. 76.

(4) Berz, Le goître symptomatique de la tuberculose du poumon. Memorabilien, 1875, p. 559,

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La sécrétion thyroïdienne agit également, comme l'ont trouvé de nombreux auteurs (Lancereaux et Paulesco (1), Parhon et Papinian (2), Viala (3), Vincent (4), Léopold Lévy et H. de Rothschild (5), Sergent et Ménard) (6), sur le rhumatisme chronique ; or pour certains auteurs ce rhumatisme chronique reconnaîtrait une origine tuberculeuse ; on peut se demander dans cette occasion si l’action du suc thyroïdien n'est pas due justement à l’origine tuberculeuse de ce rhumatisme.

Dans le domaine strictement thérapeutique d'ailleurs, l'influence de l’iode a été souvent mise en évidence vis-àvis des lésions tuberculeuses. On connaît son action très efficace sur les tuméfactions glandulaires scrofuleuses. On a employé fréquemment et avec succès l’iodoforme dans ces adénites, ainsi que dans les synovites, arthrites et ostéites tuberculeuses. Morin a signalé l'influence bienfaisante des pulvérisations de dniodoforme sur les ulcérations laryngées d’origine tuberculeuse ; cet auteur aurait même constaté à leur suite une amélioration notable des lésions pulmonaires. D'autre part on ordonne fréquemment et à juste raison, l'huile de foie de morue aux tuberculeux et l'iode y est abondant. Le sirop iodo-tannique

(1) Lancereaux et PAuresco, La médication thyroïdienne dans le traitement des affections rhumatismales. Arch. de méd., 3 janvier 1899.

(2) Parnon et PapinrAN, Pathogénie et traitement du rhumatisme chronique articulaire. Presse méd,, # janvier 1905.

(3) Viaca, Opothérapie thyroïdienne appliquée au traitement des affections rhumatismales. Thèse deBordeaux, 1899,

(4j Vincent, Soc. méd. des Hôp., 8 juin 1906 et 28 novembre 1907.

(5) Léopozo Lévy et H. pe Roruscmin, Soc. de biol., 21 juillel 1906.

(6) SeRGENT et Méxarp, Le rhumatisme chronique progressif et déformant par insuffisance thyroïdienne. Presse médicale, 15 juillet 4908.

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